‹ Chrestomathie mandchouChapitre 28 sur 29 · MANDCHOU. CHINOIS · texte numérisé non relu

MANDCHOU. CHINOIS

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(1) En chinois, U^ ^1 Khianloung, de 1735 à 1795. Nous donnons ordinairement ce nom à l'empereur , grand-père de celui qui règne à pre'sent, et qui porte le titre posthume de ^ ^ f^È ^ "^ Kao tsoung chun houang ti.

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fécondité des champs, et de toutes les sortes de richesses et de biens. Je compris que c'étoit véritablement le royaume favorisé par ie ciel, et un pays propre à produire des empereurs.

Anciennement, après avoir examiné ( ies sorts ), Chao kang koung disoit : « Il a demeuré à Pin , » pour iouer Koung lieou. « H a établi sa résidence à Khi, » disoit la chanson, sous ies Tcheou , en honneur de Thai loang. Ceci ne montre-t-il pas clairement la providence de lempereur du ciel , qui a donné pour toujours aux peuples une souche de maîtres ? J'ai donc fait une épître à la louange de la position et des productions ( de Moukden ) , et une autre pièce dans iaqueïie je célèbre les événemens (l). Ainsi soyez silencieux et abstenez-vous de parler, car cette épître poétique commence. Voici ses paroles :

La révolution des années ayant ramené celle du Sanglier {^), il était i'heure du matin à laquelle l'étoile Lirkha(S) est au milieu de sa course , et d'accord avec ie ton musicai appelé la corde rompue Ç4), et oii ia lune dirige sa course vers la voie lactée; ayant choisi un jour heureux, on déploya le grand étendard , on équipa des chevaux semblabies à des dragons

(1) Ces deux espèces de poe'sies se nomment, la première, B^fou en chinois, ei foudchouroun en mandchou; et i'autre, /f"^ soung en chinois, et toukhietchoun en mandchou.

(2) Dans le texte chinois , Wf^ Vta "y^ Ta yuan hian ( offre du grand abîme ) , est une expression honorifique pour de'signer ^ haï , ie dernier des signes du cycle de douze , ou celui du porc , dans ce même cycle , de'signe' par les noms de douze animaux.

(3) En chinois, T^)m lieou.

(4) Ce ton musical est le neuvième des douze ^ liu ; il correspond -k la troisième lune de l'automne. Voyez d'amples details sur les lïu, dans

les Mémoires concernant les Chinois , vol. vi , pag. 95 et suiv.

voïans , briHans d'ornemens et soigneusement enharnachés ; on éleva aussi les petits étendards ornés des couleurs de l'arcen-ciel, ainsi que la bannière qui ressemble à lepervier blanc qui siffle, et on se mit en marche vers les frontières merveiiieuses.

Je parvins aux contrées qui sont sous i'influence des constellations Girkha et Weiskha (l) , et j'arrivai à notre première résidence. J'immolai devant la sépulture de mes ancêtres une victime que je leur offrois , et je méditai sur î'air miraculeux [qui rn entourait^ ; j'examinai la manifestation de leur vertu; je finis cette solennité auguste, et, après avoir bien réfléchi sur tout ces points , je montai sur le trône de cérémonie, devant lequel j'avois rassemblé ies grands et les officiers.

Quand on réfléchit sérieusement sur l'origine et la fondation [de notice empire), quand on examine avec soin la naissance et les progrès successifs de son système admirable , oh ! qu'il est étonnant ! C'est effectivement d'une sembîable manière que Tsu , natif du pays deP^, éleva à un si haut degré sa dynastie de Yen ; ou comme Ki, qui, séjournant à Hao king, rendit plus illustre celle de Tcheou. Autrefois Phing khiu reprocha à l'Orient que la foiblesse étoit de son coté, et Ngan tchhou disoit, en se moquant, que fa force étoit du côté de i'Occident. Ce sont des pauvretés. L'empire étoit alors divisé en douze parties , et six ou sept princes féodaux seulement étoient réunis ; mais quand ce qui devroit être indivisible comme un vase en bronze se trouve divisé en tranches comme une courge (2), il devient sûrement un chaos

(1) La première s'appelîe eij chinois ^^^ khi; premier -y 4053,0 du sagittaire ; l'autre nomme'e en cLinois ^ wei , € /U. du scorpion.

(2) L'original chinois porte de même ;

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misérable, sur iequel on ne devroit ni compter ni raisonner.

Meng kiàrif Phing tsu, Thai tchoung et autres nous ont laissé des rapports circonstanciés et des récits fabuleux sur le Yao harij et sur ia gorge des montagnes de Loung ti, sur le iac de sel , sur le puits de i'encre , sur ia beauté de ia saile de Y et du paiais de Tliian liang , sur i'aiignement des trois grandes routes et des cinq ciiemins latéraux; mais est-ce que ce sont des objets dignes de tant de louanges ? II ne faut pas comparer les palais projetés par Tchhang houang et par Weichou, aux résidences des empereurs engendrés par ie cieï. Ainsi, en composant cet éioge, j'ai fait tous mes efforts et je me suis appliqué à suivre dans mes louanges l'exempîe des écrivains célèbres; j'ai pris tout ce que je dis dans le tabieau et le cadastre même du pays , sans y mettre trop de simplicité ni trop d'ornemens oratoires. Parmi cent faits, je n'en ai clioisi qu'un, laissant les autres de côté.

