‹ Chrestomathie française à l'usage de la jeunesse arabeChapitre 51 sur 74 · LES CATACOMBES DE HOME · texte numérisé non relu

LES CATACOMBES DE HOME

Un jour j'étais ailé visiter la fontaine Égérie: la nuit me surprit. Tour regagner la roie Appîenne, je me dirigeai vers le tombeau de Cécilia Métella^ chef-d'œuvre de grandeur et d'élégance. En traversant des champs abandonnés , inaperçus plusieurs personnes qui se glissaient dans l'ombre • et qui toutes, s'arrêtant au même endroit^ disparaissaient subitement. Poussé par la curiosité, je m'avance, cl j'entre hardiment dans la caverne où s*étaieDt plongés les mystérieux faiiiêtjnc.s. Jc\is s'allonger devant moi des galeries souterraines, qu'à peine éclairaient de loin quelques lampes suspendues. Les mors des corridors funèbres étaient bordés d'un triple rang de cercueils^ placés les uns au-dessus des autres. La lumière lugubre des lampcs^rampant sur les parois des voûtes et se mouvant avec lenteur le long des sépu]cres,répandaitune mobilité effrayante séries objets éternellement immobiles.

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En vaiD,prêfant une oreille attentive, je cherche à saisir quelques sons pour me diriger à travers un aUme de silence ; je n'entends que le battement de mon cœur dans le repos absolu de ces lieux. Je voulus retourner en arrière; mais il n*était plus temps : je pris une fausse roule, et , au lieu de sortir du dédale^ je m'y enfonçai . De nouvelles avenues qui s'ouvrent et se croisent de tontes parts.augmentent à chaque instant mes perplexités. Plus je m'efforce de trouver un chemin, plus je m'égare ) tantôt je m'avance avec lenteur ; tantôt je passe avec vitesse. Alors, par un effet des échos qui répétaient le bruit de mes pas, je crois entendre marcher précipitamment derrière moi.

Il y avait déjà longtemps que j'errais ainsi ; mes forces commençaient à s'épuiser : je m'assis à on carrefour solitaire de la cité des morts. Je regardais avec inquiétude la Itfmière des lampes presque consumées qui menaçait de s'éteindre. Tout à coup,une harmonie , semblable au choeur lointain des esprits célestes,sort du fond de ces demeures sépulcrales : ces divins accents expiraient et renaissaient

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tour à tour ; ils semblaient s'adoucir encore en s*égarant dans les routes tortueuses du souterrain. Je uic lève, et je m avance vers les lieux d*où s'échappent les ma* giques concerts : je découvre une salle illuminée. Sur un tombeau paré de fleurs, Marceilin célébrait le my>tcre des chrétiens : des jeunes û lies, cou vertes de voiles blancs, chantaient au pied de Tautel ; une nombreuse assemblée assistait au sacrifice. Je reconnais les catacombes!

Chateaubriand. Les Martyrs.

l'académie silencieuse .

Il y avait à Hamadan une célèbre académie dont le premier statut était conçu en ces termes : « Les académiciens penseront beaucoup, écriront peu , et ne parleront que le moins qu'il sera possible.» On l'appelait V Académie silencieuse, et il n'était point en Perse de vrai savant qui n*eût l'ambition d'y être admis. Le docteur Zab, auteur d'un petit livre excellent intitulé le BdïUon^ apprit, au fond de

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sa province, qu'il vaquait une place dans racadéœie Silencieuse. Il part aussitôt ; il arrive ï Bamadau. et, se présentant à la porte de la $alle où les acadéwicieiissont assemblés^il prie Hiuisaier de remettre au prèhideut ce bille(:«Lc docteur Zab demande humblement la place vacante. «L'huissier h*acquitta sur-le-champ de la commission ;mais le docteur et son billet arrii aient trop tardila place était déjà remplie. L'académie fut désolée de ce contreumps; elle reçut, un peu malgré elle, un bel-esprit de ta cour, dont l'éloquence vive et légère faisait Tadmiration de toutes les ruelles , et elle se voyait réduite à refuser le docteur Zab,le fléau des bavards, une tête m bien faite.tii bien meublée! Le président, chargé d'annoncer* au docteur celte nouvelle désagréable,ne pouvait presque s'y résoudre, et ne savait comment s'y prendre. Après avoir un peu rêvé, il fit remplir d'eau une grande coupe, mais si bien remplie, qu'âne goutte de plus eût fait déborder la liqueur;puis il.Gt signe qu'on introduisît le candidat. Il parut avec cet air simple et modeste qui annonce presque toujours le vrai mérite. Le* président se leva,et,sans proférer une seule pa-

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roie, il loi montra d'ua air affilé la coupe embléinatiquf , cette coope si exactement pleine. Le docteur comprit de reste qu'il n'y avait plus de place à Pacadémie: mais, sans perdre courage, il songeait à faire comprendre qu'un académicien surnuméraire n*y dérangerait rien. Il Toit à ses pieds une feuille de rose: il la ramasse, il la pose délicatement sur la surface de l'eau^ et fait si bien qu'il n'en échappe pas une seule goutte.

A cette réponse ingénieuse^ tout le monde batdt des mains, on laissa dormir les règles pour ce jour-lk^ et le docteur Zab fut reçu par acclamation. On lui présenta sur-le-cbamp le registre de l'académie, où les récipiendaires devaient s'inscrire eux-mêmes. Il s'y inscrivit donc;et il ne lui restait plus qu*à prononcer.selon l'usage, une phrase de remerctment. Mais, en académicien Traiment silencieuxj le docteur Zab remercia sans dire mot. Il écrivit en marge le nombre 100, c'était celui de ses nouveaux confrères ; puis, en mettant un zéro devant le chiffre (0100) , il écrivit au-dessous : Ils tCen vaudront ni moins ni plus . Le président répondit au modeste docteur avec autant de politesse que de présence d'esprit :

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il mit le chiffre un deTant le nombre cent (11 00), et il écrivit ; Ils en vaudront

dix fois davantage»

Blanchet. Apologues orientaux^

TRAIT d'amour FRATERNEL.

En 1585»des troupes portugaises qui passaient dans les Indes firent naafnge: Une partie aborda au pays des Caffres , et l'autre se mit à la mer dans unebarqne construite des débris du vaisseau. Le pilote, s*apercevant que le bâtiment était trop chargé, avertit le chef, Edouard de Mello, que Ton va couler à fond si Ton ne jette dans Teau une douzaine de victimes. Le sort tomba entre autres sur un soldai dont rhistoire n'a pas conservé le nom. Son jeune frère tombe aux genoux de Mello, et demande avec instance de prendre la place de son aîné. «Mon frère, dit-il, est plus capable que moi; il nourrit mon père, ma mère et mes sœurs; s*ils le perdent, ils mourront tous de misère ; conservez leur vie en conservant la sienne, et faites-

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