FORMES NÉGATIVES
369. Les particules négatives sont nombreuses dans la langue égyptienne, et des combinaisons assez variées résultent de leur union avec le verbe. Les négations ordinaires sont : ^[^ n, an, J % huy J ben et ^ V tem; j^ wi et I V .^^^ àm sont prohibitifs. Divers radicaux, tels que: ®V ^^^^ ;^^m, \ V*;^— «u,
' Sa em sinsin, S û. ^ Décret de Canopus, 1. 33. La parti-
' Ibid. S h. Nous avons vu que embahu cule , se caractérise ici comme détermi-
indiquait quelquefois Tagent, dans le pas- nant Tagent. ,', , dans le second membre ,
sif (voyez ci-dessus, n** 36^1)., est encore Tabi'égé de ,f, m.
t-s- meny ^Jj^ /?a, etc. doiinenl aussi naissance à des locutions négatives qui ne doivent pas être passées sous silence.
Nous étudierons successivement les caractères particuliers de chaque négation, en faisant toutefois un article spécial pour la prohibition et pour l'interrogation négative.
Le caractère --^^ (avec ses variantes — ^u*, fj) est le véritable symbole de la négation ; seul ou avec le complément a*mn^**\, il sert à écrire la négation n, an. La variabilité des voyelles fait comprendre comment — '^-^ seul, ou le groupe ^[^^ pris phonétiquement, correspondent, d'après le témoignage des variantes, à w, an, na et même à 1 . nen; cette dernière est une forme redoublée \ ^^^ est souvent additionné du déterminatif "5^-=- «r négation, privation, mal, etc.; 7) en retournant l'oiseau -*nif en sens inverse de l'écriture, on insistait encore sur l'idée négative. Le radical ^^^^^ an pouvait être employé comme un verbe opposé au verbe «r être ; n au sens neutre, son participe pluriel ^^^ àn-liu «ries non-existants ^ s'applique aux choses possibles, mais n'ayant pas reçu l'existence; aussi le dieu suprême est qualifié Seigneur souverain des ^|[*^î^î^ *^ wa-u àn-tiu «rdes choses qui existent et de celles qui n'existent pas^.^ Dans un sens plus actif, les impies, qualifiés ^^
ànrtiu'Seny sont cr les négateurs, n La qualité verbale explique encore facilement des expressions telles que : "V-^^ft àn-ti
ou ^^ àn-li-nef (^ celui qui n'a rien, le pauvre; ti et ^ ^^
*^3|||| nt-enefmaut cr celui qui n'a pas de mère'. ^
370. '^^I^ se plaçait avant le verbe nié ; le copte a conservé les négations u (sah. H), et ^.u ; ît est resté initial et «>^IT vient ordinai-
» Voyez Lepage-Renouf, Mmellaneous, ^ % ^ H^ ^ ^^ Aenr iHiu àn-tiu. Il 1867; dissertalion très-remarquable sur y ^^ail là un de ces jeux de mots si raies négations, leur lecture et leur emploi. ^h^rché par les ëcrivains égyptiens. VoyezChampol]ion,Gramm.n-989. ^ Grande stèle A'Antef, musée du
* Un des titres d'Isis, h Philœ, lui Louvre I. 17 18. donne «la régence» sur ces deux classes :
110 CHRESTOiMATllIK ÉGYPTlK.NMi.
renient le renforcer, après le verbe : c est \h nri supplément propre à la langue dérivée, et quand le copte se sert de x^u seul, il le place après le verbe. La négation ]^;^, qui est fondamentale, pouvait s'appliquer à presque tous les temps, dont elle dérange peu l'ordonnance.
A l'aoriste simple, le sujet substantif pouvait suivre immédiatement la négation ou bien être rejeté après le verbe; exemple :
an suten en haine dr ma-ti ter pa-tu to-ui.
Aucun roi d'Égyple n a rien fait de pareil depuis Texistence du monde.
I Jl II I I
an peru ba-usen *.
tueurs âmes ne sortent pas.
