‹ Chrestomathie égyptienne (volume 2)Chapitre 2 sur 98 · DES NOMS DE NOMBRE ET DES ADJECTIFS NUMERIQUES · texte numérisé non relu

DES NOMS DE NOMBRE ET DES ADJECTIFS NUMERIQUES

La partie de cette élude que nous consacrons à la grammaire de la langue égyptienne sera nécessairement incomplète. L'étal actuel de la science nous obligera sans doute d'y laisser beaucoup de lacunes; mais on peut espérer que les discussions insérées successivement dans la Chrestomathie en diminueront l'étendue. Malheureusement il est un autre obstacle, d'une nature permanente, au perfectionnement de nos connaissances sur ce point : le système imparfait de Ja notation graphique pour le son des voyelles^ nous dérobe la connaissance d'une foule de nuances grammaticales. Nous sommes dans la position d'une personne qui étudierait des textes hébreux, rendus tout à coup à la lumière, sans le secours d'aucune tradition analogue à la Massore. Il résulte de cette fâcheuse condition que des différences très-réelles entre diverses formes d'un même radical n'apparaissent pas dans l'écriture, et qu'il nous sera souvent impossible de tracer leurs règles. Dans les textes d'une ré-

* V^oycz ci-dessus, n" ao, pour le maires hëbraïques et aramëenncs bien vague des voyelles. I-.es lexles phc^nîciens connues leur prêtent un secours qui nous sont dans le même cas; mais les (jrani- manque pour Tëgyptien.

2 CnUESTOMATHIE ÉGYPTIENNE.

dactioii simple, la marche de la phrase égyptienne est ordinairement assez claire pour prévenir les contre-sens, résultat presque forcé de la confusion des formes; mais il en est tout autrement dans les morceaux d'un style plus relevé : les ellipses et les inversions s'y multiplient, et l'on a souvent l'occasion de regretter une détermination plus précise de la prononciation, qui pourrait lever toute équivoque. Le copte est d'ailleurs placé à un degré un peu éloigné, dans les évolutions de la langue, pour que les voyelles de ses divers dialectes puissent être restituées par nous avec conGance dans l'orthographe des mois antiques.

115. Le substantif ne se distingue pas ordinairement du radical pur par une forme particulière qui apparaisse toujours dans l'écriture. Le radical lui-même subit un certain nombre de modifications que nous étudierons avec soin à la section des verbes'. Les substantifs reproduisent parfois ces formes secondaires; mais comme elles dérivent des formes verbales et n'ont rien de spécial à la qualité de substantif, nous n'en parlerons en ce moment que pour mémoire. Ce sont des substantifs analogues aux formes secondaires ^gr z^ kenen cr valeur, v -f^ -^ ^ ^ . kcnJcen cr combat, n du

Jg T^ i f> 1 ^y.^ AWI»I«A ii*'^'»»^ *l— ■ 1

type f^ ken;\\ ^ jW\ setet cr parole, tî du type ^ (et.

116. Le principe de la formation des substantifs qui se présentent dans l'écriture, sans addition apparente au radical, peut ôtre apprécié approximativement à l'aide des nombreux changements de voyelles que cette même formation amène encore dans le copte'-. On peut, malgré leur variété, les réduire à un petit nombre de classes :

* Voy. Brug»cli, Dictionnaire cgyp- * CompAa Gramm. copte deSchwavVLe,

tien ^ eic, Einleilung, p. viii. au chapitre des noais, et surtout une

1^ Des substantifs assez nombreux conservent la même forme que le type verbal; exemple : Ki-w. «mouvement, ^comparé à Kïjul cr mouvoir, y)

3^ D'autres substantifs subissent un changement vocai intérieur, comme ^&0C tr vêtement, a comparé à >tuÊC «couvrir.'» Les cas sont très-variés et pourraient difficilement être réduits en règles; on peut cependant remarquer, d'une manière générale, que la tonique a dà se déplacer. Ces deux classes devaient exister dans la langue antique; mais ce que nous avons expliqué des imperfections du système graphique pour les sons-voyelles nous empêche d'en définir les traces.

117. Les substantifs coptes sont aussi formés par des additions au radical, sous forme de préfixes ou de suffixes.

L'addition la plus simple est celle d'une voyelle finale, ordinairement s ou E ; exemple : m-pB-îlil cr le laveur, v peu |d <f laver. ^ Cette formation se retrouve fréquemment dans l'égyptien ; elle est caractérisée par les finales 1 â» Il i» qui varient entre elles dans

le même mot; exemples : xf Pll^^^^^ (^^^ «chanteur,^ LA V il^^itgn cr malfaiteur. •» Ainsi employée , la finale i caractérise les adjectifs verbaux intimement liés à cette sorte de substantifs; mais la faculté d'omettre dans l'écriture les voyelles, même finales, voile souvent l'existence réelle de la terminaison.

