‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 25 sur 166 · CASIMIR DELA VIGNE · texte numérisé non relu

CASIMIR DELA VIGNE

Et ce noir Colisée, et, dans sa vaste enceinte, Ces clartés qui tombaient des arceaux entr'ouverts, Quand, la tête penchée, un bras sur la croix sainte, A minuit, belle et paie, elle écouta mes versl Des jardins Médicis qui me rendra l'ombrage, Les pins silencieux des jardins Pamphili, Où dans son souvenir j'errais enseveli?

Que mon cœur tressaillait dans ce sentier sauvago, A travers les vapeurs des flots de Tivoli, Lorsque son voile humide effleurait mon visage 1 Qu'ai-je admiré, profane, à ce bruit solennel De l'airain, des clairons, des foudres de la guerre, Quand les bras d'un vieillard^ étendus vers le ciel, Recueillaient ses pardons pour les rendre à la terre t Profane, j'admirais ce front noble et charmant. Rêve éternel de ceux qui l'ont vue un moment. Rendez-moi^ lieux chéris, dont le nom seul m'agite, Rendez-les-moi, ces jours où j'ai vécu si vite. Ce dévorant espoir d'un plaisir qu'on attend, Ces craintes, ces transports, cette flamme sacrée Que ses yeux répandaient dans mon sein palpitant. Dont mon cœur s'embrasait à sa voix inspirée. Ces siècles de bonheur pressés dans un instant l Eh quoi l les ressaisir n'est plus en ma puissance ; Quoi l jamais oubliés, mais passés pour jamais l ^ Ils l'étaient à Venise ; et^ malgré son absence. Elle anima pour moi ce tombeau que j'aimais. Je l'y voyais encore, et mon âme attristée Regrette jusqu'aux lieux où je Tai regrettée. De nos beaux jours de Rome un effet pâle et doux Eclairait ces débris, lorsque l'Adriatique Venait, comme une veuve en deuil de son époux. Mêler à mes soupirs son bruit mélancolique... Ah l qu'ai-je dit ? ces jours que je croyais perdus Que je redemandais au soleil d'Italie, Un seul jour les vaut tous et me les a rendus. Ils brillent à mes yeux sur la France embellie.

* Réminiscence du Lac de Lamartine. Voir plus loin cette pièce, qni date de 890, et la comparer à celle-oi.

ZO GHRESTOMATUIE FRANÇAISE

Celle de qui l'image accompagnait mes pas Dans ce dernier palais des héros de Venise, Funèbre monument, peuplé par le trépas, Où Fimmortalité sur la tombe est assise, Celle à qui j*ai juré de ranimer ces morts, Tremblante de ma crainte, heureuse de ma joie, Elle a vu le succès couronner mes efTorts. Cette gloire est la sienne, et je la lui renvoie. Oui, ces frémissements d'un plaisir douloureux, Ces cris des spectateurs, ces pleurs versés par eux. Ce pouvoir d'exciter l'espoir ou les alarmes. D'emporter avec soi les cœurs dans son essor. Ce triomphe enivrant a d'ineffables charmes ; xMais un de ses regards m'enivrait plus eiïbor, Et j'aurais tout donné pour une de ses larmes !

Harino Faliero ^

Marino Faliero, doge de Venise, pour vonger une insulte faite à sa femme pai Sténo, jeune patricien, un des quarante, conspire contre la République de Venise ; il est découvert et condamné à mort. Il va être exécuté, et, pour comble de malheur, il sait que sa jeune femme, ponr laquelle il s'est perdu, a manqué à ses devoirs d'épouse. Doublement frappé par l'écroulement de sa fortune et de son foyer, il écoute la sentence.

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