ACTE II, SCENE III
£t si vous m'égalez, faites-le mieux paroitre. La solide vertu dont je fais vanité N'admet point de foiblesse avec sa fermeté ; Et c^est mal de l'honneur entrer dans la carrière, Que dès le premier pas regarder en arrière.
Notre malheur est grand, il est au plus haut point ; Je l'envisage entier, mais je n*en frémis point Contre qui que ce soit que mon pays m'emploie. J'accepte aveuglément cette gloire avec joie : Celle de recevoir de tels commandements Doit étou£fer en nous tous autres sentiments. Qui, près de le servir, considère auti'e chose, Â fieûre ce qu'il doit lâchement se dispose; Ce droit saint et sacré rompt tout autre lien. Rome a choisi mon bras, je n'examine rien.
Avec une allégresse aussi pleine et sincère due j'épousai la sœur, je combattrai le frère ; Et, pour trancher enfin ces discours superflus, Albe vous a nommé, je ne vous connois plus.
CURIACE
Je vous connois encore, et c'est ce qui me tue ; Mais cette âpre vertu ne m'étoit pas connue ; Comme notre malheur elle est au plus haut point : Souffirez que je l'admire et ne l'imite point
Kon, non, n'embrassez pas de vertu par contrainte; Et puisque vous trouvez plus de charme à la plainte. En toute liberté goûtez un bien si doux ; Voici venir ma sœur pour se plaindre avec vous : Je vais revoir la vôtre, et résoudre son âme
A se bien souvenir qu'elle est toujours ma fennnr, A vous aimer encor si je meurs par vos mains, £t prendre en son malheur des sentiments romains.