BALLADE
Jeune, gente, plaisant et débonnaire,
Par ung prier qui vault commandement
Chargié m'avez d'une balade faire ;
Si 2 l'ay faicte de cueur joyeusement :
Or la vueilliez recevoir doulcement. 5
Vous y verrez, s'il vous plaist a la lire,
Le mal que j'ay, combien que vrayement
J'aymasse mieulx de bouche le vous dire.
Vostre doulceur m'a sceu si bien atraire'
Que tout vostre je suis entièrement, lo
1. Pour les règles essentielles de la ballade, conf. page 275, note 4. — 2. Si, alors, et. — 3. Atrnire^ attirer.
POÉSIE LYRIQUE
Très désirant de vous servir et plaire,
Mais je seufTre maint doloreux tourment,
Quant a mon gré je ne vous voy souvent,
Et me desplaist quant me fault vous escrire,
Car se* faire se pouoit autrement, i5
J'aymasse mieulx de bouche le vous dire.
C'est par Dangier^^ mon cruel adversaire,
Qui m'a tenu en ses mains longuement;
En tous mes faiz je le treuve contraire,
Et plus se rit, quant plus me voit dolent ; 20
Se vouloye raconter plainement
En cest escript mon ennuyeux martire,
Trop long seroit ; pour ce certainement
J'aymasse mieulx de bouche le vous dire.