ACTE II, SCENE II
Cependant c'en est peu que de n'accepter pas Le bonheur qu'on recherche au péril du trépas.
CINNA
C'en est encor bien moins alors qu'on s'imagine Guérir un mal à grand sans couper la racine. Employer la douceur à cette guérison, C'est, en fermant la plaie, y verser du poison.
MAXIME
Vous la voulez sanglante et la rendez douteuse. ,
CINNA
Vous la vouleswms peine, et la rendez honteuse.
MAXIME
Pour sortir de ses fers jamais on ne rougit
CINNA
On en sort lâchement si la vertu n'agit.
MAXIME
Jamais la liberté ne cesse d'être aimable :
Et c'est toujours pour Rome un bien inestimable.
CINNA
Ce ne peut être un bien qu'elle daigne estimer, Quand il vient d'une main lasse de l'opprimer. Elle a le cœur trop bon pour se voir avec joie Le rebut du tyran dont elle fut la proie ; Et tout ce que la gloire a de vrais partisans Le hait trop puissamment pour aimer ses présents.
MAXIME
Donc pour vous Emilie est un objet de haine ?
CINNA
La recevoir de lui me seroit une gêne.
Mais quand j'aurai vengé Rome des maux soufferts
CINNA
Je saurai le braver jusque dans les enfers ; Oui, quand par son trépan je l'aurai méritée^ Je veux joindre à sa main ma main ensanglantée, L'épouser sur sa cendre, et qu'après notre «ffi>rt Les présents du tyran soient le prix de sa mort
MAXIME
Mais l'apparence, ami, que vous puissiez lui plaire Teint du sang de celui qu'elle aime comme un père? Car vous n'êtes pas homme à la violenter.
CINNA
Ami, dans ce palais on peut nous écoÉtei ; Et nous parlons peut-être avec trop d'imprudence Dans un lieu si mal propre à notre confidence. Sortons, qu'en sûreté j'examine avec vous Pour en venir à bout les moyens les plus doux.
FIN DU SECOND ACTE