Cette liberté permettait de diviser spécialement la force de la négation sur le substantif ou sur le verbe. Avec l'afïixe, le verbe
suit immédiatement la négation : . J^^ ^^ I «n-
maa-sen crils ne voient pas. tî Mais, dans les derniers temps, les aflixes avaient également marqué ici leur tendance à rejoindre les auxiliaires : dans le Papyms Rhind, la phrase hiéroglyphique :
I an te-lH r ils ne disent pas, 17 correspond au démotique an-
U'te qui conduit directement au copte îiE'^^i^E (^î^). Le second aoriste du modèle ,1 !L ^^ ^^* ùit-nef Hall aussi très-
^WIWWPF^ W ^H^^^^^V ^^^^^^. ^\^^^^^-
usité.
371. L'introduction des auxiliaires donne ici lieu à quelques observations : le verbe ■ % quitte sa place ordinaire et vient s'accoler à la négation ; exemple :
' Dans le groupe ainsi composé J^ , le a est Irès-probablenienl explétif et sans valeur phonélicpie.
DU VERBE. m
an pu se àr-t àr-t nek fer râ er-men
H n'y a pas de fils (qui) ail fait (ce que) lu as fait, depuis Ra jusqu'à (noire temps)'.
372. Lorsque l'on rencontre l'auxiliaire I % «t^, il faut distinguer soigneusement la place qu'occupent les deux éléments ^;;^ et I m : quand ce dernier n'a que la valeur conjonctionnelle, il précède la négation; c'est le contraire, s'il occupe une place logique dans un temps composé. Plusieurs phrases tirées du Récit des deux frères, aideront à saisir cette distinction. Dans l'allocution de Bain figure le reproche suivant : rr Qu'est-ce que ton action de me poursuivre pour m'assassiner?T7
àiMin- solem-eh ru-à her tut.
Sans avoir ëcou le mes paroles'.
Mais nous aurons la construction inverse dans le cas de l'aoriste, du conditionnel et du futur. La conclusion des reproches de Bala se formule ainsi :
pa-un àn-àu-à' ha em âs-t àu-k àm-s[t).
Ceci étant, je ne reste pas dans une demeure dans laquelle tu es *.
Plus loin, Bâta dit à sa femme : ff lNc sors pas! de peur (jue le Ueuve ne te saisisse, t^
' Voyez Mariette, y46^(^. Grand rëcit Pap, d'Orhiney , VU, l\. Analysez «r étant
de Eamah U,\, 6/j. Pour le verbe ■^, (que) lu ne nî\is écouté en parole, ^j voyez n' 396, ci-dessus. ^ Ilfid- Vlïï, 3. L'aoriste a ici le sens
* Ainsi que nous l'avons fait reniar- du futur, quor \ ^ au est ici l'analogue du ci arabe.
H2 CHRESTOMATHIK ÉGYPTIENNK.
X^r àn-àu-à' re^-d nehemu-l niâ-f.
Car je ne saurais pas le sauver de lui \
373. Le futur, avec l'insertion de -«=»-, exige aussi absolument celte construction : dans le même récit la princesse veut faire tuer son mari , sous la forme du taureau sacré, en se disant : .
pa-un àn-àtê/- er-àr-t nek-tu.
Cela étant, il ne fera plus d'affaires fâcheuses".
figure souvent dans la négation de Tinfinitif : d'après les observations de M. Lepage-Renouf, cette tournure absolue se prête à rendre divers temps; elle servait à nier, par pléonasme, le défaut opposé à la qualité qu'on affirmait. C'est ainsi que û ''^S
àn-karr^non mutus:) s'ajoute à «ril parle, tî C'est évidemment ici un participe (r n'étant pas muet.?) Quelquefois aussi il faut traduire par la négation de l'infinitif ^caa J^^^ àn-uieb (rsans répondre^. iî
Quoique cette négation soit surtout initiale, elle figure néanmoins quelquefois dans un terme conséquent; celui-ci peut alors être relié à son antécédent par la combinaison I V , étudiée ci-dessus. On trouve même '-^^-^ affectant un infinitif régi par un autre verbe*. Toutmès III défend ainsi, à ses soldats, de perdre leur temps au lieu de poursuivre les vaincus :
* Pap. d'Orhiney, X, i. Le condition- vantageux. — ^ Voyez Lepage-Renouf,
nel est ici la nuance nécessaire. /. /. p. 6.
