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Quel qu'il soit, cependant, ma voix hénil ton iHre l'onr le divin repos qu'à tes pieds j'ai goûté. Dans un jeune univers, si tu dois y renaître, Puisses-tu retrouver la force et la heauté !
Car j'ai pour les forêts des amours fraternelles ; Poète vêtu d'ombre, et dans la paix rêvant, Je vis avec lenteur, triste et calme ; et, comme ellos, Je porte haut ma tête, et chante au moindre vent.
Je crois le bien au fond de tout ce que j'ignore ; J'espère malgré tout, mais nul bonheur humain : Comme un chêne immobile, en mon repos sonore, J'attends le jour de Dieu qui nous luira demain.
En moi de la forêt le calme s'insinue; De ses arbres sacrés, dans l'ombre enseveli, J'apprends la patience aux hommes inconnue, VA mon cœur apaisé vit d'espoir et d'oubli.
Mais l'homme fait la guerre aux forêts pacifiques ; L'ombrage sur les monts recule chai^ue jour ; Rien ne nous restera des asiles mystiques Où l'âme va cueillir la pensée et l'amour.
Prends ton vol, ô mon cœur! la terre n'a plus d'ombres, Et les oiseaux du ciel, les rêves infinis. Les blanches visions qui cherchent les lieux sombres, Bientôt n'auront plus d'arbre où déposer leurs nids.
La terre se dépouille et perd ses sanctuaires ; On chasse des vallons ses hôtes merveilleux. Les dieux aimaient des bois les temples séculaires, La hache a fait tomber les chênes et les dieux.
Plus d'autels, plus d'ombrage et de paix abritée, Plus de rites sacrés sous les grands dômes verts I Nous léguons à nos fds la terre dévastée, Car nos pères nous ont légué des cieux déserts.
Ainsi tu gémissais, poète, ami des chênes.
Toi qui gardes encor le culte des vieux jours.
Tu vois l'homme altéré sans ombre et sans fontaines...
Ya l l'antique Cybèle enfantera toujours !
2Ui CHRESTOMATHIE FRANÇAISE
Lève-loi ! c'est assez pleurer sur ce qui loniho; La Ij're doit savoir prodire et consoler ; Quand l'esprit te conduit sur le bord d'une tombe, De vie et d'avenir c'est pour nous y parler.
Crains-tu de voir tarir la sève universelle. Parce qu'un chêne est mort et qu'il était géant ? 0 poète ! âme ardente en qui l'amour ruisselle, Organe de la vie, as-tu peur du néant ?
Va ! l'œil qui nous réchauffe a plus d'un j(nu- à hiiro ;
Le grand semeur a bien des graines à semer.
La nature n'est pas lasse encor de produire :
Car, ton cœur le sait bien, Dieu n'est pas las d'aimer.
Tandis que tu gémis sur cet arbre en ruines, Mille germes là-bas déposés en secret, Sous le regard de Dieu veillent dans ces collines, Tout prêts à s'élancer en vivante forêt.
Nos fds pourront aimer et rêver sous leurs dômes, Le poète adorer la nature et chanter ; Dans l'ombreux labyrinthe où tu vois des fan lûmes, Un idéal plus pur viendra les visiter.
Croissez sur nos débris, croissez, forêts nouvelles! Sur vos jeunes bourgeons nous verserons nos pleurs; D'avance je vous vois, plus fortes et plus belles, Faire un plus doux ombrage à des hôtes meilleurs.
Vous n'abriterez plus de sanglants sacri lices.
L'âge emporte les dieux ennemis de la paix.
Aux chants, aux jeux sacrés, vos séjours sont propices ;
Votre mousse aux loisirs offre des lits épais.
Ne penche plus ton front sur les choses qui meurent ; Tourne au levant les yeux, ton cœur à l'avenir. Les arbres sont tombés, mais les germes demeurent ; Tends sur ceux qui naîtront tes bras pour les bénir.
Poète aux longs regards, vois les races futures, Vois ces bois merveilleux à l'horizon éclos ; Dans ton sein prophétique écoule leurs murmures ; Ecoute : au lieu d'un bruit de fer et de sanglots,