Notre dynastie de Taïthsingdi pris son origine dans les temps reculés, à la grande montagne Manche (l); c'est là qu'un

M ^ A JL iî

Le P. Amiot a confondu ïes deux caractères chinois

dont le premier est dans le texte. De là sa traduction absurde de ce passage : « Si , comme le ting , si , comme ce vase antique qui n'est M qu'une seule et même masse posant sur plusieurs pieds , Tempire parois- » soit alors ne faire qu'un seul et même gouvernement, sous l'autorité' de » plusieurs cliefs , il étoit réellement partagé comme les griffes du tigre , » ou les serres de l'oiseau de proie, »

(1) En chinois, J[j ^^ -^ Tchhang pe chan , c'est la grande montagne couverte de neiges perpe'tuelles , au nord de la Core'e ; elle sépare ce pays de celui des Mandchou.

souffle merveiiïeux s'accumuie, qui ia rend très-resplendissante ettrès-fortunëe; ily a ie lac nommé Tamoun (l)^ dont ia circonférence est de quatre-vingts li, et duquel sortent ies grands fleuves Yalouy Khontoung et Aïkhou[l).\]ne sainte vierge, la sœur cadette du ciel , ayant pris dans la bouche et avalé un fruit rouge, mit au monde un fds saint, auquel ie ciei donna le nom de famille Gioro y et dont ia dénomination Iionorifique fut Aï sin , or (3). En se purifiant et se renouveiant sans repos

(1) Ce tac ne se trouve indiqué sur aucune carte. Oumouna , qui visita en 1G7 7 le Tchhang- pe chan , trouva sur son sommet une plaine entoure'e de cinq pics très-hauts , entre lesquels iï y avoit un lac dont ia circonférence pouvoit être de 30 à 40 li ; mais ce voyageur ne dit pas si c'est le Tamoun , et si les trois grands fleuves dont il est question en sortent effectivement : ce qui paroît peu probable. La grande Géographie impériale de la Chine ne connoît pas non plus le lac Tamoun.

(2) Le Yalou est le grand fleuve qui se jette daus la Mer Jaune , presque à la frontière de la Corée et de la province de Ching king ou Liao toung , et à l'est de i'archipeï Jean Potocki,

Le Khôntoung est ia rivière qu'on appeile ordinairement Soùnggari ouîa ou Soùnggar y en chinois -Soung houa kiang. Dans le temps que les Russes avoient des étabïissemens sur \ Amour , ils donnoient à cette rivière ie nom de Chingal , qui paroît être une corruption du Soùnggar. Les Mandchou et ies Chinois de nos jours regardent ordinairement ie Soùnggari oula comme ie fleuve principal de la Tartarie orientate ; iîs disent quit se jette dans ia mer, et que le Sakhalian oula, ou Amour, n'est qu'un de ses tributaires , dont ie confluent est vis-à-vis du bourg de kx^jui^ \^J^ Dchaji gachan ( Tchaji cajan dans ies cartes de d'Anviile ).

Le Aïkhou est ie même fleuve que ie Toumen oula. Après avoir séparé ia partie orientale du pays des Mandchou de ta Corée , it se jette , au nord-est de ce dernier pays , dans ia mer du Japon. Ce fleuve fut appeié A ye khou , sous la dynastie de Ming.

(3) Le Toung houa lou , histoire manuscrite de ia dynastie des Mandchou , raconte cette tradition de ia manière suivante :

« A i'estde ia grande montagne blanche , ii y en a une autre nommée Bou~ « kouri, au pied de iaquelle se trouve le tac JSowMown. D'après une ancienne

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et sans interruption ^ il ( Y empire ) acquit les pays de Yekhé,

