‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 84 sur 151 · LE DUC NAYME TOUS LES SEIGNEURS · texte numérisé non relu

LE DUC NAYME TOUS LES SEIGNEURS

Sois fier !

CHARI.EMAGNE

Et toi, Berlhe, ma fille, Toi qui maintiens si haut l'honneur de la famille, Parle! il faut que chacun soit juge et soit témoin; Parle à ton tour.

BERTHE

Et quoi, sire, en est-il besoin?

Un mot suffit : l'autol est prél. et je suis prête. Allons, Gérald, allons 1 — Pourquoi baisser la léle ?

Gérald reste immobile.

Pourquoi détournes-tu les yeux, Gérald ? Pourquoi Ce silence obstiné? Doiilt'rais-tu de moi? Veux-tu que je le dise à haute voix encore?

A tous les assistants.

J'aime sire Gérald, autant que je l'honore ;

Je l'aime maintenant d'un cœur plus attendri,

Car ce qui l'a frappé ne l'a pas amoindri ;

Son honneur reste pur dans la cruelle épreuve.

Et la source n'a pas empoisonné le fleuve.

Je lui donnai mon âme, ici comme à Montbiois,

Pour sa jeune vertu, pour ses nouveaux exploits.

Et je ne saurais [)as de trahison plus noire

D'aimer moins son affront que je n'aimais sa gloire 1

— Viens maintenant, Gérald !

CHARLEMAGNE

Viens, (iérald, et reçois La main que t'olfre Berlhe une seconde fois.

't74 CHRESTOMAÏHIE FRANQAISK

GÉRALO

Sire, je vous bénis dans mon âme confuse, Mais ce dernier bienfait, sire, je le refuse.

BERTHB

Dieu 1 Gérald 1

GKRALD

Laissez-moi m'expliquer devant vous, Devant l'Empereur, Berlhe, ainsi que devant tous: Oui, sire, ce bienfait, cette faveur insigne, C'est en les refusant que j'en puis être digne l J'entends là cette voix qui ne saurait mentir : Je suis le fils du crime, et non du repentir ! Afin qu'aux yeux de tous la leçon soit plus liaule, Je veux que le malheur soit plus grand que la faute 1 Et le père sera d'autant mieux pardonné Que le fils innocent se sera condamné ! Sans cela l'on dirait, en citant mon exemple, Que l'expiation ne fut point assez ample, El j'aime mieux briser mon cœur en ce moment Que d'être un jour témoin de votre étouuement! Oui, vous-mêmes, vous tous qui plaignez mes soulfrances, Vous qui me consolez dans mes horribles transes, Peut-être cet élan de vos cœurs généreux S'arrêterait bientôt à me voir plus heureux l Mon père s'exilait; nous partirons ensemble ; 11 sied que le destin jusqu'au bout nous rassemble. — Que mon malheur du moins serve à tous de leçon : Pour mieux vaincre à jamais l'esprit de trahison, Songez à vos enfants! Songez que d'un tel crime Votre race serait l'éternelle victime, Et que tous les remords, tous les pleurs d'ici-bas, Toutes les eaux du ciel ne i'etfaceraient pas l

BERTHli

Tu veux [larlir, Gérald !

GÉRAIJ)

Oui, Rorthe!

BEIITMi;

Ah! si tu m'aimes, Ne sois pas sculrGérald, si cruel pour nous-mêmes!

HK.NKl DE BOHMKR

GERÂLD

Je n'ose plus l'aiiner!

BERTHE

Et moi, Gérald, et moi?

Pour me frap[)er ainsi que t'ai-je fait ? Pourquoi ?

i;é:rald Le sort nous frappe seul !

BERTHE

N'en sois donc pas complice !

Ne perds pas le boulieur...

GÉRAI.D

Veux-tu que j'en rougisse?

Page 1