LITTÉRATURE DRAMATIQUE
De tous temps les spectacles ont su plaire aux hommes. La raison en est simple: l'activité est Pâme de la vie, et l'objet le plus important de l'activité de l'homme, c'est Thomme lui-même. Voilà pourquoi on éprouve une espèce de plaisir à voir la représentation même des soufirances des autres. Cette assertion est d'autant mieux fondée, qu'il est d'ordinaire de voir que lorsque les hommes avancent en âge, et que ce principe d'activité commence à s*user, ils préfèrent la Comédie à la Tragédie.
L'homme a, même dès l'enfance, le plus grand penchant à l'imitation. Jeune, il aime à se supposer tel qu'il sera un jour ; vieux, il aime qu'on lui rappelle ce qu'il a été. Or, une autre raison du grand intérêt
qu'inspirent les représentations dramatiques, c'est le plaisir qu'éprouve le spectateur à se mettre à la place de celui qu'on lui présente sur la scène.
Ce fut chez les Grecs que la Littérature Dramatique prit naissance. Un- hymne à Phonneur de Bachus y fut l'origine de la Tragédie. Cet hymne se chantait aux fêtes nationales et, pour augmenter le plaisir, et en même temps assister le Chœur, on introduisit ensuite un individu qui devait, dans les intervalles du chant, &ire un récit en vers. Ce changement eut lieu à peu près 536 ans avant l'ère chrétienne. Eschyle, qu'on nomme avec raison le père de la tragédie, alla plus loin encore. Il introduisit deux acteurs sur un théâtre orné de décorations, où ils racontaient, en forme de dialogue, quelqu'histoirc intéressante. Sophocle, qui fut peut-être le plus grand de tous les poètes tragiques, fleurit 22 ans après Eschyle et fut suivi d'Euripide.
Eschyle est remarquable par la hardiesse de son génie, la force et la vivacité du style. Sophocle l'est par l'art avec lequel il traite son sujet, par la sublimité de ses sentimens, et surtout par la beauté de ses narrations. Euripide s'est Mi remarquer par sa tendresse et la morale de ses sentimens> et, comme Sophocle, par la justesse des pensées, et la beauté du style.
Les tragédies grecques difiërent essentiellement des tragédies modernes. Le sujet en était tiré des traditions nationales, et se rapportait presque presque toujours aux idées religieuses du pays. Les IHeux y jouaient souvent un rôle principal. Le Chœur, qu'on regardait comme le représentant idéal dea spectateurs, se tenait sur le devant de la scène lorsqu'il ne chantait pas, et regardait l'action en paraissant s'y intéresser. Lorsqu'il se mêlait dans le dialogue, un seul acteur portait la parole pour tous les autres, et il s'établissait une suite de réponses alternatives entre lui et les personnages de la pièce. En tout autre temps, le chœur se tenait au fond de l'orchestre où il exécutait ses danses soiemnelles accompagnées de chant
La ÊUalité présidait aux évènemens. De toutes les pièces fondées sur cette fatalité, dit le professeur Schlegel, celle d'Œdipe est peut-être la plus ingénieuse. Elle ofÈrait aussi une belle leçon aux spectateurs. Cet Œdipe qui a su deviner l'épaigme proposée par le sphinx sur le sort de l'humanité, trouve sa destinée une énigme inexplicable, jusqu'àce qu'elle se dévoile de la manière la plus effi^oyable, et quand tout est perdu sans retour. Image terrible de l'homme qui, lorsqu'il cherche à tout approfiimdir et croit tout savoir, ne se connoit pas luimême !.
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ha Grecs qui, daai» la. tzagédie, rempoiiteBft pc«t> toota ks autres aaiioas^ n'enreni pres^ve ascès dans la comédie; et cela aedûftponitBCMs fUIMCBdie. Les anteon tragiques» qai ckex les Grecs ptmaieat la natnre senfe pour modèk, devaknt tneer avec fiieeès le tabkan des passions qui raghent. Mais la comédie est ^otôt la peinture de Tespiit que dm ecew de l'homme, die doit représenter la société plotdi que la nataie, et les Grecs qui ctmnoissaientsibien la natore, n'avaient guères pa étadier la société.