» tradition , ii y avoit jadis trois vierges ce'Iestes : i'aînée s'appeioit Szu » gouroun , la seconde , Dching gouroun , et la plus jeune , Foe gouroun. Un » jour, elles se baignoient dans îe îac , quand une pie sacre'e laissa tomber » sur la robe de la cadette un fruit rouge qu'elle portoit dans son bec. La » vierge en mangea et devint enceinte ; elle mit au monde un fils qui , dès » sa naissance , parloit , et dont ia stature et l'extérieur avoient quelque » chose de merveilleux. On demanda à l'aine'e des trois sœurs quel nom >» il falloit donner à l'enfant; eile dit : « Le ciel t'a fait naître pour rétablir » îa paix : il faut donc t'appeler Aisin gioro , et te donner le surnom de » Bouhouri yongchon. » Après que sa mère se fut retirée dans ïa caverne » glacée ( quand elle fut morte ) , le fils entra dans un petit bateau et » suivit le cours de la rivière. Il aborda dans un endroit où il s'assit sur » i'herbe entre les saules. II y avoit alors dans ce canton trois familles " dont les chefs vivoient entre eux en discorde et en inimitié. Quelqu'un » d'une de ces trois familles étant venu pour puiser de l'eau dans îa rivière , » aperçut ce jeune homme qu'il ne put regarder sans admiration. A son » retour, il en parla aux siens , qui se rendirent près de i'e'tranger pour lui » demander son nom. « Je suis né, répondit-ii, de la vierge céleste Foe gouw roun ; le ciel m'a destiné pour mettre un terme à vos dissensions. » Tous » dirent aîors avec respect : « C'est un homme saint engendré par le ciel. » » Ils le choisirent pour- être leur prince , et il habita à l'orient de la grande » montagne blanche, dans ia ville SOdoli, situe'e dans îa plaine Omokho. » Son rovaume portoit le titre honorifique de Mandchou. Après plusieurs » générations, îes sujets se révoltèrent, et exterminèrent toute sa famille, » à l'exception d'un jeune homme nommé Fan tchha kin , qui s'enfuit dans » un canton désert. On le poursuivit ; mais une pie se posa sur sa tête , de » sorte qu'on îe prit pour un tronc d'arbre desséché, et qu'il fut sauvé. » Après quelques générations , vécjit l'empereur /ps* --^ ^M TU H. -^^ Tchao tsou yuan houang ti , de la famille ^ Aisin gioro , &c. »

Les Mandchou donnent actuellement à Aisin gioro îe titi'e de y»\ t \ ,\lj j-L^. ^- V 9.^ Gorokingga mafa, en chinois ït^^jT^ Youaii tsu , c'est-à-dire, i'ancétre éloigné. Son existence, si elle est véritable, a donc eu lieu au moins six générations avant Tchao tsou yuan houang ti , qui iui-méme étoit le quatrième prédécesseur de î'empereur Taï tsou, né en 15 59. Ainsi Aisin gioro étoit au moins de dix générations plus ancien , et doit avoir vécu environ 300 ans avant cette époque, c'est-à-dire , vers îe

de Khoïfa, de Dïhacfian et de Fousi (l). Il fonda ensuite, dans le pays de Liao yang, une ville qui devint la capitale de ce royaume orientai (2). Le bonheur que le ciei lui accorda

milieu du xiii'^ siècle , ou dans le temps de la puissance mongole , sous les premiers successeurs de Tchinghiz khan.

Quant au mont Boukouri et au iac Boukhouri , leur situation est difficile à de'terminer. II y a bien un mont \y^n,i-Lj^ Bokori , et dans son voisinage , le ïac \J .M n i. l i ^ Bolkhori ; mais au lieu d'être à l'est de la grande montagne blanche , ils en sont très-loin , et au N.N.O. , sur les bords dn Sakhah'an oula, par 49" 1/2 de latitude environ , et 11° 1/2 de longitude à l'est de Peking. Si donc Aisin gioro a pris origine dans cette contre'e , il a descendu le Sakhalian oula jusqu'à son confluent avec le Sounggari oula, qui est en eflfet dans le voisinage des habitations des Ilan khala , ou trois familles , occupant encore aujourd'hui les bords de la dernière de ces rivières.

La plaine de ^i 1 nj n >^ Omokho est traverse'e par le >-^i^A9 /4-^^^-f^ Lefoutchen hira , sur la rive gauche duquel est situe' NJ-Ufl^s-Ov»^ Odoli , par 430 35' latit. N. et il» 45* long. E, de Peking.

(1) lï y a deux villes du nom de Yekhe. La première est située au nord et à la droite de la rivière du même nom , par 43° lat. N. et 9° 13' long. E. de Peking. La seconde n'en est pas très-e'Ioignée au sud , et se trouve à quelques lieues à gauche de ia rivière.

Khoïfa est une ancienne ville , par 42» 46' lat. N. et 9° 55* E. de Peking, à la droite du Khoïfa hira , qui va se jeter dans le Sounggari,

Dchaï fan , en chinois Kiai fan , est la ville nomme'e à pre'sent \JJ!llu-l

>ai"^ij2A£: Dchaifi khoton , située par 410 47* lat. N. et S» 4* long. E. de

Peking , à îa droite de Sou tsu ho , et près de son embouchure dans le

Yun ho, ou , comme les Mandchou l'appellent , A^^i^A^ $>û-L^ Khounoukhou

bira ( Hounouhon bira , chez d'Anville ).

Fousi, en chinois Fou chun , est la même ville que K£t^xj>^ kjlj^-:^ Fouchen khoton {Fouchim , de d'Anville), àia droite dn Khounoukhou bira, par 410 65' iat. N. et 7» 4o' E. de Peking.

