LA SCIENCE
Par la science , rhomme ose franchir les bornes étroites dans lesquelles il semble que la nature Tait renfermé : citoyen de toutes les républiques, habitant de tous les Empires , le monde entier est sa patrie . La science, comme un guide aussi fidèle que rapide , le conduit de pays en pays , de royaume en royaume; elle lui en découvre les lois , les mœui-s , la religion ^ le gouvernement ; il revient chargé des dépouilles de1*orient et de Toccident ; et, joignant les richesses étrangères à ses propres trésors , il semble ^ue la science lui ait appris à rendre toutes les nations de la terre tributaires de sa doctrine.
Dédaignant les bornes des temps comme celles des lieuXiOn dirait qu'elle Tait
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.fait Tivre longtemps avant sa naissance. C'est l'homme de tons les siècles, comme de tons les pays. Tons les sages de ranliquité ont pensé , ont agi pour lui , ou plutôt il a véca avec eux, il a entendu leurs leçons, il a été le témoin de leurs grands exemples. Plus attentif encore à exprimer leurs mœurs qu*à admirer leurs lumières , quel aiguillon leurs paroles ne laissent-elles pas dans son esprit ? Quelle sainte jalousie leurs actions n'allument-elles pas dans son cœur?
D'Agdesseau . Nécessité de la Science^
NÉCESSITÉ DE COMMENCER DE BONNE HEURE l'éducation des ENFANTS.
Avant qae les enfants sachent entièrement parler, on peut les préparer âi Tinstroction. On trouvera peut-être que j*en dis trop, mais on n'a qu'à considérer ce que fait l'enfant qui ne parle pas encore. Il apprend une langue qu'il parlera bientôt plus exactement que les savants ne sauraient parler les langues mortes qu'ils ont étudiées avec tant de travail, dans l'âge le plus mûr. Mais qu'est-ce qu'apprendre
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DDe langue? Ce n*esl pas sealement mettre dans sa mémoire an grand nombre de mots; c^est encore» observer le sens de chacun de ces mots en particulier.
Considérez encore combien, dès cet âge, les enfants cherchent ceux qui les flattent, et fuient ceux qui les contraignent; combien ils savent crier ou se taire pour avoir ce qu'ils souhaitent; combien ils ont déjà d*ariiGce et de jalousie.
On peut donc compter que les enfants connaissent dès-lors plus qu'on nes*imagine d'ordinaire: ainsi vous pouvez leur donner, par des paroles qui sont aidées de tons et de gestes , rinclinaiion d'être avec les personnes boimétes et vertueuses qu'ils voient, plutôt qu'avec d'autres personnes déraisonnables qu'ils seraient en danger d'aimer: ainsi vous pouvez encore, par les différents airs de votre visage et par le ton de votre voix, leur représenter avec horreur les gens qu'ils ont va en colère ou dans quelqu'autre dérèglement, et prendre les tons les plus doux, avec le visage le plus serein, pour leur représenter avec admiration ce qu'ils ont va faire de sage et de modeste. Fêkêlon.
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DE l'importance DE l'ÉDUGATION DES FILLES.
Rien D*est plus négligé que Téducation des Glles; la coutume et le caprice des mères y décident souvent de^tout; on suppose qn*on doit donner à ce sexe peu d'instruction. L'éducation des garçons passe pour une des principales affaires, par rapport au bien public. Mais pour les filles, dit-on, il ne faut pas qu'elles soient savantes : la curiosité les rend vaines et capricieuses; il suffit qu'elles sachent gouverner un jour leurs ménages, et obéir à leurs maris sans raisonner. On ne manque pas de se servir de l'expérience qu'on a de beaucoup de femmes que la science a rendues ridicules; après quoi on se croit en droit d'abandonner aveuglément les Glles à la conduite des mères ignorantes et indiscrètes.'
Il est vrai qu'il faut craindre de faire des savantes ridicules . Les femmes ont d'ordinaire l'esprit encore plus faible et plus curieux que les hommes : aussi n'est-il point h propos de les engager dans des études dont elles pourraient s'entêter, elles ne doivent ni gouverner l'état, ni faire la guerre , ni entrer dans le ministère
deschcwes sacrées:ainsi,elles peuvent se passer de certaines connaissances étendues qui appartiennent àla politique, à l*art militaire, à la jurisprudence^ à la philosophie et à la ihéoiogîe. En revanche, la nature leur a donné en partage l'industrie, la propreté et réconomie, pour les occuper tranquillement dans leurs maisons.
Mais que s'en suit-il de la faiblesse naturelle des femmes fPius elles sont faibles, plus il est important de les fortiûer. N*ont-eUes pas des devoirs à remplir, mais des devoirs qui sont les fondements de toute la vie humaine? N'est-ce pa3 eHes qui ruinent ou qui soutiennent les maisons, qui règlent tous les détails des choses domestiques, et qui ^ par conséquent, décident de ce qui touche de plus près à tout le genre humain 7 Par là ^ elles ont la principale part aux bonnes ou aux mauvaises mœurs de presque tout le monde. Une femme judicieuse, appliquée et pleine de religion,est Tâme de toute une grande roaison;elle y met Tordre pour les biens temporels et pour le salut. Les hommes mêmes, qui ont toute Fautorité en publie, ne peuvent, par leurs délibérations, établir aucun bien effectif, si les femmes ne les aident à Texécuter.