' Ihid. XVI, 5 : «cA-f, seul, est sou vent * ^"V est plus usitë dans cette po-
pris en mauvaise part; mais .^,^f sition.
-^ nch-t nefer-t est quelque chose d'a-
DU VERBK. 113
àste ha an àr [mcnjiu) en hon-f er-fa âb-sen er hak
nan-x^t-u en na-yer-u.
Voici qn'on onlonna que les soldats de sa Majeslë ne donnassent pas leur cœur à piller les choses des ennemis (analysez : Ne pas faire, les soldats, appliquer leur cœur, etc.).
374. Le participe négatif doit aussi nous arrêter un instant; on y remarquera une nouvelle trace de la valeur verbale de '-^^-^ : en effet, outre la formule ordinaire, qui consiste à mettre cette particule devant le verbe nié, comme an kar^ cité ci-dessus, on rencontre des cas oit la négation a attiré la finale du participe, comme nous lavons vu attirer les affixes personnels. Les éloges des défunts renferment des phrases du genre de la suivante :
mn-ti àn-tiu à-un.
Juste, ru^fant pas violent'.
Le participe passif, qui se confond avec l'aoriste^, est construit sur ies mêmes principes : le paradigme est ici ]|^ ^ '^^ ^^^^ àti-âri' tuf y ou bien ]^^I^^ àn-tu-àrif crnon factus i-n la finale passive ayant rejoint la négation. Cette tendance est extrêmement ancienne dans la langue , comme on peut le voir par la locution ^ V ^^^-^^ àn-tu-sotem-f qui se rencontre déjà dans le Papyi'us Prisse^. Les né-
* Ce même principe explique la re- M. Brugsch, à qui ce phénomène d at-
marque faite par Champollion que *-^ traction n'a pas échappé , a eu tort de le
reçoit parfois les marques du pluriel. restreindre à la finale ^ du passif , comme
(Voyez Champollion, Gramm. p. 4/i5.) le prouvent les exemples ci-dessus. (Voyez
' Voyez ci-dessus, n** 358-363. Brugsch, Gramm. hiérogl. p. 66.)
^ Pap. Prisse, a* partie, XVII, h.
lu CHRESTOMATHIE ÉGYPTIENNE,
galions sont donc traitées quelquefois comme de vraies racines verbales et nous montrerons, au chapitre des prépositions, que c'est là un phénomène très-général dans la langue égyptienne.
375. Un usage très-remarquable du participe, celui qui consiste à le construire comme l'ablatif absolu du latin, se conciliait parfaitement avec la négation. Pianxi meriàmuny dans la sommation qu'il adressée la ville de Memphis, se boiTie d'abord à réclamer un libre passage :
an xeseftu sem-à uten-^ àb en ptah.
Non inlercepto itinere meo offeram dona deo Phtab.
Cette tournure remplace ici le conditionnel, elle convient aussi à diverses variétés du prétérit.
376. L'aoriste et le participe de la forme ] ^^ ^ <2 s'appliquent aussi à des temps variés que le sens du discours aide à préciser. Ramsès II, en se vantant d'avoir achevé le temple de Séti /"', parle ainsi d'une statue * :
sem-8 er ta àn-mes-ntuf.
Sa statue était par terre, elle n'était pas taillée (ou : n'étant pas taillëe).