(2) ^Mf -i^" L^^o young est une des pïus anciennes villes du pays de Moukden. Celle qui porte à présent ce nom est située à une îieue au sud de îa rivière ^jf^ -^2» y^ Tai tsu ho , en mandchou y^^^^ AH^V^o-

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s étant accru, et ses mérites étant devenus plus vastes, dans la dixième année de la 'providence du ciel (l), il pensa au danger , et prit ses mesures pour se fixer au miiieu. La contrée de Chen yang (2) étant connue comme un endroit rempli d'un souffle fortuné , on y bâtit la viiïe de Moukden , qui ferme et défend le passage des pays de l'Occident.

Quant à ces pays, il y vint des colonies dans les temps des dynasties de Thsin et deHan^ et, dans la suite des siècles, ils appartinrent aux Soui, aux Thang, auxLiao et auxAïsin (3). En considérant la position naturelle, on voit que notre empire doit se renouveler sans cesse , et qu4I a obtenu un sort précieux et un bonheur admirable, qui ne s'épuiseront jamais.

Ce pays est placé sous l'aspect immédiat du dixième degré de la constellation vénérable de TVeiskha, près du détroit de celle du tigre véritable ; il est limitrophe des endroits qui se trouvent sous la voie lactée, et très-près de ceux qui sont placés sous l'étoile polaire. C'est absolument comme quand Chao pe, ayant tout examiné, fixa par le sort le pays de Lo (^ pour résidence des Tcheou), ou comme, d'après les calculs de Tung tchhun kiun , Lieou heou établit sa résidence.

Taskha bira ( Taxa pira , de d'Anviîîe ), par àt^ is' latitude N. et 6** 55' E. de Peking. L'empereur Tcu tsou s'e'tant emparé de cette contre'e, y bâtit, en 1622, une ville qu'il appela jp W^ Toung king, ou ia re'sidence orientale. Elle est à 8 U au nord de Liao yang tcheou, et à la droite du Tai tsu ho.

(1) En chinois , >^s. ^f? Thian ming , en mandchou , \J~lj.j^a^ /-yJ^'^^O'^ Abkaï foulingga ; c'est ie titre honorifique dçs onze anne'es 1616 à 1626. Ainsi la dixième est 1625.^

(2) 1^ Y^ Chin yang ou Chen yang est le nom chinois de Moukden,

(3) Aisin est le nom mandchou de la dynastie des -^^ Kin , qui est celle des y«fc. ^^aJJ Altoun khan des historiens mahome'tans.

Du côté gauche ( notre ancien pays) est serré parle royaume de Tchao sian (la Corée), et du côté droit ii s'appuie sur Chanakha (\), Au nord, il a pour rempart la montagne blanche; au sud, le fleuve Lookha{^) l'entoure. La grande mer lui sert de fossé : poussée par les vents, elle inonde ie rivage et déborde dans les lagunes; ses vagues roulent majestueusement , et tombent en inondant un vaste espace ; c'est avec un bruit terrible qu'elles se succèdent, et disparoissent aussi promptement. Cette mer est si vaste qu'elle paroît baigner le soleil et purifier ies étoiles, et il est impossible de dire où elle commence.

A l'orient, (notre ancien pays) est borné parles tribus qui emploient les chiens; au nord, il s'étend jusqu'à la frontière du pasteur des moutons (3). Notre plaine âiOmokho s'y ouvre, et notre village cVOdoli s'y est agrandi ; les hauteurs sont sèches et les bas fonds humides; les plateaux et les champs y brillent dans toute leur beauté; depuis l'extrême frontière jusqu'au grand temple , ce pays occupe dix mille H. Parmi les montagnes (je dois citer) le Tnjeliyan et \eSilian dahahn, les monts Phingphi , Khiangnoung alin y Moutcha , Simoun

(1) C'est le nom mandchou de ïa forteresse plus connue sous le nom cbinois de ^| YW- |[j Chan haikouan , ou des monts et de la mer. Elle est la plus orientale de la grande muraille, par iiQ° 6' iat. N. et 3° 18' E. de Peking.

(2) Looka est le nom mandchou de la rivière vPj 4ÎS^ Liao ho.

(3) Cest une allusion à l'histoire de Sou wou , qu'on trouve raconte'e dans \Eloge de Moukden , par le P. Amiot, pag. 242 et suiv. Dans le iii^ volume des Mémoires concernant les Chinois , pag. 317 et suiv., et dans ï Histoire générale de la Chine, par le P. Mailla, vol. m, pag. 7 6 et suiv.

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dabahn, Doungchoun et Djouroutou alin (l); ces montagnes surpassent toutes les autres en hauteur^ et élèvent majestueusement leurs pics; leurs doubles rangs sont irrégulièrement entassés les uns sur les autres. Ces monts sont entrecoupés par d'horribles précipices et de profonds ravins ; ils sont remplis de fentes et de cavernes spacieuses; leurs pics roides et escarpés menacent ie ciel, et leurs gouffres profonds remplissent le spectateur d'effroi. Ils cachent l'aspect du soleil et de la lune, et les sources qui en découlent forment des lacs et de grands fleuves. Les merveilles que ( ces montagnes ) renferment , sont si variées, que leurs beautés commandent véritablement ie plus profond respect.

