‹ Choix des tragédies de Corneille, suivi d notes, précédé d'un essaiChapitre 31 sur 252 · ACTE II, SCE9Œ IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCE9Œ IX

Sire, la voix me manque à ce récit fimeste;

Mes pleurs et mes soupirs tous dircmt mieux le reste

Prends courage, ma fille, et sache qu'aigourd'hui Ton roi te veut servir de père au lieu de lui.

CHIMENS.

Sire, de trop d'honneur ma misère est suivie. Je vous Tai dèpà dit, je Pai trouvé sans vie ; Son flanc étoit ouvert; et, pour mieux m'émouvoir, Son sang sur la poussière écrivoit mon devoir ; Ou plutôt sa valeur en cet état réduite Me parloit par sa plaie, et hâtoit ma poursuite ; Et, pour se fiûre entendre au plus juste des rois. Par cette triste bouche elle empnmtoit ma voix. Sire, ne souffrez pas que sous votre puissance Règne devant vos yeux une telle licence, One les plus valeureux avec impunité Soient exposés aux coups de la témérité.

Qu'un jeune audacieux triomphe de leur gloire, Se baigne dans leur sang, et brave leur mémoire. Jn si vaillant guerrier qu'on vient de vous ravir ^.teint, s'il n'est vengé, l'ardeur de vous servir. afin, mon père est mort, j'en demande vengeance. lus pour votre intérêt que pour mon allégeance ; >us perdez en la mort d^un homme de son rang ; ngez-la par une autre, et le sang par le sang ; molez, non à moi, mais à votre couronne, is à votre grandeur, mais à votre personne, nolez, dis-je, sire, au bien de tout Tétat t ce qu'enorgueillit un si grand attentat

D. FSmNAND.

Don Diègne, répondez.

D. DIEGUE

Qu'on est digne d'envie, Lorsqu' en perdant la force on perd anssi la vie ; Et qu'un long âge apprête aux hommes généreux, Au bout de leur carrière, nn destin malhenrenx ! Moi, dont les longs travaux ont acquis tant de glmrey Moi, que jadis par- tout a suivi la victoire, Je me vois aujourd'hui, pour avoir trop vécu. Recevoir un affix>nt, et demeurer vaincu.

Ce que n*a pu jamais combat, siège, embuscade, Ce que n*a pu jamais Aragon, ni Grenade, Ni tous vos ennemis, ni tous mes envieux.

Le comte en votre cour Ta &it presqn'à vos yeux. Jaloux de votre choix, et fier de l'avantage Que lui donnoit sur moi Pimpuissance de l'âge. Sire, ainsi ces cheveux blanchis sous le hamois. Ce sang pour vous servir prodigué tant de fois. Ce bras, jadis Peflfroi d'une armée ennemie, Descendoient au tombeau tout chargés d'in£unie. Si je n'eusse produit un fils digne de moi, Digne de son pays, et digne de son roi.

Il m'a prêté sa main, il a tué le comte, 11 m'a rendu Thonneur, il a lavé ma honte.

Si montrer du courage et du ressentiment.

Si venger un soufflet mérite un châtiment, Sur moi seul doit tomber l'éclat de la tempête : Quand le bras a failli, l'on en punit la tête. Qu'on nomme crime, ou non, ce qui fait nos débats.

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