Ailleurs, il devient un futur, répondant aux formes potentielles (. . . endus, . . . bilis). L'hymne de Toutmès III se sert plusieurs fois de ce participe ; le roi y est qualifié : «r Taureau au cœur ferme, aux cornes aiguës,^ rn 7\^ ^ àn^horiituf (^ qu on ne peut appro-
' Mariette, Monuments d'Abydos, grand récit de Ramsès, I. ^a.
cher. 7) Plus loin r<fil est tel qu'un crocodile dans les eaux,>^ ^ m ^ ànrteken-ntuf fr qu'on ne peut pas conduire, r»
'Sn . Nous avons dit que ] |^^ se prêtait moins facilement que les autres négations aux propositions dépendantes; cependant, outre la combinaison iSk au an, cette négation suit quelquefois -«=> r trpour que;r> elle joue alors exactement le rôle de Y" m^ teni; exemples : à l'infinitif actif, oA^ ^^"5^-=. er àn-âk
ineh sa rrpour que le chagrin n'entre pas^; au passif :
er àn-êen- ul hau m àr heb pen lier-s.
Afin que ne soit pas lransf<[?rd le jour de faire celte ÏHe, pour cela'.
378. Le conditionnel d'exception anisi^ se formait avec ^[^^ an augmenté de la particule tl] as. Le chapitre cxxv du Rituel funéraire offre une série d'exemples frappants pour cette tournure. A l'entrée du défunt dans la salle de la justice, chaque partie de la porte contribue à son tour a l'interrogatoire qu'on lui fait subir; toutes les questions sont conçues sur le modèle suivant :
àn-ta-à âka-k erà an ro an as tat-nek ran-à.
Je ne te laisserai pas entrer vers moi, (dit) la porte, à moins que lu ne dises mon
379. La locution an as peut quelquefois embarrasser et prêter
' Voyez ci-après, n* ^90. mière négation par ^ ben. Le palient ' VoyezBrugsch,/)/f/iomMifrv,p.687. satisfait à ces demandes en disant les ' Décret de Canopus, I. 19. Le grec nom» mystiques de chacun des questiondit : f«)) fxerfxri^'StTQ'at TYfv 'zravyfyvpiv, naires. Jl^ an suffit pour indiquer celui * Todtenbuch, ch. cxxv, 1. 53. Quel- qui parle, avec ellipse de ^ fat, (\ osez cjues exemplaires remplacent ici la pre- ci-dessus n" 271.)
à l'équivoque, parce que Ton insérait des particules telles que as et LA Icar, entre le verbe et la négation, dans un but simplement conjonctionnel. Deux exemples tirés de la stèle. d'Antef rendront plus intelligible la portée de cette observation. Après avoir énuméré ses grandes qualités, le littérateur égyptien lui met dans la bouche d'énergiques alRrmations sur sa véracité ; j'en extrais les deux phrases suivantes :
kat-{n)m pu na mcter-nà an as âbâ dm.
Ce sont rnps qualités que j'atteste, il n'y a, voici, aucun mensonge.
Ijl n'a évidemment ici d'autre fonction que de relier le second terme au premier, en donnant plus de force à la négation. Il en est de même pour J=^ kart crdonci^ dans la seconde phrase :
an kart (es-tu tut-t pu nte suha^nà em
kar-u.
Ce n'est donc pas un arrangement de paroles (fait) pour me vanter à tort'.
L'ordre général du discours aidera toujours à faire cette distinction. Noiis retrouverons encore notre négation ][^, soit dans des locutions complexes^, soit dans les prohibitions et dans la négation interrogative.
380. La particule /;w, qui s'écrivait I^, | Ç , et même avec 1 seul, a pour radical j ^ bu crlieu;?) de là proviennent deux sé-
^ Musëe du Louvre, C, grande stèle d'Antef, I. ai. ~ (es <t disposer, i» applique aux paroles, signifie rrdes phrases, n
ries grammaticales très-divergentes : dans le premier cas, bu devient une particule abstractive, analogue au ^î\t: copte, ainsi : 1 % If 6w-wiâ signifie cria justice ^^^ Dans le second cas, ce mot devient une négation, conmie en français : crpas, vieu.n On peut reconnaître une trace de son origine dans l'exemple suivant, où il flgure, après le verbe, comme complétant an, et sans altérer le sens négatif. Il est dit des mystères du Nil, dans l'hymne du Papyrus SalUer^ :
àn-rexrtu bu ntuf àn-katne em tepeh-tu (utu).
