‹ Chouart et RadissonChapitre 13 sur 75 · Relation de 1658, p · texte numérisé non relu

Relation de 1658, p

2. Ce mot vient d'Onnonta, qui veut dire montagne. — Rel. de 1658, p. 8.

portes, et lorsqu'ils se jettent sur leur proie, on s'imagine qu'ils sont dajis leur pays. »

Ce n'était donc pas sans hésitation que les Jésuites avaient résolu de se fixer au milieu des Onnontagués. Le départ des Pères Ragueneau et du Pérou se fit de Montréal, le 29 juillet. « Nous étions 20 Français, écrit Radisson, plus 80 Iroquois, une centaine de Hurons, hommes et femmes. » Le parti remonta le fleuve Saint- Laurent à petites journées jusqu'au lac Ontario, d'où il s'enfonça dans les terres en suivant les méandres des rivières qui conduisaient au pays des Iroquois. Radisson fait un long narré de cette expédition, qui n'offre rien de remarquable.

Quelque temps après l'arrivée des Français, les Iroquois tinrent un conciliabule secret, dans le but de tirer vengeance du gouverneur d'Aillebout, qui avait fait mettre aux fers une douzaine des leurs, à la suite du meurtre de trois Français, près de Montréal. Irrités de cette détention de leurs compatriotes, les Agniers et les Onneïouts avaient de concert résolu de s'emparer de la garnison de Gannentaha. Le Père Ragueneau, qui avait beaucoup de perspicacité, eut bientôt saisi leur secret, et il avertit son monde d'avoir à se tenir prêt pour un dé-

part prochain. Mais il importait de ne pas se faire découvrir; et comment parvenir à ce résultat, avec l'active surveillance exercée par les sauvages? Ce fut par une permission spéciale de la Providence que le plan d'évasion n'a pas avorté.

La Mère de l'Incarnation apporte de minutieux détails sur la manière dont on s'y prit pour s'échapper sans donner l'alarme dans le camp sauvage. Radisson en a laissé également le récit circonstancié.

<( Les pères, écrit la vénérable fondatrice des Ursulines, prirent la résolution de faire de petits bateaux semblables à ceux de notre Loire. L'on y travaillait sans cesse dans le grenier. . . Il est à remarquer que, depuis le matin jusqu'au soir, la maison des Pères était continuellement pleine de monde, à cause de la grande affluence de nations iroquoises. C'était là que se tenait le conseil des anciens, et, le jour désigné pour partir, il s'y devait faire une assemblée générale extraordinaire des sauvages. Afin de les surprendre, on s'avisa de leur faire un festin. A cet effet un jeune Français, qui avait été adopté par un fameux Iroquois et qui avait appris leur langue, dit à son

père qu'il avait songé qu'il fallait qu'il fît un festin à tout manger, et que, s'il en restait un seul morceau, infailliblement il mourrait. — Ah î répondit cet homme, tu es mon fils, je ne veux pas que tu meures: fais-nous ce festin, nous mangerons tout. . .

« Tout étant prêt, ils commencèrent à manger pendant la nuit. Ils se remplirent de telle sorte qu'ils n'en pouvaient plus; ils disaient au jeune homme qui faisait le festin: Aie pitié de nous, envoie-nous reposer. — L'autre répondait: Je mourrai donc? A ce mot mourir, ils se crevaient de manger afin de l'obliger. II faisait en même temps jouer les flûtes, trompettes et tambours, afin de les faire danser et charmer l'ennui d'un si long repas.

« Cependant les Français se préparaient à sortir. Ils faisaient descendre les bateaux et embarquer tout ce que l'on avait dessein d*emporter; et tout cela se fit si secrètement, qu'aucun sauvage ne s'en aperçut. Tout étant disposé, l'on dit au jeune Français qu'il fallait adroitement terminer le festin. Alors il dit à son père : C'en est fait, j'ai pitié de vous, cessez de manger, je ne mourrai pas; je m'en vais faire jouer d'un doux instrument pour vous faire dormir; mais ne vous levez que demain

t)ien tard; dormez jusqu'à ce qu'on vous vienne éveiller pour faire les prières.

« A ces paroles on joua de la guitare, et aussitôt les voilà endormis du plus profond sommeil. Alors les Français qui étaient présents se séparèrent et vinrent s'embarquer avec les autres qui les attendaient. ^ »

Qui n'a pas connu dans ce jeune Français, Pierre-Esprit Radisson, et dans le gargantua sauvage, le père adoptif du prisonnier trifluvien ? C'est grâce à lui, sans aucun doute, que la petite colonie française put s'échapper, en déjouant la surveillance des chefs Iroquois.

Le départ eut lieu durant la nuit du 20 mars 1658 ^, et deux jours après, les déserteurs atteignaient le lac Ontario, et allaient camper sur l'une des nombreuses îles éparpillées à son entrée comme autant de bosquets enchanteurs. S'y étant reposés de leurs fatigues, nos Français descendirent le fleuve, en toute sécurité du côté des sauvages, mais au milieu des plus grands dangers de navigation.

lyC trois avril ^ l'on arrivait à Montréal où il

j. Lettre xxxv de la Mère de l'Incarnation à son fils.

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