DON RUY GOMEZ
Lequel de nous deux, sire?
HERNAm, se retournant vers les conjurés.
Nos têtes et l'empire I il a ce qu'il désire.
A l'empereur.
Le bleu manteau des rois pouvait gêner vos pas. La pourpre vous va mieux. Le sang n'y paraît pas.
DON CARLOS, à don Ruy Gomea.
Mon cousin de Silva, c'est une félonie
A faire du blason rayer ta baronnie l
C'est haute trahison, don Ruy, songez-y bien.
DON RUV GOMEZ
Les rois Rodrigue font les comtes .Julien. DON CARLOS, au duc d'Alcala.
Ne prenez que ce qui peut être duc ou comte. Le reste l...
Don Ruy Gomez, le duc de Lutzelbourg, le duc de Gotha, don Juan de Haro, don Gozman de Lara, don Tellez Giron, le baron de Hohenbourg, se séparant
122 CHKKSTU.MAilllK IKA.N'.AISK
du groupe des conjurés, parmi lesquels est resté Heraaui. — Le duc d'Aicala les entoure étroitement de gardes.
DONA SOL, à part.
Il est sauvé l
HERNANl, sortant du groupe dca conjurés.
Je préleuds qu'on me compte 1
A don Carlos.
Ptiisqu'il s'agit de hache ici, que Hernani*, Paire obscur, sous tes pieds passerait impuni, Puisque son front n'est plus au niveau de ton glaivo. Puisqu'il faut être grand pour mourir, je me lève. Dieu qui donne le sceptre et qui te le donna M'a fait duc de Segorbe et duc de Cardona, Marquis de Monroy, comte Albalera, vicomte De Gor, seigneur de lieux dont j'ignore le compte. Je suis Jean d'Aragon, grand maître d'Avis, né Dans l'exil, fds proscrit d'un père assassiné Par sentence du lien, roi Carlos de Caslillel Le meurtre est entre nous alfaire de famille. Vous avez l'écbafaud, nous avons le poignard. Donc, le ciel m'a fait duc, et l'exil montagnard. Mais puisque j'ai sans fruit aiguisé mon épée Sur les monts et dans l'eau des torrents retrempée,
Il met son chapeau.
Aux autres conjurés.
Couvrons-nous, grauds d'Espagne I
Tous les Espagnols se couvrent.
A don Carlos.
Oui, nos têtes, ô roi, Ont le droit de tomber couvertes devant toi I
Aux prisonniers.
— Si! va, Haro, Lara, gens de titre et de race, Place à Jean d'Aragon, ducs et comtes, ma place I
Aux courtisans et aux gardes.
Je suis Jean d'Aragon, roi, bourreaux et valets l Et si vos échafauds sont petits, changez-les !
Il vient se joindre au groupe des seigneurs prisonniers.
I Hornani est le fils d'un grand seigneur, mais, né dans l'exil, il a obangt^ de nom "t cnnimaiifle unn troupe d» bannis l'évoltrfg contre le roi d'Espagn».
VICTOR HUGO IT.i
DONA SOL
Ciel!
DON CARLOS
En effet, j'avais oublié cette histoire.
Celui dont le flanc saigne a meilleure mémoire. L'affront que l'offenseur oublie en insensé Vit et toujours remue au cœur de l'olTensé.
DON CARLOS
Donc je suis, c'est un titre à n'en point vouloir d'autres, Fils des pères qui fout choir la tête des vôtres !
DONA SOL, se jetant à genoux devant l'empereur.
Sire, pardon ! pitié ! Sire soyez clément !
Ou frappez-nous tous deux, car il est mon amant,
Mon époux ! En lui seul je respire. Oh ! je tremble.
Sire, ayez là pitié de nous tuer enséml)le !
Majesté ! je me traîne à vos sacrés gououx !
Je l'aime l 11 est à moi, comme l'empire à vous !
Oh l grâce !