Chez les Bomains il en fut tout antrement. Ils eurent quelques bonnes Comédies, mais aucune Tragédie qui mérite ce nom. Il est digne de remarque que 1^ spectacles, qui naquirent chez les Grecs de l'amour du plaisir, durent leur- origine chez les Romains, à un déoooragement affireux qui s'empara des âmes pendant
les ravages d'une peste dévastatrice. On ne connaissait encore que les exercices du corps et les combats du Cirque, lorsqu'on eut Pidèe d'appaiser le courroux des Dieux par des jeux scéniques célébrés avec solemnité.
On ne doit guères s*étonner du peu de succès qu'eurent les Romains dans la Tragédie. La douleur et la mort 8(mt les premiers moyens des situations tragiques, et ce peuple se £edsait gloire non seulement de mépriser la douleur et la mort, mais de résister à la tendresse. Le signe de la douleur était chez les Romains extrêmement rare, et excitait non la pitié, mais le mépris. Un vrai Romain aurait rougi de se plaindre; quand le malheur Taccablait, il cachait autant qu'il le pouvait la douleur dans son sein ; quand le poids en devenait insupportable, il se donnait la mort On a chez les Romains mille exemples du suicide, mais on n*en trouve aucun dans leur histoire d'un individu dont le malheur eût dérangé la raison. Le beau parti qu'a su tirer Shakcfspeare de la folie causée par la douleur, et le tableau touchant et sublime qu'il a tracé des malheurs du roi Léar, n'eût produit aucun effet sur le cœur d'un Romain.
Parmi les nations^ modernes, l'Italie fut la première qui eut un théâtre, mais elle ne fit alors que traduire les tragiques grecs, et ses auteurs suivirent de trop près
Va 4«>».M-M. pocr pfiBTtiir «mnc^ hi i^ixre
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iea em yaimt e à odai âes sboik ^■tiMTj et ee ^id âcmae us eczrraiiis âruttB&^foes ^ ees m ee Bâtard et ceste tattjt et cuactèie qu, ■alpélevrE çnadf de&ais, k«r inêçalaritè et lear îaeosséqiKnoe, leur a ril« r^mîraàoa ^ tMuleslîttézUeitri justes et éclairés.
Sfcikfynie sartovt a. cteenm à rAn gleie iie «ne répstatioii dnuimi<]iie qoe ses ptns ^niids enseaùs n'oBt pu lui dûpnter. Doué de l^irni^nnitioa la fihis brillaniey et d'une sagacité qui lui frit tout t«w-, tmtt oonikHtiey tout apprécier, ce grand poète ne décrit pas lanatnre, il la peint; il ne représente pas les passions» ils les montre; les images deviennent chez Ini une réalité, et les expressions qa*il met dans la bouche de ses personnages semblant être la voix, de la nature. Ce qui donne encore un nouTcan charme à la lecture de Shakespeare, ce ront les réflexions philosophiques et morales qu'on y rencontre à chaque ligne; la richesse de sa morale égale presque celle de son imurgination^ et, se servant de ses propres expressions, on
pourrait dire que toutes deux,
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(As You LiK9 It.)
La poésie fut le berceau de la langue fiunçaise comme de presque toutes les autres. Les Troubadours, les premiers poètes qu^eut la France, empruntèrent la rime des Maures d'Espagne, qui la durent aux Arabes chez qui elle était de la plus grande antiquité. Les hommes qui professaient la science gaie, (c'est ainsi qu'on appelait alors la poésie), furent recherchés de tout le monde et surtout des dames : c'est ce qui fit que les rois eux-mêmes s'honorèrent du nom de Troubadours. Ceux-ci cessèrent d'exister au 14^. siècle, et firent place, aux poètes qui écrivirent dans la Langue Romane, formée d'un mélange du Latin et du Celte, et qui, vers le 11«. siècle, s'appela langue française. La tendresse et la naïveté étaient les caractères particuliers de la poésie des Troubadours.