. On ne le connaît pas, on ne le trouve pas dans les cabinets des livres.
381. Néanmoins, dans l'usage ordinaire, cette particule sulTit seule pour une négation parfaite.
Ce qui marque surtout la différence entre ' ^^^^ et j Ç, cest que le second est très-rarement appliqué à une proposition initiale ou indépendante : il y a presque toujours un caractère de relation, plus ou moins marqué, dans le membre de phrase qu'il sert à nier. Voici quelques exemples des locutions où il est usité :
bu-àr-f'Botem à-àMu nef em tôt.
Celui qui n'écoute pas, on agit avec lui par la niain\
On se servait de j Ç , soit redoublé, soit combiné avec J 6en, pour les négations répétées cr ni ... ni ... t^
Les courtisans de Ramsès II disent des merveilles de son règne :
' Stèle (ÏAntef, 1. i6. Voyez Texemple ' Pap. Sallier, n' a , XX, 1. 8.
ci-api-ès. PJJiV^ peut très-bien être égal ^ Pap, de Berlin, Kollersche Samm-
à J^ ^ bu-nte, comme Ta expliqué lung, 11,5.
M. Brugsch.
118 CHHESTOMATHIE ÉGYPTIENNE.
j^!=:<f^j'v<i.iirr;
bu ptar-na bu «otem-na , etc.
Nous n avons ni vu ni entendu (qu il y en ait eu de pareilles).
La place ordinaire de bu est après un antécédent : on expose, dans le premier membre de la phrase, ce qu'on va nier dans le second. Ainsi, dans le voyage du Papyrus Anastasiy au milieu d'une foule de phrases analogues, et après la mention de diverses régions, on lit :
bu plar-k 8ê-(t) em fer mesi-k
Tu ne les a pas vues depuis la naissance '.
382. Cette négation peut être jointe, soit à une exclamation ou à une conjonction, soit à lauxiliaire I V au. ku Papyrus Abbott ^ il est question d'une dénonciation dont la teneur n'avait pas été xérifiée : cries paroles qu'avait rapportées Psar^ chef delà ville:
ta bu- art pià- ret peliu-u.
Certes mon pied ne les a pas pu atteindre *.
383. Dans le composé 1^ I Ç ^«^ ^w, l'auxiliaire du est réduit au rôle purement conjonctif : dans le Récit des deux frères, les messagers viennent rendre compte au roi de leur mission :
' Pap, Amstaêi, XXVII, 7. Les traduc- duction de M. Chabas; ret est ici un type
tions de MM. Chabas et Bnigsch ne s'ac- pronominal, «rmon pied» pour rmoi ;»
cordent que {wur ce passage, et c'est ce vananle amenée par le verbe pe/iw «tat-
qui nous Fa fait choisir. teindre. r>
- Pap. Abbott, VI. Comparez la Ira-
au bu-ai-t na-semi er te-o»i-< pa-às
du-xo^husen bâta.
Mais ne vinrent pas ceux qui étaient allës à la vallée du cèdre, cm* Bâta les avait tués ^
De même, dans le Papyrus judiciaire de Turin, après la mention de la sentence des condamnés, le texte ajoute :
au-u-mer-un
tes-u du hu'dri-t
fai er-ro^u.
Ils sont morts eux-mêmes et il n'a pas été fait d'adoucissement de peine pour eux ^
384. Notre négation a quelquefois, surtout avec l'infinitif, la même nuance absolue que ]^^^ ; la sentence suivante du Papyrus de Boulaq est très-instructive pour l'appréciation de cette locution :
pa-mestet
ufefau
ai lu
asau
bu
hMls,'Ây^\3t\
pehu
pa-pakrer-tu.
sexsex
Celui qui déleste les retards vient sans qu on l'appelle, (et) sans se presser, arrive le
bon marcheur ^.