Don Carlos la regarde, immobile.
Quel penser sinistre vous absorbe?
DON CARLOS
Allons I relevez-vous, duchesse de Segorbe, Comtesse Al bâtera, marquise de Monroy..,
A Hernani.
— Tes autres noms, don .luau ?
HERNANI
Qui parle ainsi ? le roi ?
DON CARLOS
Non, l'empereur.
DONA SOL, se relevant.
Granrl Dipii !
DON CARLOS, la montrant à Hemani,
Duc^ voilà ton épouse.
- HERNANI, les yeux aux ciel, et dona Sol dans ses bras. Juste Dieu !
DON CARLOS, à don Ruy Gomez.
Mon cousin, ta noblesse est jalouse, Je sais. Mais Aragon peut épouser Silva.
DON RUY GOMEZ, sombre.
Ce n'est pas ma noblesse.
HERNANI, regardant dona Sol avec amour et la tenant embrassée. Oh I ma haine s'en va !
Il jette son poignard.
DON RUY GOMEZ, à part, les regardant tous deux.
Eclaterai-je ? oh, non ! Fol amour ! douleur folle ! Tu leur ferais pitié, vieille tête espagnole ! Vieillard, brûle sans flamme, aime et souffre en secret, liaisse ronger ton cœur. Pas un cri. L'on rirait.
DONA SOL, dans les bras d'Hernani.
0 mon duc l
HERNANI
Je n'ai plus que de l'amour dans l'âme.
DONA SOL
0 bonheur !
DON CARLOS, il part, la main dans sa poitrine.
Eteins-toi, cœur jeune et plein de flamme I Laisse régner l'esprit, que longtemps lu troublas. Tes amours désormais, tes maîtresses, hélas ! C'est l'Allemagne, c'est la Flandre, c'est l'Espagne. L'œil fixé sur sa bannière.
L'empereur est pareil à l'aigle, sa compagne. A la plac« du cœur il n'a qu'un Acusson.
VICTUK HUGO 12.")
HëRNANI
Ab 1 vous êtes César I
DON CARLOS, à Hernanl.
De ta noble maison.
Don Juan, ton cœur est digne.
Montrant dona Sol.
Il est digue aussi d'elle.
— A genoux, duc l I lurnaui s'agenouille. Don Carlos détache sa toison d'or et la lui passe au cou. Reçois ce collier.
Don Carlos tire son épée et l'en frappe trois fois sur l'épaule.
Sois fidèle l Par saint Etienne, duc, je te fais chevalier. Il le relève et l'embrasse.
Mais tu l'as, le plus doux et le plus beau collier, Celui que je n'ai pas, qui manque au rang suprême, Les deux bras d'une femme aimée et qui vous aime 1 Ah ! tu vas être heureux ; moi, je suis empereur. Aux conjurés.
Je ne sais plus vos noms, messieurs. Haine et fureur. Je veux tout oublier. Allez, je vous pardonne ! C'est la leçon qu'au monde il convient que je donne. Ce n'est pas vainement qu'à Charles premier, roi, L'empereur Charles-Quint succède, et qu'une loi Change, aux yeux de l'Eiu-ope, orpheline éplorée, L'altesse catholique en majesté sacrée.
Les conjurés tombent à geuoux.
LKS CONJURÉS
Gloire à Carlos !
DON RCY 60MEZ, à don Carlos.
Moi seul je reste condamné.
DON CARLOS
Et moi 1
126 CHUES ruMATHIE FRANÇAISE
DON RUY GOMEZ, à part.
Mais, comme lui, je n'ai point pardonné*.
HKKNANl
Qui donc nous change tous ainsi ?
TOUS, soldats, conjurés, seigneurs.
Vive Allemagne!
Honneur à Charles-Quint !
DON CARLOS, se tournant vers le tombeau.
Honneur à Charlemagne 1 Laissez-nous seuls tous deux.
Tous Borteut.