‹ Chomedey de Maisonneuve [microforme]Chapitre 9 sur 31 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ASTISCOUA, MATTEMAILLE (mise de bicheron.)

ASTISCOUA.—Mon frère, le visage pâle s'en va à la forêt ?

MATTEMAILLE—(assis sur l’un des bancs, de bonne humeur).—Pour y abattre les vieux arbres, y faire une grande clairière où l’on sèmera le maïs et le froment.

ASTISCOUA.—Aïmes-tu ce pays ?

MATTEMAILLE.—-Ah! sil fourmillait moins d’Troquois, je ne regretterais pas, je crois, d’avoir quitté la vieille France pour la Nouvelle.

ASTISCOUA.—Les Iroquois nourrissent-ils toujours dans leurs cœurs des pensées de meurtre ? Vous les avez déjà vus, ces ennemis des Hurons ?

MATTEMAILLE.—Plus d’une fois. Leurs bandes fourragent dans les alentours. Au mois de juin, ils ont fait périr plusieurs de nos colons.

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ASTISCOUA.— Comment ont-ils fait ce mauvais coup ?

MATTEMAILLE.—Nous étions six hommes travaillant au défrichement voisin. Inopinément cinquante [roquois tombent sur nous. Boissier, Berte, Laforest sont tués sur le champ et scalpés. Avec deux autres français je suis garotté et amené captif. Mais je m'échappai.

ASTISCOUA.—Par quelle bonne chance ?

MATTEMAILLE.— Ayant été chargé de faire bouillir la chaudière de mon maître, j’eus permission d'aller au bois ramasser des fagots. Un jour je m'enfonçai davantage dans la forêt et...

ASTISCOUA.— (inlerrompant).— Et ton maître ne t'a plus revu.—Et votre capitaine, je suppose, leur fait une chaude guerre !

MATTEMAILLE.—M. de Maisonneuve ne croit pas la devoir faire.

ASTISCOUA. — Etrange conduite! Que ma chevelure pende éternellement au wigwam de l’Iroquois s’il est, chez les sauvages, une nation, une tribu, une cabane assez lâche pour ne répondre pas aux provocations de l’ennemi ; assez vile pour cublier ses guerriers tombés dans l’embuscade. La peur ! c’est la part des squaws.

MATTEMAILLE.—M. de Maisonneuve n’est pas timide mais prudent.

ASTISCOUA.—Champlain, à Québec, n’avait pas ce genre de prudence : T1 y a bien des fois que nos

forêts reprennent leur feuillage, j'étais un bien jeune guerrier; ma nation avait déterré contre les Iroquois la hache de guerre. Champlain vint avec nous en expédition. Nous rencontrâmes les Iroquois à Ticondéroga, à la tête du lac qui porte le nom du grand guerrier. La confiance chez nous était extrême ; nous prévoyions quelle panique le bruit des arquebuses créerait. Le combat ne fut pas long; nous échangeons quelques volées de flèches ; nos rangs s'ouvrent ; Champlain et les siens font éclater leurs arquebuses. Se croyant parmi les foudres et les tonnerres, les Iroquois prennent la fuite. Nous nous jetons à leur poursuite, tuant ceux-ci, faisant ceux-là prisonniers. Nous emportons des chevelures pour orner tous nos wigwams.—(Avec enthousiasme) —Ah ! Champlain, c'était un brave guerrier mais—(baissant le ton avec ironie)—pas prudent, non pas autant que M. de Maisonneuve.

MATTEMAILLE.—Maisonneuve est aussi vaillant que l'autre. Il n'hésite pas par crainte.

ASTISCOUA.—Chez nous, quand des guerriers sont tués, nos capitaines vont tout aussitôt les venger, Les périls des forêts, les précipices des montagnes, les bouillonnements des eaux, rien, rien n’étonne le courage, l’audace des capitaines. Est-ce que les capitaines des visages pâles n’aiment pas leurs guerriers ?

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