' Pap, d'Orbiney, XI, 9.
monstratifs : la phrase alléguée dans sa
* Pap, judiciaire de Turin, traduction grammaire hiéroglyphique dn bu ai peut
de Devéria; fait mot à mot ff enlèvement, aussi bien se traduire par tret il ne vient
prise» de quelque chose, est ici pour pas » que par (r avant qu il vienne. «(Voyez
ff grâce , diminution de peine. 1 M. Brugsch Brugsch , Grammaire hiéroglyphique y
a proposé, pour la formule ^^J^, le n'a ai.) sens du copte JUltt^k^E «avant que,'» ^ Pf^P- de Boulaq, XXI, i3.
mais les exemples cités ne sont pas dc-
385. Le inêiue papyrus nous fournira un exemple pour une tournure dans laquelle bu joue le rôle , plus souvent réservé à V tem frne, de peur que,Ti après une défense :
em-^r-han-ck nekelu kai bu àri-f-tesau
Noii nfferrc (lamnum niteri, ne ascendat
em pa-h, iii doDium tnam.
386. Cet e\ein|)le prouve que bu était usité dans les temps composés avec -<«>-^/r auxiliaire, mais je n'ai pas montré d'exemples de I Ç I Ç ^^ft ou I Ç ç> ^^^ ; en pareil cas on se servait de J .
Le verbe b% forme , au contraire, des combinaisons importantes avec cette particule; on en remarquera deux variétés qui ne se confondent pas : avec l'orthographe b V pu y le verbe reste invariable, il peut seulement recevoir la finale ^% tu qui lui donne la valeur du participe; mais il redevient variable avec la forme ■^11 pwi« On peut suivre ces transformations dans les exemples suivants :
bu pu uâ ùu-t mâ'à heru paik-
sen seràu. Personne n a parlé avec moi (excepté Ion jeune frère).
C'est le discours de la femme d'Anpu '. Bupu-lu s'employait pour
* Pap, d'Orbincy, V, i . Voyez un autre à tau ve^ pchu/ ff les voleui-s n'avaient pas exemple, Pap, Abbott, \\, iS : bu pu na- pu y pénétrer.'»
l'actif et pour le passif: au Papyrtis AbboUy voici le résultat de Tune des investigations des grands juges ^ :
kami't na-ret-u du bu pu4tH'€x, ta-às
neh em ta às-t per-âa, etc.
On Iroiiva que ces hommes ne connaissaient aucune place dans I endroit appartenant au Pharaon, etc. (mot à mot : les hommes ne connaissant pas).
La même idée est rendue par le passif, à propos d'un autre individu ^ :
bu pu-tu kam-tuf au ^^X'f '"■^" ^^^ ^^ ^P^> ®^c*
Il ne fut pas trouve connaissant aucune place là , excepté , etc.
387. Nous avons dit que le verbe pu devenait variable sogs la forme ^11 put y le Récit des deux frètes offre un exemple du féminin bupui^s. Au moment où Anpu arrive à sa maison, sa femme ne lui présente pas l'eau suivant son habitude^ ;
du bu pui-syt)stau er-hà-tef
Elle ne fil pas de lumière devant lui.
La formule du passif ou du pronom indéfini devenait bu pui-lu;
' Pap. Abbott, VI, i/i. Traduction de ' Pap, d'Orbiney, IV, 9. M. Maspero
M. Chabas. Comparez, ibid, VI, 91 ; «m- a cilé un exemple du masculin, tiré d'un
bu pu-tu na-kal'U tat smi «ret les ouvriers papyrus inédit. Le passage du Pap. d'Or-
n'avaient pas fait de rapport.'' bûiey, quoique légèrement altërë, est
^ Ibid, V, 5. néanmoins lu avec certitude sur Toriginal.
le Payyrus AbboU parle encore» dans la même enquête, dun tombeau commencé pour un prince et qui avait été laissé ouvert :
du bu pui-turkras dmrf
Et Ton n'y avail (ait aucune viotence '.