118. Un certain nombre de substantifs masculins prennent, en copte, le suffixe c\; exemple : no>E& «atteler deux chevaux au char ^ (en égyptien 8 i ^ ^ naheb^ même sens) , comparé à K*-^- &E<^ «joug. 7) Cette forme n'était pas usitée dans la langue antique; peut-être néanmoins peut-on trouver un cas analogue dans I nA âiç/'crpère, n comparé au copte itUT (radical àt). On remarque

étude remarquable de Veit Valentin intituiée Die Bildung des copdsehen Nomens, 6ôtiingen, i866.

à CHRESTOMATHIE ÉGYPTIENNE.

bien un certain nombre de mots qui paraissent composés par addition de K^^f k un radical plus simple, mais cette addition n^est pas alors restreinte au substantifs

L'addition d'un G final, dans certains substantifs féminins, est corrélative à la précédente; exemple : ^b^tÊlEC tr tuerie, a de ^tUT& «r tuer. 15 L'origine de ces additions est claire, ce sont les suffixes t^, C, caractérisant la 3* personne du singulier.

119. Le C final se remarque aussi, en copte, dans un petit nombre de mots masculins; exemple : TT-£>TTC «rie nombre, t) de tun «r compter. -n 11 provient probablement, en pareil cas, du suffixe antique pour le neutre qui est le féminin — »- «, ayant souvent pour variante le pronom commun aux deux genres i % su. Cette finale apparaît dans le substantif A A i % ^ taùisu^ ce chef t) comparé ^ i i (^ ^^ trtête^ (en copte !^£US!>$). Ce 1 % m final a souvent "^ si pour variante, ce qu'explique le vague de la voyelle.

120. Une autre classe de noms se forme, en copte, par l'addition d'un t final, vocalisé de diverses façons • T, TE, '^j ht, CTîT. Ces deux dernières finales sont de véritables formes de participes; exemple : ^b-Xkt r oiseau (volant), tj de ^tu^ «voler, tî Les formes ^,^8,^ ont probablement la même origine, dissimulée par l'abréviation.

Du radical -^" hà «r commencement, if) en copte ^B-, ^K, se tirent les formes ^ 7 Aâ-^ ff devant, commencement, y) et les mots coptes ^O'^EXTE « commencement , T) ^O'Tîxt, ^CXi^ cr premier, première, -n

Dans la langue antique, on trouve quelquefois aussi un * /

' Certains noms propres termines par ' Pour le rôle non phonétique de w

«v^^/sont des composés qui seront expii- dans ce mot, voyez le n"* io6, ci-dessus, quës plus loin. Voyez n' 187. première section.

ajouté au radical, comme dans ^i/^re/et cr énumération , compul,^) comparé à ^ re/^ «r connaître ; n mais plus souvent encore les finales ^Ik tu , % ut, sont ajoutées après le radical et même après le déterminatif , de manière qu'on n'y peut méconnaître la finale des participes.

Dans le démotique , ce { final s'écrit également après le déterminatif et se détache ainsi du radical.

121. Le copte possède aussi une classe de substantifs composés par Taddition de divers préfixes :

i^ &n, EH; exemple : Enuja'T «r marchand ;t) c'est l'addition au radical ajtUT «r commercera de la particule attributive a*^'**^ «n, copte n. Cette forme ne paraît avoir été usitée anciennement que pour les adjectifs.

â® La particule pEq cr celui qui fait, l'agent;^ son addition pour former des substantifs est également récente. Son origine se trace

par la locution démotique p^em-auf tiVhomme qui ' i^ dont

elle doit être la contraction.

3^ Le préfixe CB- indique, en copte, un nom de métier : C^nosK «r boulanger, 7) de OIK (rpain. tj Je crois que ce préfixe C& a pour origine le mot antique >A^ se trun homme, un individu.^ Tous ces substantifs désignent plus ou moins expressément des qualificatifs ; la langue antique ne distinguait ces sortes de noms par aucune addition; les noms de métier s'y présentent, comme les autres, sous la forme simple du radical, ou avec l'addition de l'i final.

122. Le préfixe privatif hrg produit en copte des substantifs et des adjectifs négatifs tels que b^tescut crsans père,-» b^thite «r Innombrable, fi La langue égyptienne faisait usage d'un composé semblable. La particule h^ ne paraît pas autre chose que la négation

^ Voyez Brugsck, Grammaire démolique , n** i53.

