DANSE MOYEN AGE
M. Arthur Letondal vient de faire paraître à Québec (chez Lavigueur et Hutchison) une œuvre charmante intitulée : « Danse moyen âge. »
La composition du jeune (( maître )) est écrite pour piano. Elle débute par une phrase de plain-chant en mode dorien — l'un des modes du système musical de la Grèce antique adoptés par saint Ambroise et conservés par saint Grégoire pour le chant liturgique des chrétiens.
Cette phrase, qui sert en quelque sorte d'épigraphe au morceau proprement dit, n'est rien autre chose que Vite, Missa est de l'une des messes de nos graduels.
A la suite de cette introduction viennent trois pages exquises, écrites dans le rythme de la gavotte, sans sortir de l'échelle spéciale du mode antique. C'est un triomphe de science aimable, d'érudition sereine et gracieuse.
C'est aussi, si l'on veut, un tableau de genre. Nous sommes dans Paris, à la fin du treizième siècle. Une foule joyeuse sort de la belle église gothique dédiée à saint Germain l'Auxerrois, bâtie au sixième siècle par Childebert et Ulthrogothe. Des jeunes gens venus, les uns du mont Lucotitius, où se trouve le palais des Thermes, sur la rive gauche de la Seine, d'autres de la montagne appelée Mont des Martyrs, sur la rive droite, ont organisé une fête populaire. La messe vient de finir. L'organum a fait entendre les notes de Vite,- Missa est. Déjà les groupes sont formés.
La danse commence, alerte, joyeuse, et, dans les notes grêles ou stridentes des vielles
ou des binious, il y a comme un ressouvenir du chant de l'église. Ce n'est pas le rythme majestueux du plain-chant, mais c'est encore la tonalité grégorienne.
Il y a vraiment de la fraîcheur dans ce tableau rétrospectif, et cette musique imitée de l'antique est pleine d'originalité et de grâce ingénieuse.
LE SUCRE d'érable.
Quelque chose d'utile pour finir.
Voulez- vous faire beaucoup de sucre d'érable ? Commencez par ajouter des pelles de bois aux ustensiles de la (( cabane à sucre )) ; puis, le printemps, lorsque le pied des érables sera mis à nu par la fonte de la neige, rechaussez-le, recouvrez-le avec de la neige prise tout à côté. En suivant ces indications, vous augmenterez de beaucoup votre récolte de sucre d'érable chaque printemps.
Ce qui suit est un extrait des mémoires de l'Académie royale des sciences de Paris (année 1730), que Monseigneur Laflamme a déjà cité dans sa belle étude sur Michel Sarrasin, le
savant illustre qui mourut à Québec en 1734. On y voit, entre autres choses, que lorsque le pied de l'érable n'est plus couvert de neige, à la fonte du printemps, la sève qui coule des goudrelles devient insipide, et que si l'on recouvre le pied de l'érable avec de la re'ge, la sève retrouve presque aussitôt ses' propriétés saccharines, redevient sucrée comme auparavant. Voici cet extrait :
M. Sarrasin, médecin de Québec, correspondant de l'Académie, a trouvé dans l'Amérique Septentrionale quatre espèces d'érables qu'il a envoyées au Jardin Royal, après leur avoir imposé des noms. La quatrième s'appelle Acer canadcnse sacchariferum, fructu minori, D. Sarrasin. C'est un arbre qui s'élève de 60 à 80 pieds, dont la sève, qui monte depuis les premiers jours d'avril jusqu'à la moitié de mai, est assez souvent sucrée, ainsi que l'ont aisément reconnu les Sauvages et les Français. On fait à l'arbre une ouverture d'où elle sort dans un vase qui la reçoit, et en la laissant évaporer, on a environ la vingtième partie de son poids qui est de véritable sucre propre à être employé en confitures, etc. Un de ces arbres, qui aura 3 ou 4 pieds de circonférence, donnera dans un printemps, sans rien perdre de sa vigueur, 6 à 8 livres de sucre. Si on en voulait tirer davantage, comme on le pour-
rait, il est bien clair qu'on affaiblirait l'arbre et qu'on avancerait sa vieillesse.
Cette sève, pour être sucrée, demande des circonstances singulières, qu'on ne devinerait pas, et que M. Sarrasin a remarouées par ses expériences. i° Il faut que, le temps qu'on la tire, le pied de l'arbre soit couvert de neige, et il en faudrait apporter s'il n'y en avait pas. 2° Il faut qu'ensuite cette neige soit fondue par le soleil et non par un air doux. 30 II faut qu'il ait gelé la nuit précédente. Cette espèce de manipulation, dont la nature se sert pour faire le sucre d'érable, ressemble à quelques opérations de chimie, où l'on fait des choses qui paraissent opposées, où celles qui paraissent le plus semblables ne sont pas équivalentes pour l'effet.
Encore une remarque curieuse de M. Sarrasin, c'est que la sève de tel érable qui ne sera point bonne à faire du sucre, le deviendra une demiheure, ou tout au plus une heure après que la neige dont on aura couvert le pied de l'arbre aura commencé à fondre. Cette neige s'est donc portée dans les tuyaux de l'érable, et y a opéré avec une grande Titesse.
Donc, n'oubliez pas les pelles lorsque vous partirez pour la (( cabane à sucre. ))
Grâce à la recette du docteur Sarrasin,
vous allez maintenant pouvoir augmenter votre provision de sucre en utilisant la neige.
Ces anciens avaient du bon.
Michel Sarrasin et Jean-François Gaultier,— une autre célébrité de nos annales canadiennes,— portaient tous deux le titre de (( médecin du roi. »