LES MÊMES, LE DUC DE MONTMEYRAN
LE DUC
Je viens te chercher.
Allons ! (Tendant la main à Verdelet.) Adieu, monsieur Verdelet. (Ils s'embrassent.) Adieu, madame, adieu pour toujours.
LE DUC
Pour toujours ! Il vous aime, madame.
GASTON
Tais-toi !
LE DUC
Il vous aime éperdument... En sortant de l'abîme dont vous l'avez tiré, ses yeux se sont ouverts, il vous a vue telle que vous êtes.
ANTOINETTE
Mademoiselle Poirier l'emporte sur madame de Montjayî... quel triomphe !...
VERDELET
Ah ! tu es cruelle !
GASTON
C'est justice, monsieur. Elle était digne de l'amour le plus pur, et je l'ai épousée pour son argent. J'ai fait un marché ! un marché que je n'ai pas même eu la probité de tenir (A Antoinette.) Oui, le lendemain de notre mariage, je vous sacrifiais, par forfanterie de vice, à une femme qui ne vous vaut pas. C'était trop peu de votre jeunesse, de votre grâce, de votre pureté : pour éclairer ce cœur aveugle, il vous a fallu en un jour me sauver deux fois l'honneur *. Quelle âme assez basse pour résister à tant de dévouement, et que prouve mon amour, qui puisse me relever à vos yeux ! En vous aimant, je fais ce que tout homme ferait à ma place ; en vous méconnaissant, je fais ce que n'eût fait personne. Vous avez raison, madame, méprisez un cœur indigne de vous ; j'ai tout perdu, jusqu'au droit de me plaindre, et je ne me plains pas... Viens, Hector.
LE DUC
Attends... Savez- vous, où il va, madame? Sur le terrain.
' Quoique sachant son mari coupable, Antoinette a payé ce jour-là les dettes qu'il a contractées avant son mariage, afin de lui épargner une souffrance d'amour-propre.
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