ACTE V, SCENE III
Imprimés dans le sang ne s'efiacent jamais ;
Un père est toujours père, et sur cette assurance
J'ose appuyer encore un reste d'espérance.
Jetez sur votre fille un regard paternel:
Ma mort suivra la mort de ce cher criminel ;
Et les dieux trouveront sa peine illégitime,
Puisqu'elle confondra l'innocence et le crime,
Et qu'elle changera, par ce redoublement,
En injuste ri^eur un juste châtiment
Nos destins, par vos mains, rendus inséparables,
Nous doivent rendre heureux ensemble ou misérables ^
Et vous seriez cruel jusques au dernier point.
Si vous désunissiez ce que vous avez joinL
Un cœur à l'autre uni jamais ne se retire^
Et pour l'en séparer il faut qu'on le déchire.
Mais vous êtes sensible à mes justes douleurs,
Et d'un œil paternel vous regardez mes pleurs.
Oui, ma fille, il est vrai qu'un père est toujours père : Rien n'en peut effiicçr le sacré caractère; Je porte un cœur sensible, et vous l'avez percé. Je me joins avec vous contre cet insensé.
Malheureux Polyeucte, es-tu seul insensiblie ? "'
Et veux-tu rendre seul toià crime irrémissible ? Peux-tu voir tant de pleurs d'un œil si détaché ? Peux-tu voir tant d'amour sans* en être touché? Ne reconnois-tu pluâ ni beau-père ni femme, Sans amitié pour Tun, et pour l'autre sans âaœme ? Pour reprendiie les Boms et de gendre et d'époux. Veux-tu nous voir tous deux embrasser tes genoux ?
les POLYEUCTE.
POLTEUCTE.
Que tout cet artifice est de mauvaise gr&ce ! Après avoir trois fois essayé la menace.
Après m'avoir (ait voir Néarque dans la mort. Après avoir tenté l'amour et son effort, Après m*avoir montré cette soif du baptême, Poor opposer à Dieu Pintérêt de Dieu même.
Vous vous joignez ensemble! Ah ! ruses de Penfer ! Faut-il tant de fois vaincre avant que triompher; Vos résolutions usent trop de remise; Prenez la vôtre enfin, puisque la mienne est prise.
Je n'adore qu'un Dieu, maître de l'univers.
Sous qui tremble le ciel, la terre et 1^ enfers; Un Dieu qui, nous aimant d'une amour infinie. Voulut mourir pour nous avec ignominie, Et qui, par un effort de eet excès d'amour.
Veut pour nous en victime être offert chaque jour. Mais j'ai tort d'en parler à qui ne peu^m'entendre. Vojrez l'aveugle erreur que vous osez défendre; Des crimes les plus noirs vous souillez tous, vos dieux; Vous n'en punissez point qui n'ait son maître aux
cicux; La prostitution, l'adultère, l'inceste.
Le vol, l'assassinat, et tout ce qu'on déteste. C'est l'exemple qu'à suivre offirent vos immortels. J'ai profané leur temple et brisé leurs autels; Je le ferais encor, si j'avois à le faire, Même aux yeux de Félix, même aux yeux de Sévère, Même aux yeux du sénat, aux yeux de l'empereur.