égyptienne 2^» variante ^^ ànti, dont la nasale est tombée. Elle formait des noms complexes comme û JL "îfc— ànti Ifer «r sans

fraude. "»

123. La langue copte forme des substantifs à signification abstraite avec les initiales a^ekt et 5iit. La première, en sahidique aj-e^t, en memphitique ji*et^, semble visiblement composée de \^ w, particule ancienne indiquant <r l'état, i? et du relatif ^||^ nti = KTE, ET : Jt^ino'^^i « l'injustice n se décompose facilement eji •^, ET, 0':i^\ cr étant, ce qui, injuste. t

L'origine du mttsahidique,^^n memphitique, est plus obscure ; cette initiale existe déjà dans le démotique, où elle est rendue par deux sigles^ que M. Brugsch croit dérivées du signe 1 ^ti, tut tr parole, t» ce qui donnerait une origine assez satisfaisante à cette particule abstractive. Si cette vue se conûrme, l'addition du mot antique 1^. I— .-Ji tui devant un autre substantif pourra être considérée comme entraînant 1 idée d abstraction.

Le substantif abstrait ne revêt ordinairement aucune forme particulière dans la langue ancienne; on peut seulement remarquer qu'il est très-souvent du genre féminin.

DU 6ENB£.

12â. Le masculin est la forme typique du nom, le féminin apparaît comme dérivé du premier. En copte, le féminin se compose soit par l'addition de ï ou E, soit par allongement de la voyelle finale.

Beaucoup de substantifs féminins montrent les finales i, E,

* Bemarqaez la chute de la nasale, leuse; M. Brugsch a la d abord mut et coininedans le passage de Yyân/ià£.*T. x^> ^' ^ remarqué ensuite que la pre-

« La forme ordinaire Zt ,4 L , celle ""^ '""""^ '^P^^'^ inconlestablemenl

4/>m/ au copte ^E, ^l^ns le sens de parole,

de rinscription de Rosette est ^^ . La Voyez Brugsch, Grammaire démotique.

lecture me sanble encore un peu dou- n" 1 5 1 .

comme T-ni^ojE (memph. çl>&cyx <rla moitié, t? de çl>tL\cy cr diviser?)). La langue antique possédait certainement cette formation du féminin; exemple : j ''==^ J nuteii «r déesse ?> comparé à

j^ J crdieu. 7) La faculté d'omettre dans l'écriture les voyelles,

même finales, nous dérobera encore souvent l'existence de cette terminaison.

Par l'allongement de la voyelle finale, ordinairement le E du substantif copte masculin devient H et l'o devient eu. Je ne doute pas que cette différence n'ait également existé anciennement; mais le vague des voyelles ne permet pas de le constater.

125. Dans l'écriture antique, le genre du substantif est signalé par des marques spéciales ^ surtout quand il est écrit par un caractère idéographique : I indique alors le masculin et ^ le féminin. Avec plus d'intensité et pour se rapprocher de l'idée de sexe, le féminin reçoit le groupe ^ en ajoutant l'œuf; exemples : ^^ se (ffils,T) ^^ se-t <r fille. ■» La combinaison ^ i appartient ordinairement au féminin, mais ce n'est pas un indice certain; il arrive souvent qu'on a mis les deux explétifs i m pour arriver au carré du dessin et sans se préoccuper de la confusion qui peut en résulter; exemple : P^^ pe-se^ie bassin, v

126. Le A, marque du féminin, est probablement relié avec l'article ^ jL to. C'est une question douteuse encore pour nous que celle de savoir si ce * / final était prononcé, et dans quels cas. L'analogie des finales sémitiques en n', n^ engagerait à le considérer comme réellement phonétique. Cependant les transcriptions grecques prouvent que ce * n'était pas prononcé dans la juxtaposition de deux mots; exemple : (reviens, transcription de ^^^

^ j ^ • ^^^ I (4i ^^O)"^""**- P^ins les mots démotiques, lorsqu'un subs-

tantif possède la finale /, elle s'écrit indépendamment du signe du

* Comparez CliaDi|K)llion , Grammaire, n" 76 et siiiv.

réminin correspondant à a^; celui-ci ne siiilisait donc pas pour amener la prononciation d'un t final. On ne voit pas non plus que le copte ait une forme féminine spéciale en T. En transcrivant par t la marque du substantif féminin, nous devons donc avertir que la prononciation effective de cette lettre nous parait ordinairement très-douteuse.

Le genre neutre n'existe pas en égyptien pour les substantifs. Le féminin remplit son rôle, ainsi que dans le copte, pour l'emploi abstrait des pronoms.

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