‹ Chouart et RadissonChapitre 30 sur 75 · I. Voyages de Radisson, pp. 240 et · texte numérisé non relu

I. Voyages de Radisson, pp. 240 et

avait fait en Acadie, en 1653 ^» ^^ ^^^^ connaissance avec des négociants de Boston. Il crut que l'occasion était propice pour offrir ses services à quelque riche armateur qui pût utiliser ses connaissances de la géographie du pays avoisinant la baie d'Hudson. De Percé les deux Français coururent à l'habitation de Nicolas Denys, à Saint-Pierre en l'île du Cap- Breton, puis à Canseau, et enfin à Port-Royal, où ils firent l'heureuse rencontre de marchands bostonnais, qui s'engagèrent à les prendre a leur service. Enfin leurs désirs allaient être accomplis: ils iraient à la baie d'Hudson par la voie de mer.

A Boston les armateurs firent appareiller un vaisseau, et le confièrent à un capitaine anglais, qui n'avait jamais navigué dans les zones glaciales. Lorsqu'il fut parvenu à l'entrée du détroit d'Hudson, il refusa d'aller plus loin, prétextant qu'il n'était approvisionné que pour quatre mois, et le voyage pourrait durer un an.

I. "Le 9, le P. Richard arrive avec le sieur Des Groseliers, de l'Acadie, d'avec M. de la Tour. — Journal des Jésuites," juillet 1653. Il avait eu des rapports avec M. de la Tour, à Québec, et l'avait ensuite visité dans J'Acadie. — Ferland, ii, p. 80.

Ce contretemps ne découragea pas des gens aussi entreprenants que Chouart et Radîsson. A peine avaient-ils touché le port de Boston, qu'ils prirent un nouvel engagement pour une expédition vers ks régions arctiques. Deux vaisseaux devaient les y transporter. Tous les préparatifs se firent heureusement. L'un des vaisseaux alla se perdre sur l'île de Sable, et l'autre, qui devait porter les deux Français, ne partit point. Les armateurs brisaient ainsi le contrat existant entre eux et Chouart. Un procès s'ensuivit, qui fut heureux pour les Bostonnais, bien que Chouart ait eu gain de cause. II lui fallut en venir à un arrangement amical, et d'une chose à l'autre, on ne lui accorda pas de dédommagement pour le tort qu'il avait subi.

Il y avait alors dans la Nouvelle-Angleterre quatre grands personnages anglais que le roi de la Grande - Bretagne y avait envoyés, en 1664, pour forcer les Hollandais à évacuer Manatte, pour visiter les colonies anglaises,, entendre et régler leurs plaintes, et enfin donner la paix et la sécurité au pays. Ces personnages, formant commission, étaient Richard Nichols, Robert Carr, George Cartwright et Samuel Maverick. L'un d'entre eux, le colonel Carr, engagea fortement Chouart et son com-

pagnon à traverser en Angleterre, et là y offrir leurs services au roi. De leur côté, les marchands bostonnais désiraient prendre de nouveaux contrats d'engagement avec eux.

C'était, de leur part, plus que de l'audace. Aussi Chouart les refusa net, en leur disant que « chat échaudé craint l'eau froide », et il préféra suivre le conseil du colonel Carr.

Chouart et Radisson se rendirent donc à Londres, en août 1665, comme en fait foi la dépêche suivante du colonel Carr à Lord Arlington : « Ayant entendu parler par des Français de la Nouvelle-Angleterre, d'un passage de la mer de l'ouest à la mer du sud, et d'un grand trafic de castors dans cet endroit, et ayant eu par la suite des preuves suffisantes de la vérité de leurs dires, et sachant quels grands efforts ont été faits pour trouver le passage du nord-ouest, je pense que le plus beau présent à faire à Sa Majesté est de lui envoyer ces hommes ».

Le vaisseau anglais, qui fit voile de Boston pour l'Angleterre, fut pris en route par les Hollandais, mais l'équipage fut aussitôt relâché. Nos Français n'eurent pas plus tôt touché le sol d'Angleterre, qu'ils se rendirent en toute hâte à Oxford où résidait le roi. Ils

étaient porteurs de lettres de recommandation d'un neveu de Charles 1er, le prince RupertS « grand protecteur de toutes sortes d'entreprises de cette nature, et excellent connaisseur en projets, aussi bien qu'en gens capables de les exécuter » ^. Ce prince avait reçu ses informations de sir George Cartwright, Tun des commissaires déjà nommés. Sa Majesté fit entrevoir à Chouart que, dès le printemps suivant, elle mettrait un vaisseau à sa disposition, et comme garantie de sa bonne foi, elle alloua aux deux Français quarante chelins par semaine et des chambres à Windsor en attendant l'heure de leur départ pour la baie d'Hudson.

Une lettre très authentique de M. 01den« burg, premier secrétaire de la Société royale, à Robert Boyle, philosophe distingué, nous fait

1. The prince Rupert at Naseby led the cavalry charge against Fairfax and Cromwell, and at this period devoted to the exhibition of a philosophical toy known to chemists as "Rupert's Drops" — The deveU opment of Trade on Lake Superior, etc., by Edw. D. Neill, D.D., p. 96.

2. H. Ellis, Voyage de la haie d'Hudson, fait en 1746 et 1747, pour la découverte du Passage de Nord- Ouest, p. 104.

connaitre certains détails relatifs à cette entreprise : « Vous n'ignorez certainement pas, écrivait Oldenburgh, la nouvelle qu'on débite ici avec beaucoup de joie de la découverte du passage du Nord-Ouest, faite par deux Anglais et un Français, qui viennent de la présenter au roi à Oxford. S. M. leur a accordé un vaisseau pour aller dans la baie d'Hudson et de là dans la mer du sud. Ces gens assurent, à ce qu'on m'a dit, que d'un lac du Canada, ils étaient entrés avec une chaloupe dans une rivière qui se déchargeait au nord-ouest dans îa mer du sud, oti étant arrivés, ils étaient entrés au nord-est dans la baie de Hudson ». ^

Le printemps de 1 666 étant arrivé, plusieurs obstacles s'interposèrent pour empêcher la mise à exécution de la promesse royale ; le vaisseau n'était pas prêt, et l'eût-il été, le capitaine se disait incapable de conduire une expédition dans les endroits aussi peu connus. La partie fut donc forcément remise à l'année suivante.

Le printemps de 1667 apporta de nouveaux empêchements. Cette fois l'ordre d'appareiller était venu trop tard, et les finances royales étaient trop délabrées pour faire face à des frais aussi considérables. Il fallut remettre le voyage à une date ultérieure.

Ce ne fut qu'en 1668 que Chouart et Radisson purent enfin voir se réaliser leurs espérances. Deux navires furent frétés pour ce voyage périlleux; l'un, le Nonsiich, était commandé par le capitaine Zachary Gillam ; l'autre VEagle, par le capitaine Stannard. Chouart s'embarqua sur le Nonsiich et Radisson sur VEagle. Une tempête terrible sépara les deux navires, et VEagle dut revenir sur ses pas. On était alors à quatre cents lieues de l'extrémité septentrionale de l'Irlande. « Nous fûmes contraints, dit Radisson, de couper nos mâts, ce qui était mieux que de raccourcir nos vies. Nous sommes revenus sains et saufs. Dieu merci. »

Le Nonsiich continua sa route, sans s'occuper de VEagle. Chouart irait donc à la baie d'Hudson, privé de la compagnie de son beaufrère. Cette séparation dut être cruelle pour ces deux hommes, qui n'avaient cessé de vivre ensemble depuis 1658, c'est-à-dire depuis dix ans.

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