Quant aux quadrupèdes et aux êtres ailés qui habitent dans les vastes forets et dans i'herbe épaisse et abondante, ils s'y multiplient étonnamment. Parmi les quadrupèdes, je ne cite que le tigre, le léopard et les ours appelés lefou et nasin; ie cheval sauvage et le tchikhetei\ i'âne sauvage ) ; le cerf, ie chevreuii , les différentes espèces de daims appelées gio et miijakhôtou ; ie loup, ie dcharkho (autre espèce de îoup), ie chameau sauvage ( terrien gourgou), le blaireau, ie renard bleuâtre ( canù lagopus), Xalakdakha (mus jacuius) , qui ne marche que par bonds ; la taupe , i'écureuil voiant , le putois, et lazibeiine (^dont la peau est) si agréabie et si beiïe. Outre cela , ii y a des bœufs , des chevaux , des moutons , des porcs et autres ( animaux domestiques ) dont on se sert journellement; ils sont nombreux dans ies viiiages et dans les

(1) Voyez, pour toutes ces montagnes, les notes du P. Amiot. Les noms mandchou qu'on îeur a donne's sont des corruptions des noms chinois ; ils ont e'té faits à dessein et d'une manière pue'rile , comme une grande partie des mots mandchou fahrique's par Khian loung, ou d'après ses ordres.

métairies. Quand tout le monde se repose ils sont debout et en grand nombre.

Parmi les oiseaux, je vois ie faisan (^oulkhôma), ia perdrix (^noutourou) , l'oie et le canard sauvages, ie cormoran bleu , la grue blanche à ailes rouges ( weidchoun ) , la grue ordinaire , l'espèce de flamant appelée le tigre d'eau , le pélican ( kôtan ) , qui se tient près des batardeaux , la barge ( wakan ) , la tourterelle des bois ( doudou ), l'hirondelle ( tsihin ), le pic i^fiyorkhon ), la pie ( saksakha ), la grue grise ( kortchan ) , l'autour ( giakhôii ) , l'aigle ( silmen ) , le grand vautour ( damin ) , le gerfaut ( itoulkhen) , ie cormoran rouge (^khookhan) , les loriots inséparables (go lin tchetsike) , la caille jaune, qui est un rat métamorphosé, l'oie sauvage blanche , qui vole dans la bruine. Il y a encore l'oiseau nommé chongkon ( le faucon royal); il sort du pays traversé par le fleuve noir ( Sakhalien oula ) ; en frappant avec ses ailes dans les forets, il épouvante les cygnes par le bruit qu'il excite, et en s'élançant dans les plaines sur les lapins, il les remplit d'effroi, les fait courir çà et là.

Outre ceux-ci, (il y a) des pigeons, des moineaux, l'oiseau des pois (ioun tchetsike), ie karkan tchesike , la sarcelle jaune (idzifoun niyékhe). Tous ces oiseaux, péle-méle et en troupes, voltigent, volent, s'élancent et se soutiennent en l'air par le moyen de leurs ailes.

Quant aux plantes , il y a l'absynthe jaune ( khamgia ) , Ydihsyrvûïe (souikha) , le roseau à goût agréable (Yacorus?), le jonc (oulkho), le roseau blanc ( darkhowd), le roseau court dont on fait des flûtes (fitchako orkho), la plante qui res; semble au roseau ( darkhowa orkho ), la laîche (^elben), le jonc vide ( 7iono ), le safran ( dzi ilkha ), la plante bigarrée ( houlkha orkho), qui ressemble à un flocon de soie.

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le mailan , qui sait le temps , le mooyen , qui se ressouvient àes saisons : enfin celle qu'on appelle orkhoda{\) pousse toujours trois tiges, dont les feuilles ne viennent que cinq par cinq ; indubitablement elie absorbe ie souffle merveilleux du pays, et se pénètre de sa vertu précieuse. De plus le fielesou j i'absynthe appelée niantsiri khamgia , ie handa khara , Yahouna^ ie maïlan i ouse , le sirenakhe mailan, qui tous guérissent des maladies.

Quant aux forets , ( on y trouve ) ie pin à cinq feuilies acicuiées , le cyprès de dix miile années , qui , rangé par étages sur ies rociies , cache ie ciei , forme des forets épaisses , couvre les marais , surpasse ia taiiie élancée de l'arbre verdâtre aux oreilies de souris (^sophorajaponica), et cache ie sauie élevé et d'un vert clair; ie frêne altier, qui dure pendant huit miiie printemps ; i'âgé mousikha moo , pour iequei son inutilité est un avantage ; i'abricotier , qui se couvre de rougeur ; ia pèche rouge au feuillage vert ; ie khangki moo à couleur bïanchâtre, et ie gorgin moo, qui est un peu jaune et qui jette tant d'éciat; ie cliévrefeuilie du nord {lonicera xijlosteum) qui vient dans ies montagnes : quand ii est ( jeune et ) flexibie , ii s'agite facilement , et est bon pour faire des fouets; ie mûrier à feuilles de peuplier, dont ies bouquets peuvent servir de nourriture aux vers à soie.

