CO M M I N ES
(xve siècle)
Du châtiment des fautes des Grands et des Princes.
Les plus grans maulx viennent volontiers des plus forts; car les foibles ne cherchent que patience. Ici compren les femmes comme les hommes, quelquefois et en aucuns lieux, quand elles ont autorité ou maistrise, ou pour l'amour de leurs maris, ou pour avoir administration de leurs affaires, ou que leurs seigneuries viennent de par elles. Et se je vouloie parler des moyens estats de ce monde et des petits, ce propos continueroit trop, et me suflit alléguer les grans, car c'est par ceux la ou l'on cognoist la puissance de Dieu et sa justice. Car, pour deus mille meschefs advenus a un pauvre homme, on ne s'en advise, car on attribue tout a sa pauvreté, ou a avoir esté mal pensé 3; ou s'il s'est noyé ou rompu le col, c'est pour ce qu'il estoit seul : a grant peine en veut on ouïr parler. Quand il meschet a une grant cité, on ne dit pas ainsi : mais encores n'en parle on point tant que des Princes. Il faut donques dire pourquoi la puissance de Dieu se monstre plus grande contre les Princes et les grans que contre les petis :