La variété a a\\ iu /mi s'employait quelquefois, même lorsque l'on n'avait pas besoin d'affixes ; c'est ce que l'on voit dans une phrase du papyrus judiciaire, ^\i Papyrus RolltUy où la formule sert à nier le causatif et équivaut à (rnoUe, non sinere^.^ Il est question des manœuvres magiques employées par un individu dans un but coupable :
nU bu pui pa-râ ta-4 yepe^'^ ^^ àrthu
Mais Phra n a pas permis qu'il réussisse (analysez : Que n a pas été Porrà donnant devenir réussir lui en elles).
388. La négation J ben ne diffère de la précédente que par la nasale; elle est cependant soumise à des règles particulières dont plusieurs ne semblent dépendre que de l'euphonie. Nous avons déjà cité les variantes du rituel qui donnent à ben le caractère initial , à la place de ][^ an :
ben ta-d âk-ek cr-â, etc.
Je ne te permets pas d'entrer sur moi ', elc.
^ Pap, Abbott, V, 3. Telle est la Ira- ce doute n'influe en rien sur la forme
duction de M. Chabas : kras signiGant éga- grammaticale.
lement ensevelir et le tombeau étant resté * Voyez Devéria Pap, judiciaire, V, 3.
ouvert, je traduirais plus volontiers : ^ Todtenbuch, cxxv, 53 et suiv. Va*
fret Ton n'y avait enseveli personne, « mais riantes des mss. du I^uvre.
Ces cas ne sont pas rares; cependant ben est aussi usitée comme négation dépendante.
Dans la combinaison Iç -1 au ben, au reste purement conjonctif, comme ioi-squ'il précède bu^ ; mais ben se distingue du premier type par Remploi que l'on en fait dans les temps composés : J I ^ ben àur-k, J ^ ben tuk sont des formes très-usitées. L'exemple est encore fourni par le Récit des deux frères; BaUiy après avoir vivement repris sa belle-sœur, de ses paroles honteuses, lui promet le silence :
Xer ben àurà-er-torl ptref em ro-à en ret neb4.
Or, je ne le ferai pas sortir de ma bouche pour aucun homme.
Cette négation est souvent usitée après ^^ , annonçant des paroles citées textuellement. Le Papyrus Sait se sert plusieurs fois de cette locution^ :
her tut ben dti-a- à-àr-tu.
En disant : Je n ai pas fait (cela).
Il est remarquable que la simple addition de Yn ait donné à J ben la faculté d'attirer à lui les aSixes : J ^^^ ^ -^ ^^
Ik (Cx ben-^-er-tùrse-f er hame-tj (rje ne le laisserai pas retourner en Egypte,^ dit le prince de Bakhtan, en parlant du dieu Xohs^.
389. Le décret de Ganopus nous offre, à la ligne 21 , un bon exemple de l'optatif négatif (une conséquence qu'on veut éviter) :
* Voyez ci-dessus, n" 383. — ^ Voyez Pap, Sait, revei*8 I, 9, la, i3; traduit par M. Chabas. — ^ Slèle du prince de Baxtan, 1. 23.
er ben-s se-sexen x^P^- Mot à mot : Pour que ne pas cela , rëvënemeut arrive.
Après avoir rappelé ici le rôle de J redoublé, ou combiné avec I Ç bu, pour ni ... ni ... \ il ne nous reste qu'à faire voir la place qu'il occupe dans le conditionnel. Le Papyrus Abbott y interprété par M. Chabas, rendra cet ordre sensible, dans la phrase suivante^ :
àr tai àpu à-ari-ten etn pa-heru
ben àpu uuna, . .
Si celte déclaration (que) vous avez faite aujourd'hui n'est pas une déclaration reconnue
exacte , etc.
On voit que le sujet complexe est inséré en entier entre le verbe àr et l'objet à nier.
La tournure copte i>pz . . . "T^ ou jy^^^ est très-analogue à celle-ci. Nous retrouverons cette particule à la négation interrogative et aux prohibitions.