C'en est assez sur les précieuses productions du continent; la mer en contient aussi beaucoup ; la carpe, le meunier ( cyprinus jeses ) , le saumon blanc ( salmo leucichthys ) , ïe anfan ( espèce de truite de mer ), le iargandchi nimakha,

(1) >^bj:!LXx^L£L\ Orkhoda est ie nom mandchou du ^^ /. Jin seng, célèbre racine me'dicale. Ce mot est peut-être une contraction de \J y^t-'-^^^v /irt^ Orhkoi da , îa première des plantes.

Yonggochon , le tako , ie dafakha ( petit eperlan blanc), Yootcha, Ie khowara, l'esturgeon, le silure, la loche d'étang, la lotte, l'anguille, la sole, qui est partagée en deux parties qui se réunissent, le saumon, qui nage toujours au fond de l'eau, le petit requin (^doiilan nimaklia), dont la partie unie des nageoires est employée pour faire de beaux fourreaux de sabre; les niomochon , qu'on enfde sur une branche de saule pour les faire rôtir ; le poisson appelé le bœuf, qui est long d'une toise; le gialtou, ayant sur son ventre comme une espèce de ceinture; le calmar (^niomere), qui, avec sa barbe, peut se coller aux pierres; l'éperlan à cheville de fer ( khadakha nisikha ) , qui a la bouche en forme d'ancre ; puis le sangoutchi ( serpent de mer ) , le malda ( cheval de mer ) , l'âne de mer , le geouchen ( chien ) , le cochon de mer ( namou oulgian ) , les phoques , appelés lekerkhi et khouiuetkhi , le blaireau de mer et autres semblables , sortent et rentrent avec les vagues qui s'élèvent comme des montagnes , et nagent et s'enfoncent dans les abîmes liquides. Le dragon vert, dont la crinière se dresse comme un nuage , et le dragon rouge sans cornes , qui ouvre les vagues en remuant sa queue en zigzags; enfin l'huître, dans laquelle se foraie la perle pendant une longue suite d'années.

Le ciel brille de neuf espèces d'éclats ; une beauté miraculeuse s'amasse ici et produit le jade oriental et l'agate. Mais ne faut-il pas parcourir et exposer la disposition des montagnes et la qualité de la contrée? Comme en général le pays est excellent, est-il étonnant que les collines et la plaine soient labourées et ensemencées? Le terrain est de la première et de la seconde quahté , et le sol extrêmement fertile. Ce beau pays embrasse Haï tchhing hian, s'appuie sur Khaï phing Man, s'étend à Liao yang tcheou, et comprend Siuan tchhing

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Man ; le cours du Khounekhe bira (l) est sa ceinture, et il a pour bordure la contrée de Yenden (2). De grands chemins droits le traversent dans tous les sens ; les plaines et les campagnes y sont vastes et d une grande étendue ; tout ce qui est beau et merveilleux y est accumulé et amassé en grande quantité. Certainement ce pays ressemble à la forge dans laquelle le ciel et la terre fondent et combinent ensemble les élémens.

L'empereur du ciel regardant d'en haut avec bienveillance , donna ce pays à la dynastie Taï thsing , pour une période de àïx mille ans; de même qu'il avoit donné Phei foung à la dynastie Han, Aussi on fit des calculs, après avoir employé Yéc^erre [hoikhon nikemnekou) et le niveau, pour déterminer sa largeur et sa longueur ; on se servit de la corde et de la toise , pour donner leur direction aux canaux et aux rivières; on célébra le commencement de ces travaux par des hymnes. Jouissant d'une parfaite tranquillité , on avoit lieu de la saluer par des cantiques: c'est ainsi que tout se développa peu à peu.

Dans le cours des années appelées Ahkaï fouUnga et Soiire khan, ( notre dynastie ) (3) jeta un très-grand éclat, et se fortifia extrêmement ; elle s'attacha à l'ancien pays de Chen y an g et perfectionna la forme du gouvernement. En imitant le ciel, en mesurant la terre , en se tournant vers la véritable lumière, elle saisit le temps ( favorable ). On ajouta huit

(1) C'est la même rivière que le Khounoukhou bira ou Yun ho. Voyez page 2 50, note i.

(2) En chinois, |rr j| Hingking; ?,\iv les caries, àt à' An\ï\\e, Liden, par 41° 46' lat. N. et 8» 37* long. E. de Peking.