On voit par les noms des poètes français inscrits dans les recueils bibliographiques, qu'il j en eut un nombre prodigieux sous le règne de Saint Louis. Mais la langue était encore dans son enfance, et les poèmes de cette époque qui ont descendu jusqu'à nous, ne sont guères lus que des curieux.
Les ouvrages de Marot forment la première é;poque de notre poésie. La nature avait accordé à cet écrivain ce qui ne s'acquiert point, la grâce. Le nom de Malherbe marque la seconde époque: il donna chesjles
Trmaçais le pianer Bodèle àm strie BoUe, et fitt le erèateiir de U poésie lyiifwe. Defvws cette cpo(]Be, en 1690, jtsjii'à ComeOle, la France B'e«t point de poète Traiment diçue de ce nom.
An lô^ siède, les seuls spcctncles en France ctûent des My§ièret ou MonàUèt^ noms qu'on donnait à des e^èces de drames, (si l'on peut les nommer ainsi) tirés des Saintes Ecritures. Le ciioix de tels si^ets n'est pas étonnant. Les Lirres Saints étaient les objets les plus fiumiliers au peuple qui ne lisait guère, dans un temps où les connoissances étaient aussi rares que les livres. Les cBoisades qui avaient transporté une partie des peuples de l'Europe en Asie, insinuent alors une espèce d'enthousiasme religieux, et servaient à rendre ces sortes de représentations plus intéressantes au peuple.
C'est vers le conmiencement du 16^. siècle que les Français ont &it les premiers pas dans la carrière dramatique. On commença par traduire en vers quelques tragédies grecques. Jodelle, qui vécut vers Tannée 1560, fut le premier qui, sans traduire les Griecs, voulut traiter à leur manière les sujets de Cléopâtre et de Didon. n imita leurs prologues et leurs Chœurs, mais il n'avait aucune étincelle de leur génie. Ses tragédies sont écrites dans le plus mauvais goût» et
tout d'y passe en récits et en déclamations. Toutes mauvaises que fussent ces pièces, on trouva avec difficulté des acteurs capables de jouer Cléopàtre. Plu* sieurs amis de Jodelle, poètes comme lui, se réunirent généreusement avec Pauteur pour représenter sa pièce au collège de Rheims, devant Henri II et toute sa' cour. Jodelle, qui était jeune et d'une figure agréable se chargea du rôle de la reine d'Egypte. Cette représentation eut le plus grand succès, et Pasquien, qui nous donne ces détails dans les Recherches Historiquegy ajoute que le roi gratifia Pauteur d'une somme de cinq cents écus. JôdeUe, encouragé par ce succès, fit une comédie en cinq actes et en vers, qui ne vaut guères mieux que ses tragédies.
Depuis cette époque jusqu'à Corneille, on continua d'emprunter aux anciens sans en devenir plus riche, et de défigurer toutes ces imitations par le plus mauvais goût, 11 semble qu'on ignorait alors le ton qui convient à la tragédie, les monarques parlaient au théâtre comme les gens du peuple, et les auteurs dramatiques semblaient avoir entièrement oublié le précepte d'Horace:
" Intereritmultùm, Davnsne loqnatur, an heros.*>
(De Arte Poeticd L, 1, v. 114.)
Corneille fat le premier qui èrita ce défiuit Comme Ta si bien dit un critique célèbre, il écarta les lambeaux qui rendaient Mdpomène méconnaissable, et la revêtit d'une robe nu^^stueusc. II fit son début dans la carrière de la Littérature Dramatique par la tragédie de Mèdée, qui, quoiqu* inférieure à quelques uns de ses chefi»-d'œnvre, ann<mçait son talent sublime pur quelques morceaux d*une foree et d'une élévation inconnues jusqu'à lui..
La littérature espagnole était à cette époque fore en vogue, et nous ferons observer, dans notre examen du CiD de Corneille, l'influence qu'elle eut sur le génie et les ouvrages de ce grand écrivain.
Lorsquecette tragédie parut, Richelieu dont l'ambition était de passer pour bon poète non moins que pour grand ministre, et qui voulait régir la littérature aussi bien que gouverner la politique de l'Europe, avait rassemblé autour de sa personne un certain nombre de poètes qui travaillaient avec lui aux ouvrages qu'il fiiisait représenter sur un magnifique théâtre construit dans son palais. Corneille fût admis dans cette société d'hommes assez médiocres, et dont la complaisance flattait le ministre. Il en fut banni lorsqu'il donna le Cid.
