DAMAS
Je marchais à la tête de la caravane,à quelques pas derrière les \rabes deZebdani;toot à coup ils s'arrêtent et poussent des cris de joie en me montrant une ouverture dans le rebord de la route; je m'approche, et mon regard plonge, à traTera Téchancrure de la roche^ sur le plus magniGque et le plus étrange horizon qui ait jamais étonné un regard d'homme: c'était Damas et son désert sans bornes^ à quelques centaines de pieds sous mes pas. Le regard tombait d'abord sur la ville qui, entourée de ses remparts de marbre jaune et noir, flanquée de ses innombrables tours carrées, de distance en distance, couronnée de ses créneaux sculptés, dominée par sa forêt de minarets de toutes formes^ sillonnée par les sept branches de son fleuve et ses ruisseaux sans nombre, s'étendait à perte de vue dans un labyrinthe de jardins en fleurs, jetait ses bras immenses^ çà et là, dans la vaste plaine partout ombragée, partout pressée par la forêt de dix lieues de tour, de ses abri-
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cotiera, de ses sycomores, de ses aibres de tontes formes et de toute Terdure.semblait se perdre de temps en temps sous la voûte de ces arbres, puis reparaissait plus loin en larges lacs de maisons, de faubourgs, de villages; labyrinthe de jardins, de vergers, de palais, de ruisseaux, où Toeil se perdait et ne quittait un encbaotement que pour en retrouver un autre.
Nous ne marchions plus : tous^ pressés à l'étroit^ ouverture du rocher percé comme une fenêtre, nous contemplions, tantôt avec des exclamations, tantôt ea silence , le magique spectacle qui se déroulait ainsi subitement et tout entier soas nos yeux , au terme d*une route , à travers tant de rochers et de solitudes arides, au commencement d'un antre désert qui n*a pour bornes que Bagdad et Bassora, et qu'il faut quarante jours pour traverser. EnGn nous nous reoitmes en marche.
La ville est entièrement entourée d'une forêt de vei^ers d*arbres fruitiers^ où les vignes s'enlacent comme à Naples, et courent en guirlandes parmi les figuiers, les abricotiers,les poiriers et les cerisiers ; au-dessous de ces arbres, la terre grasse^
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fertile et toujours arrosée , est tapissée d'orge , de blé , de mais et de toutes les plantes légumineuses que ce sol produit ; de petites maisons blanches percent, çà et là^ la verdure de ces forêts , et servent de demeure au jardinier, ou de lieu de récréation àla famille du propriétaire ; ces jardins sont peuplés de chevaux, de moutons, de chameaux, de tourterelles, de tout ce qui anime les scènes de la nature; ils sont en général de la grandeur d'un. ou deux arpents^ et séparés les uns des autres par des murs de terre séchée au soleil , ou par de belles haies vives ; une multitude de chemins^ ombragés et bordés d'un ruisseau d'eau courante,circulent parmi ces jardins, passent d'un faubourg à l'autre, ou mènent à quelque porte de la ville : ils forment un rayon de vingt à trente lieues de circonférence autour de Damas. De Lamartine.