(3) Le nom & Ahkaï foulingga est de'jà explique' dans la note ï de la page 2 51. Soure khan, en chinois i^® ^^ Thian thsouag , de I622 à 1635.

immenses portes ( à Moukden ), et on traça les neuf grands chemins dans des directions tantôt àroïtes , ^«^2^0^ obliques. Le mur ultérieur reçut une brillante apparence , et les créneaux furent considérablement haussés. On éleva, au sud du faubourg, une coiïine ronde pour ies sacrifices, et on l'entoura d'un mur circulaire, pour ia tenir propre et pure. On y dressa respectueusement le bûcher ; on y brûla ies offrandes amoncelées ; on offrit du jade oriental , et ion disposa ies pièces de toiie; on entonna la musique Yun ho y et ion offrit les cocons verts des vers à soie sauvages, semblabies à des cliâtaignes, ainsi que ie bœuf cornu; ies esprits humoient l'odeur et la fumée qui s'élevoit, et ie sacrifice fut consommé. En marchant dans ia bruine et dans la rosée, au printemps comme en automne, on y va et on y vient; avec force et comme stupéfait, on pense («: ses ancêtres ), et l'on commence ie sacrifice dans ie paiais de ia pureté {la salle des ancêtres^. Après avoir nettoyé, iavé, ôté avec de i'eau bouiliante, ie poii (^de la victime ) , on l'ofTre cuite , ainsi que de i'eau pure ( moukeï noure ) et de bon bouillon, qui sont ies choses nécessaires pour le sacrifice. Les empereurs nos aïeux illustres et nos saints prédécesseurs (1) Wen tsou et CJiin tsoung descendent alors, et viennent prendre part à l'offrande. Exposé à l'influence de l'étoiie principale du char céleste (2), le tribunal impérial fut

(1) II y a dans le texte mandchou Wen dzou khan, Chen dzoung khan , et en chinois, ]^^Q Wen tsou et ^ JjjEp Chin tsoung. Le P. Amiot a pris ces termes pour des noms d'empereurs mandchou, et traduit: « C'est » alors que Ouen tsou et Chen tsoung ne dédaigneront pas de descendre » eux-mêmes pour témoigner leur satisfaction. » Cependant aucun des ancêtres de ia famille des empereurs mandchou ne porte ces titres.

(2) En chinois , ,S. ^S*" Ti tchhe ; c'est une des étoiles brillantes de fa grande-ourse , et l'habitation du ge'nie appelé ^ -^ Tai y.

Mandchou. 259

construit d'après le plan du paîais de JVei yang ; ses trois sailes, solides et belies, eurent deux étages. Semblables aux portes du ciel, on établit de grands portails. Quels sont les noms de ces grands portails ? Ce sont ceux de la Porte de la vertu civile, et de la Porte du mérite militaire (l). Quel est le nom de la salle? C'est la Salle du régiment estimable (2) ; elle est établie au milieu. Sur une piate-forme élevée, destinée à prendre l'air, sont placés les caractères qui désignent le phénix.

Le palais ultérieur fut construit de manière à faire face à l'étoile del' axe rouge (3) ; et comme il est destiné à la réflexion paisible, il porte le nom de Palais du calme brillant (4). On y construisit également le palais de V instruction tranquille et de la tendresse primitive (5) : c'est ainsi que d'heureux changemens se manifestèrent par la famille impériale. Quoique simples, ces palais furent le séjour du bonheur, et, parce qu'ils étoient solides, ils furent beaux. Pourquoi auroit-on orné leurs fenêtres et Leurs corniches de sculptures et de bas-reliefs ? Pourquoi auroit-on rendu splendides et belles i'aréte du toit et les colonnes qui ie portent ? Pourquoi ies auroit-on placées dans des endroits qui s'élèvent fièrement, comme le montL<?^^;^^ cheou? Pourquoi enfin aurait-on rendu leurs cimes superbes.

(1) En chinois , ^, J<^ ÎVen te et ^J ^ Wou koung.

(2) En chinois , J^ ^^ Thsoung tching,

(3) En chinois , /f^ ^^ Tsu ky; c'est une constellation de quatre étoiles dans ie voisinage du pôle.

(4) En chinois, j^ ^î-^ Thsing ning.

(5) En chinois , fffe SM Kouan hoei et ^j|^ ^^ Lin tchù

en les faisant semblables aux ailes ouvertes du phénix ? Certes ce n'étoit pas par des motifs d'économie qu'on a agi ainsi, mais pour se conformer à ce qui a eu lieu du temps de Thao thang{\).

On établit la salle du régiment excellenti^ expose'e au sud , et l'on disposa çà et là dix grands pavilions. C'est là qu'on s'instruisoit, qu'on discutoit les afiairesj c'est là qu'en s'occupant journellement avec zèle, le prince et les grands réunirent leurs vertus; car de la porte de ce tribunal, {V empire) s'étendit et agrandit ses frontières vers les huit côtés du monde.

Ayant choisi un nom honorifique (3), on le donna à la première année du règne de l'empereur, pour obtenir le bonheur du ciel. Puis on établit la division d'après les deux mains, et l'on partagea l'emplacement des huit bannières, qui sont la jaune, la blanche, la rouge et ïa bleue, tant simples qu'avec bordures. On imita dans leur disposition la figure de la constellation Souïiggnriou (4), et l'on fixa leur nombre d'après le livre classique de Fou hi. Ils peuvent changer leur disposition de trois et de cinq, exécuter les merveilles des neuf palais 5 et, d'après les lois originairement établies par la sainteté du ciel , ils exécutent des mouvemens qui sont conformes à sa figure.