Cette tragédie excita, dès qu'eUe parut, l'étonnement
et l'admiration de toute la France. Richelieu, qui n V vait pas assez de grandeur d'âme pour pouvoir supporter un rival même «n littérature, chercha à priver Corneille deia renommée qu'il devait obtenir par un ai bel ouvrage, et se servit pour cela de tous les nu>yens que lui fournissait son immense pouvoir. L'Académie» qu'il avait instituée quelques années auparavant, iiit chargé de iaire la critique du Cid, £Ue eut le courage de ne |K>int servir les passions du ministre qui en attendait une satire. amère. Elle examina la pièce, mais loin de la déchirer elle la jugea avec beaucoi^ de réserve et de modération, et donna le premier exemple de cette critique mesurée et décente qui a pour but d*éclairer, non de blesser, et qui malheureusement ne se retrouve guères dans les ouvrages de ceux qui, de nos jours, se chargent de former et de diriger le goût du monde littéraire.
Comme tout les grands hommes. Corneille fut pendant sa vie en butte aux attaques delà malignité, et on ne commença à lui rendre justice que lorsque, dans la vieillesse de ses ans et de son génie, la brillante jeunesse de Racine vint éblouir les critiques et détourner la jalousie. Alors, cepx qui avaient refusé leur admiration au Cid ne rougirent pas de louer Sophimisbe et Attikif deux des plus mauvaises pièces de Corneille, afin
de dénigrer la Phèdre de Racine, Tun des plus beaux che&-d'œuyre de la seène française.
Les limites qui nous sont prescrites ne nous permettent pas d'entrer ici dans de plus grands détails sur les dififérens ouvrages de Corneille, et sur ceux des grands écrivains qui ont suivi ses pas dans la carrière dramatique.
L'élévation et la force paraissent être la marque distinctive du génie de ce grand écrivain. Il a des défouts^ il est vrai, mais ces défauts sont ceux de son siècle; ses beautés sont à lui seul.
Corneille n'a pas su traiter Tamour. Naturellement porté à tout ce qui avait un air de grandeur, vrai ou feux, il inventa l'amour héroïque. Ce défaut qui est sensible dans les rôles d'hommes, frappe encore plus dans ceux de femmes, car ces dernières sentent et expriment mieux que nous toutes les nuances de cette passion. Un autre défaut principal de Corneille sous ce rapport, est celui des maximes, des raisonnemens étemels qu'il met dans la bouche de ses amans, et qui ressemblent, comme l'a dit Voltaire, èiunCode d^ Amour,
Malgré tous ces défauts, et bien d'autres encore. Corneille n'en est pas moins un des plus beaux génies qui honorent la littérature de l'Europe. Il peut y avoir eu des poètes doués d'une imagination plus féconde; il peut
y en avoir eu qui, ayant un cœur plus sensible, aient su peindre avec plus de charmes les tendres passions, et qui, profitant des fentes de leur prédécesseur et du progrès de Pesprit humain et des lumières, aient tracé des tableaux plus finis et plus parfoits ; mais il n'en est point un qui, s'il eût vécu du temps de Corneille, et eût trouvé, comme lui, la littérature dramatique dans son enfimce, eût pu, par la seule force de son génie, lui £ûre fiùre des progrès si rigides et l'élever au point où l'a laissée Corneille.
LE cm.
EN CINQ ACTES
ACTEURS
Don Fernand, premier roi de Castille.
Dona Urraque, Infante de Castille.
Don DiEGUE, père de Don Rodiigue.
Don GoMEs, comte de Gormas, père de Chimène.
Chimene, fille de Don Gomès.
Don Rodrigue, amant de Chimène.
Don Sanche, amoureux de Chimène.
Don Arias, ? gentilshommes Castillans.
Don Alfonse J °
LÉONOR, gouvernante de Pinfante.
Elvire, gouvernante de Chimène.
Un Page de Tinfante.
La Scène est à Scville.