STÉNO
Doge, un seul vœu dans l'urne est tuinijé pour l'absoudre.
FAUERO
LiseZj j'attends.
BENETINDE, d'une voix émue.
Puissé-je étoiill'iT la pi lin Que réveille en mon cœur une ancieiine amiliiU
A Faliero.
« Toi, noble, ambassadeur, général de Venise, » Et gouverneur de Rliode à tes armes soumise, » Duc de Vald-Marino, prince, chef du sénat, » Toi doge, convaincu d'avoir trahi l'Etat..
Passant la sentence à Lioni.
Achevez, je ne puis,
LICNI
« Tu mourras comme Iraiiro. » Maudit sera le jour (Hi lu fus notre mailrc » Tes palais et tes liel's grossiront le Irésor ; » Ton nom disparaîtra, rayé du livre d'or. » Tu mourras où ton front ceignit le diadème, » L'escalier des Géants^ à ton heure suprême, » Verra le criminel par ses pairs condamné, » Périr où le héros fut par eux couronné.
Montrant les portraits dus doges.
» Entre nos souverains, contre l'antique usage, » Tu ne revivras pas dans la royale image.
CASliMlll UELAVIGNE 29
» A la [ilace où lou pcn|iio aurait dû le rnvoir,
« [iO tableau sera vide, ol sur le voile noir,
« Dont la main des bourreaux recouvre leurs vicliuies,
» Ou y lira ces mois : Mis à mort [loiir ses crimes! »
FALIERO
Bords sacrés, ciel natal, palais que j'élevai,
Flots rougis de mon sang, où mon bras a sauvé
Ces fiers patriciens qui, sans moi, dans les chaînes,
Hameraient aujourd'hui sur les flottes de Gênes,
De ma voix qui s'éteint recueillez les accents.
Si je fus criminel, sont-ils donc innocents?
Je ne les maudis pas : Dieu lui seul peut maudire ;
Mais voici les destins que je dois leur prédire :
Faites pour quelqiies-uns, les lois sont des fléaux ;
Point d'appuis dans un peuple où l'on n'a point d'égaux.
Seuls héritiers par vous des libertés publiques,
Vos fils succomberont sous vos lois despotiques.
Esclaves éternels de tous les conquérants,
Ces tyrans détrônés flatteront des tyrans.
Leurs trésors passeront, et les vices du pèro
Aux vices des enfants légueront la misère.
Nobles déshonorés, un jom' on les verra,
Pour quelques pièces d'or qu'un juif leur jettera,
Prostituer leur titre, et vendre les décombres
De ces palais déserts où dormiront vos ombres.
D'un peuple sans vigueur mère sans dignité,
Stérile en citoyens dans sa fécondité.
Lorsque Venise enfin, de débauche affaiblie,
Ivre de sang royal, opprimée, avilie,
Morte, n'ofïrira plus que deuil et désespoir.
Qu'opprobre aux étrangers, étonnés de la voir,
En sondant ses cachots, en comptant ses victimes,
Ils diront : « Elle aussi, mise à mort pour ses crimes ! »
BEN£Tim)B
Par respect pour ton rang nous t'avons écouté, Et tant que tu vivras tu seras respecté. Tu nous braves encor : le peuple te rassure ; Mais autour du palais vainement il murmure.
30 CURKSTUMATllIli FiUNÇAISB
N'attends rien que de nous : d'une part de les biens Tu pourras disposer pour ta veuve et les tiens. Dis-nous quels sont tes vœux, car ton heure est prochaine Parle.
FALIERO
Laissez-moi seul.
BENETINDE, montrant Israël,
Qu'au supplice on l'entraîne | ISRAËL, il s'avance et tombe à genoux devant le dogo Soldat, je veux mourir béni piir cette main Qui de l'honneur jadis m'a montré le chemin.
FALIERO
Au revoir dans le ciel, mon vieux compagnon d'armos! Jusqu'à ton dernier jour, toi, qui fus sans alarmes, Sois sans remords 1
Il se lève.
Avant de subir ton arrêt,
Embrasse Ion ami.
ISRAËL
Mon prince daignerait..
FALIERO
Titre vain ! entre nous il n'est plus de dislauce ; Quand la mort est si près l'égalité commence.
Israël se jette dans les bras du dogo. BENETINDE, aux soldats qui entourent JsraiS..
Allez !
Aux membres de la junte.
Relirons-nous.