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AVANT LA RÉVOLUTION

[journal de VICTOR HUGO.]

ij février. — Voici la situation politique telle que la fait la question du Banquet (qui sera donné, à ce qu'il paraît, le 22Y'^\

Il y a un lion, d'autres disent un tigre, dans une cage fermée avec deux clefs. Le gouvernement a une de ces deux clefs, l'opposition a l'autre. Gouvernement et opposition se disent réciproquement : — Si tu ouvres avec ta clef, j'ouvrirai avec la mienne.

Qui sera dévoré?

Tous les deux.

18 février. — Le Banquet continue de préoccuper l'attention. Que se passera-t-il }

En sortant de la Chambre des pairs, j'étais avec Villemain, M. d'Argout nous a abordés. Villemain a dit : Je voudrais que ce Banquet fût passé. — Oui, a répondu M. d'Argout, nom le voyons cuire ^ j'aimerais fuieux le digérer.

iç février. — M. Thiers est fort contrarié d'être obligé de se mêler de ce Banquet, d'y aller peut-être. C'est l'opposition qui l'a poussé là. M. Duvergier de Hauranne a dit : — Tant pis! nom l'avons jeté à l'eau. Il faut qu'il nage.

*'' En 1847 eut lieu ce qu'on a appelé la campa^e des ba/jqiiets; les chefs de l'opposition dynastique : Thiers, Duvergier de Hauranne, Odilon Barrot, etc., s'étaient joints aux radicaux pour obtenir du Gouvernement la réforme électorale. L'entêtement du ministère Guizot donna une nouvelle impulsion à la campagne des banquets qui, commencée en juillet 1847 dans toute la France, se pro-

longea jusqu'en février 1848. Le banquet du xu" arrondissement, organisé par l'opposition dynastique et les radicavix, fut d'abord interdit par le Gouvernement, puis autorisé; mais en présence des passions et de l'agitation que souleva l'annonce de cette manifestation qui devait être précédée d'un défilé de représentants à travers Paris, les organisateurs renoncèrent à leur projet. {Note de l'éditeur.)

20 février. — M. de Montpensier a dit à l'orfèvre Froment-Meurice qui est chef de bataillon de la garde nationale et qui lui parlait de l'émeute de mardi : — S'il y a émeute, le roi montera à cheval, y fera monter M. le comte de Paris, et ira se montrer au peuple.

Des canons et des caissons traversent les rues et se dirigent vers les Champs-Elysées.

La semaine qui précéda la révolution, Jérôme Napoléon fit une visite aux Tuileries. Il témoigna au roi quelque inquiétude de l'agitation des esprits. Le roi sourit, et lui dit : — Mon prince, je ne crains rien.

Et il ajouta après un silence : — Je suis nécessaire.

Jérôme essaya encore quelques observations. Le roi l'écouta et reprit : — Votre Altesse a la première révolution trop présente à l'esprit. Les conditions sont changées. Alors le sol était miné. Il ne l'est plus.

11 était du reste fort gai. La reine, elle, était sérieuse et triste. Elle dit au prince Jérôme : — Je ne sais pas pourquoi , mais je ne suis pas tranquille. Cependant le roi sait ce qu'il fait.

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