Lettre 84e, p
2. Ordre de chevalerie institué par Edouard III, en 1349. Il ne comptait que 25 membres, non compris le souverain, les princes du sang et les princes étrangers.
être une dignité fort honorable; et l'on a fait une gazette en Angleterre pour louer cet aventurier français. »
Chouart n'avait pas encore, à cette date, rencontré les difficultés qui l'assaillirent plus tard, lesquelles devaient amener une rupture avec la compagnie de la baie d'Hudson. Sa qualité de Français devait nécessairement lui attirer des envieux, et une fois qu'il eut enseigné aux Anglais le chemin de la baie, ceux-ci pouvaient se passer plus facilement de ses services. Toutefois il est assez étrange de constater avec quelle indifférence Chouart et Radisson quittèrent leurs anciens alliés, quand on sait que le premier reçut les honneurs de la chevalerie, et l'autre la main d'une Anglaise appartenant à une famille de haute distinction. De graves raisons les induisirent sans doute à briser des liens aussi puissants.
Quoi qu'il en soit, Chouart et Radisson se rendirent à Paris au mois d'octobre 1674. Colbert leur fit un excellent accueil, et il s'engagea
Les chevaliers portent, entre autres insignes, une jarretière bleue à la jambe gauche; la reine la porte au bras. — Bouillet, Dictionnaire d'histoire et de géographie.
à tenir les promesses qu'il leur avait faites de les dégrever de toutes dettes, et d'obtenir du roi leur pardon pour les fautes de leur vîe passée, enfin de leur payer comptant quatre cents louis d'or. Le tout sans préjudice d'un emploi lucratif. Tout vint à point, à l'exception de l'emploi, que Colbert hésitait encore à leur accorder, à cause de Radisson, dont le mariage constituait une mauvaise note aux yeux du ministre. Probablement en vue de se débarrasser de leurs obsessions, Colbert leur conseilla de se rendre à Québec, et de s'y entendre avec le gouverneur touchant leur sort futur. Ils y allèrent donc, mais trouvèrent toutes les avenues fermées, tant à raison de la jalousie des marchands que par l'indifférence de M. de Frontenac, qui subissait l'influence de son milieu.
Radisson se sépara de son beau- frère, pour retourner en France. Chouart demeura dans sa famille, aux Trois-Rivières, attendant des jours meilleurs. Rendu en France, Radisson prit du service dans la marine, sous Jean, duc d'Estrées, vice-amiral de France, qui venait de recevoir l'ordre d'aller dans les mers d'Amérique avec une escadre de six vaisseaux et trois frégates pour y faire la lutte contre Tes-
cadre du vice-amiral hollandais Binkes. Arrivé en Amérique, en décembre 1676, d'Estrées débuta par reprendre l'île de Cayenne * dont les Hollandais s'étaient emparés. Au mois de février de l'année suivante, il cingla vers l'île de Tabago^, dans le port de laquelle se trouvait embossée l'escadre de Binkes. Durant le combat qui s'ensuivit, le feu se communiqua au vaisseau amiral, et d'Estrées dut la vie à un nommé Bertier et à un matelot. Ce ne fut qu'à la fin de décembre 1677, que le vice-amîral français put s'emparer de Tabago. Après ce premier succès il voulut enlever aux Hollandais l'île de Curaçao, la dernière qu'ils possédassent dans les Antilles, mais son opiniâtreté et son inexpérience maritime amenèrent une catastrophe épouvantable. Les dix-sept vaisseaux qui formaient son escadre touchèrent pendant la nuit, au mois de mai 1678, sur les rochers des îles d'Aves. Un seul vaisseau, une fltite de charge, deux brûlots et l'hôpital de l'armée échappèrent au naufrage. Ils servirent