ELENA
Mais je pourrai mourir quand j'aurai tout donnù 7..-
FAUKRO
Digne de ton époux ; et ton juge suprême, Indulgent comme lui, pardonnera de même.
34 CHRESTOMATHIK FRANÇAISE
La lueur et le passage des torches qu'on roit à travers les vitraux du fond indiquent un mouvement dans la galerie. Yerezza paraît, accompagné de deux afûdés qui portent le manteau et la couronne du doge. Faliero leur fait signe qu'il va les suivre, et se place entre eux et Eléna, de manière qu'elle ne puisse les apercevoir.
J'ai besoin de courage, et j'en attends de toi. Epargne un cœur brisé.
ELÉNA
C'est un devoir pour moi :
Quand le moment viendra, je serai sans faiblesse.
FALIERO
Eh bien 1... il est venu.
BLÉNA^ avec désespoir.
Déjà I
FALIBRO, la serrant contre son sein.
Tiens ta promesse...
Atlicu!
ELÉNA
Jamais t j'aurais... Non, ne me quittez pas ! Non, non l je veux... j'irai... j'expire dans vos bra.s.
FALIERO
Elle ne m'entend plus : elle pâlit, chancelle L'abandonner ainsi 1... Grand Dieu l veillez sur elle !
Il la place dans un fauteuil.
Cette mort passagère a suspendu tes maux : Adieu, mon El^na ! Froid comme les tombeaux, Mon cœur ne ballra plus quand le tien va renaître ; Mais il meurt en t'aimaut.
Il lui donne un dernier baiser ; on le couvre du manteau dacal : il place la couronne sur sa tête, et suit Verezza. Le tumulte s'aocroit; on euteiid letemir avec force: Faliero t Faliero t Grâce 1 grâce I
Scènp: V ELÉNA, qui se ranime par degrés.
Je l'obtiendrai peut-être. ..
Votre grâce... oui... marchons... Ciel 1 par eux immolé, Il va périr... Mais non... les cris ont redoublé :
CASIMIR DELAVI(;\K 3o
Le peuple au coup mortel peut Tarracher encore.
Dieu clément l c'est leur père ! 0 mon Dieu, je t'implore I
Les portes vont s'ouvrir. Frappez tous; brisez-les I...
La foule a pénétré dans la cour du palais ;
On les force à laisser leur vengeance imparfaite 1
Il est sauvé, sauvé ! courons...
LluNI, suivi des Dix; il parait da^is la galerie da fond, on glaive dans une main
et la couronne ducale de l'autre.
Justice est faite 1
Eléna tombe privée de sentiment.
Le serment^.
LORD DERBT, politicien ambitieux et sans sonipnles.
Tout, près d'un bien si cher, m'est presque indifférent. Cependant en ami, je puis dire en parent, Je viens vous rappeler qu'on me veut pour lord-maire. On me veut, c'est le mot, dois-je me laisser faire î Gerte il n'est point de voix dont je fasse mépris ; Une seule à mes vœux est pourtant d'un grand prix, La vôtre l cher neveu, tirez-moi de mes doutes. Je consens, pour l'avoir, à les accepter toutes
BDOUARD LTNDSET, chef de l'opposition, libéral convaincu et tràs honnête.
Puis-je savoir, avant de débattre ce point Si le serment, milord, ne vous arrête point ?
LORD DERBT, plus froidement.
Sur le serment, monsieur, chacun a sa doctrine. La conscience alors est ce qui détermine. En refusant le sien, mon père agit, je crois, Moins en homme d'Etat qu'en martyr de ses rois; Car, bien qu'un tel refus soit un acte héroïque. Il vous rend inutile à la chose publique. Or, tous les citoyens lui devant leur concours. Puis-je la priver, moi, de mes faibles secours ?
* Extrait de La Popularité {iS3S), la meilleure comédie de Delavigne. Bien que la scène se passe en Angleterre, au XVIII* siècle, c'est la peinture générale des mœurs politiques de toutes les démocraties que l'auteur y a faite, de main de maître. On remarquera combien il y a dans cet extrait de vers fortement pensés et bien frappés, qui rappellent ceux de Molière dans ses hautes comédies.
^ — Il -- ■ -- — —
Pour le gouvernement j'ai peu de sympathie ;
Mais il existe enfin : loin de prendre à partie
Un fait qu'il faut subir, je tiens qu'un homme droit
Peut accepter le fait sans admettre le droit.
Tranquille sur le but que mon cœur se propose,
Une formalité me semble peu de chose,
Et, la fin, dans ce cas, excusant le moyen,
Je redeviens sujet pour être citoyen ;
Le tout avec réserve ! Un serment politique.
Qu'est-ce? un pacte obligé, que... certain cas critique
Peut jusqu'à... certain point rompre... en certain moment.
Et qui n'engage pas comme un autre serment*.