‹ Choses d'autrefois; feuilles éparsesChapitre 10 sur 35 · MA BLANCHE MAISON · texte numérisé non relu

MA BLANCHE MAISON

Fiers citadins, je vous inv'te !

Venez dans ma blanche maison; Je vous promets, mais venez vite, Les premiers fruits de la saison, De gais ébats dans la campagne, Ft. le soir, des contes joyeux Sur des châteaux faits en Espagne, Dont nous chanterons le vin vieux !

Il est non loin de ma demeure Un lac brillant comme un miroir; On peut s'y baigner à toute heure, Et les enfants viennent, le soir, Y rafraîch'r leur tête Monde.

Il e?t limpide et peu profond, Différent de la mer du monde Dont ils ne verront point le fond!

Dans le bassin d'une fontaine, Une naïade verse l'eau:

C'est là que je lis La Fontaine Ft que je méd:te Boileau.

Qui n'aimerait ces deux poètes Dont les livres presque divins Montrent l'art de parler aux bêtes Et celui d'écrire aux humains?

Jeunes garçons et jeunes filles.

Venez dans ma blanche maison; Vous y danserez vos quadrilles Aux gais refrains de ma chanson; Et si ma retraite champêtre Est, pour vous mettre le couvert, Moins large que le cœur du maître, Nous dînerons sur le pré vert.

Puis, si, de retour à la ville, Votre cœur vous dit qu'un matin De votre hôte le pas débile ÎSi a pu parcourir son jardin, Et qu'un prêtre a du cimetière Fraîchement béni le gazon, Revenez dire une prière Pour lui dans sa blanche maison !

La dernière fois que je rencontrai le juge Thomas-Jean-Jacques Loranger, — qui était presque mon co-paroissien par la naissance. — je fis quelques pas avec lui près du pahis de justice de Québec.

— Je viens, lui dis-je, de parcourir le premier volume de votre Commentaire sur le Code civil du Bas-Canada, et j'y ai vu qu'il y a encore dans nos lois canadiennes des traces d'or-

donnances remontant à Henri IV et à François Ier ; l'architecte qui a dressé les plans de ce nouveau palais de justice fait allusion, à sa manière, aux anciennes lois françaises qui nous régissent encore. . .

Je fis voir alors à l'aimable magistrat l'écu de la vieille France : D'azur aux trois fleurs de lis d'or, sculpté dans le calcaire de Deschambault, à droite de l'entrée principale du palais, avec la devise, ou plutôt le cri de guerre: M ont- Joie Saint-Denis.

— Quelle heureuse idée on a eue là ! me dit-il... Ce détail d'ornementation fait vraiment honneur à l'architecte, qui mérite d'être félicité.

Cinq ou six jours plus tard, le savant, l'orateur, le prosateur, et ajoutons le poète, tout était disparu : il ne restait plus qu'une froide dépouille portant le sceau auguste de la visite de Dieu, auprès de laquelle priaient quelques hommes vêtus de noir et des femmes en sanglots.

CHRONIQUE DR QUÉBEC (Août 1891)

Québec est, en ce moment, très peuplé et très désert.

Les Américains encombrent les places publiques, où ils se prennent mutuellement pour des Canadiens, et ils proclament que rien ne ressemble plus à un Yankee qu'un Québeqquois.

Les vrais Ouébecquois, eux, sont presque tous à la campagne. Ceux qui n'y sont pas voudraient y être. On a beau être homme d'affaires, appartenir au conseil municipal, tenir bureau rue Saint-Pierre ou boutique rue Saint-Jean, on a toujours un certain fonds de poésie dans l'âme ; on aime entendre soupirer la brise dans les rameaux des grands arbres, ad-

mirer les blondes moissons et les cascades mugissantes, aller le soir sur la grève, contempler l'orbe du ciel reflété dans les ondes de la mer, voir mourir à ses pieds la vague qui renferme une étoile dans ses plis.

Une frégate française, la Naïade, dont les principaux officiers sont fort distingués, est, depuis trois semaines, ancrée dans le port, la proue tournée, tantôt vers l'île d'Orléans, à marée montante, tantôt vers le Cap Rouge, à marée descendante, ce qui étonne énormément les gens de Louiseville et de Joliette que les hasards de la vie ont conduits (( dans nos murs », et qui sont peu au fait des influences lunaires sur notre pauvre planète.

La terrasse Frontenac est toujours le lieu de promenade favori des étrangers comme des Ouébecquois eux-mêmes. C'est là que la grande voix de l'histoire se fait surtout entendre, que l'exclamation fatigue les échos et règne en souveraine.

Tout auprès croissent quelques lilas, derniers vestiges de l'ancien Jardin du Gouverneur, devenu plus tard le jardin de l'école normale, où s'étalaient jadis les laitues et les roses, les choux à têtes vertes et les boulets de canon. C'est dans ce jardin que l'on avait commencé à construire le monument élevé à ia gloire commune des deux héros des Plaines d'Abraham, et c'est grâce à l'intervention anonyme d'un poète spirituel que l'on abandonna le premier projet et que l'on choisit l'emplacement plus convenable du Jardin du Fort pour l'érection de l'obélisque.

Le comité que lord Dalhousie avait formé, au mois de novembre 1827, pour s'occuper de cette érection, avait offert une médaille d'or à l'auteur du meilleur projet d'inscription, et l'admirable épigraphe :

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