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Le inonde nVs( point tra fant6merc'est Tassemblage de toutes les familles;et qu^ est-ce qui peut les policer a?ec un soin plusaiaci que les femmes, qui, outre leur autorité naturelle et leur assiduité dans leur mal^on, ont encore Tavantage d*être nées soigneuses, attentives aru détail, industrieuses, insinuantes et persuasives? Mai» les hommes peuvent-ils espérer pour eux-mêmes quelque douceur dans la vie, si leur plus étroite société i qui est celle du mariage , se tourne en amertume 7 mais les enfants, qui feront dans la suite tout le genre humain, que deviendront-ils si les mères les gâtent dès leurs premières années? Voilà donc les occupations des femmes^^ qui ne sont guère moins importantes au pubHc que celles des hommes^puisqu'elles ont une maison à régler , un mafi à rendre heureux, des enfants à bien élever. Ajoutez que la vertu n'est pas moins pour les femmes que pour les hommes.
L'ignorance d*one Glle est cause qu'elle s'ennuie , et qu'elle ne sait à quoi s'occuper innocemment. Quand elle est venue jusqu'à un certain âge,saas s'ap-^ pliquer aux choses solides, elle n'en peut avoir ni le goût ni l'estime : tout ce quiest sérieux lui paraît triste ; tout ce qui demande une attention suivie , la fatigue;
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ia pente aux plaisirs^ qui est forte pendant la jeunesse , l'exemple des |)ersoDne9 da mêine âge , qui sont plongées dans ramusement^ tout sert à lui faire craindre une fie réglée et laborieuse . Dans ce premier âge elle manque d'expérience et d'aotorilé pour goût erner quelque chose dans la maison de ses parents;elle ne connait pas même Tlmportanee de s'y appliquer ^ à moins que sa mère n'ait pris soin de la Joi faire remarquer en détail.
En cet état , que fera*t-elle ! La compagnie d'une mère qui l'observe , qui la gronde , qui croit ia bien élever en ne lui pardonnant rien , qui se compose avec die , qui lui fait essuyer ses humeurs, qni lui parait toujours chargée de tous les soucis domestiques, la gène et la rebute; elle a autour d'elle des femmes flatteuses, qni, cherchant à s'insinuer par des complaisances basses et dangereuses , suivent tontes ses fantaisies, et l'entretiennent de tout ce qui peut la dégoûter du bien : b piété lui parait une occupation languissante et une règle ennemie de tous les plaisirs. Â quoi donc s'occnpera^-elle Jk rien d'utile. Cette inapplication se tourne même en habitude incurable. (MÊMis auteob. )
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LÀ VÏLLE DE TYh.
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J'admirais l'hedrease situation de cette grande vilie^qni est au milieu d> mer , dans une île : la côte voisine est délicieuse par sa fertilité , par les fruits quis qu'elle porte > par le nombre de villes et de villages qui se touchent presq enfin par la douceur de son climat; car les montagnes mettent cette côte k V; ^ i des vents brûlants du midi . Elle est rafralcfaie par le vent du noi'd qui souffle tôté de la mer. Ce pays est au pied du Liban, dont le sommet fend le« nues & i|j toucher les astres ; une glace éternelle couvre son front ; des Neuves pleins de ne tombent , comme des torrents, des rochers qui environnent sa tête. Âu-dess II on voit une vaste forêt de cèdres antiques, qui paraisse*»! aussi vieux que la te où ils sont plantés^ et qui portent leurs branches épaisses jusque vers les noc À Cette forêt a sous ses pieds de gras pâturages dans la pente de la montagne ; c*< là qu'on voit errer les taureaux qui mugissent. Les brebis qui bêlent , avec lec tendres agneaux^ bondissent sur Therbe. Là coulent mille ruisseaux d'une e
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claire. Enfin on voit aa-dessoas de ces pâturages le pied de la montagne^ qui est comme un jardin : le printemps et Tautomne y régnent ensemble, pour y joindre les fleurs et les fruits. Jamais^ ni le souffle empesté du midi qui sèche et qui brûle tout,ni le rigoureux aquilon,n*ont osé effacer les vives couleurs quiornent ce jardin. C'est auprès de celte belle côte que s*élève, dans la mer.rtle où est bâtie la ville de Tyr. Cette grande ville semble nager au-dessus des eaux, et être la reine de toutes les mers . Les marchands y abondent de toutes les parties du monde, et ses habitants sont eux-mêmes les plus fameux marchands qu'il y ait dans l'univers. Quand on entre dans cette ville, on croit d'abord que ce n'est point une ville qui appartienne à un peuple particulier, mais qu'elle est la ville commune de tous iespeuples,etlecentrede leur commerce. Onyvoitde tous côtés le fin lin d'Egypte, et la pourpre Tyrienne deux fois teinte d'un éclat merveilleux . Cette double teinture est si vive , que le temps ne peut l'effacer . On s'en sert pour des laines fines , qn*on rehausse d'une broderie d'or et d'argent .
FÉNÉLON. Télémaque,
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