(i) ]^^ pM Thao thang est ïe nom de la famille de l'empereur p& Yu.

(2) En chinois, J^^yS. Ta tching.

(3) En chinois, -êjfe .^3^ Nian hao. Ce sont les titres honorifiques qu'on donne aux anne'es du règne des empereurs.

{^) ^^ h^\ ^^ ^ou ; ce sont les e'toiles Atair , (h y y y aquila. Le sens de toutes les allusions qui suivent ne peut être compris qu'avec une connoissance exacte du contenu de i'/ king.

Mandchou. 261

Pendant qu'on faisoit tous ces changemens , on inventa une écriture (l), de sorte qu'il paroît qu'on ait examiné l'empreinte des pas ( des oiseaux ) et ies taches ( des tortues ). On avoit élevé un bouîevart^, bien défendu, pour pouvoir y habiter en sûreté et pour y gouverner avec douceur. La racine et les branches ( de notre famiiïe ) y sont pour cent générations ; ainsi s'augmente le nombre de nos parens qui habitent ia consteïlation appelée V étang du ciel (2).

Quant à ceux qui ont le mérite d'avoir aidé par ieur génie ( à la fondation de notre empire ), je nomme Fiongcloun , Eidou y Khife; leurs vertus surpassent celles de Siao ho et de Tchang liang. Ce sont eux qu'on peut appeler les conseillers du trône et les enfonceurs des rangs ennemis; tranquillement, mais avec éclat, également, mais employant toute leur force et leur zèle, ils ont exécuté beaucoup. D'autres, qui leur ressemblent, s'appuyant sur le phénix et saisissant ie dragon, se sont placés dans le char. Leur nombre est si considérable, qu'on pourroit, pour ainsi dire, ies mesurer avec des boisseaux.

Après qu'on eut déterminé la forme des iettres de notre royaume, les sciences et ia saine doctrine y prirent racine et s'y répandirent; ia justice augmenta ; la langue se perfectionna , et toutes choses furent réglées. C'est pour cela que je nomme ici Dakhai, dont le zèle pouvoit seul réussir à recueiilir et à mettre en ordre nos lois; certainement ce qu'il a exécuté surpasse toutes les bornes, car sa pénétration éciatait en tout.

(1) On ne peut dire que les Mandchou aient invente' ieur e'criture ; elle n'est qu'une modification de celle des Mongols.

(2) En mandchou, Abkai Jisen , en chinois, Y^ ^^ Thian houang. Cette constellation se compose des ëtoiies /U-j o^ a, près de A, auriga.

Comment pourrois-je mentionner ici tous ceux qui ont exposé leur personne au combat. Princes et simples soldats , sans distinction, allèrent enlever ( à l'ennemi) cent fortifications et retranchemens , aussitôt que ie cor les appeia; au premier signai de l'étendard, ils se portèrent vers les trois frontières, et les firent déterminer par des traités. Etant dans leur droit, ils n'ont jamais regardé en arrière; étant braves, ils n'ont pas cherché à rendre plus fortes leurs murailles. Ainsi personne n'a pu leur disputer la conquête (de ce qui est renfermé entre les) quatre mers : depuis l'antiquité la plus reculée , on n'a rien vu de semblable. Aussi a-t-on créé pour eux des mandarinats héréditaires, pour récompenser leurs hauts faits.

Lu manche de la grande-ourse montre le nord; l'automne passe et le printemps est fini ; on chasse sur les collines ; nos guerriers raccommodent leurs armes. Les drapeaux, semblables à l'arc-en-ciel aux couleurs différentes, agités parle vent, font du bruit : les étendards déployés ressemblent à farc-en-ciel pâle ; le grand drapeau mince et droit surpasse les brouillards; les banderoles des étendards volent dans les nues , les chars sont rangés en arrière, et les guides se portent en avant (l). Nos enfans montent leurs jeunes chevaux; car ce n'est pas ici qu'on se sert de chars sculptés. Au côté droit, ils ne remettent pas la flèche pointue; au côté gauche, ils portent l'arc flexible qui résonne, quand on le tire, avec un bruit semblable à celui du tonnerre; tandis que (/« ^ècAe vole^ comme une étoile tombante. Doit-on comparer tout cela à la bride offerte

(1) Le P. Amiot a très-mal compris et mal rendu ce passage par : « On part ; les chars précurseurs marchent devant et dirigent la route ; les chars étrangers (?) sont à la queue et ferment ia marche. »

Mandchou. 2^3

par Wang lian , ou au char employé par Sian o ? Quant aux cent fois ^i^ mille guerriers cuirasses qui lançaient à-ia fois les éperviers , lâchaient les chiens ^ faisoient courir leurs chevaux, se moquaient du mont Thaï chan , comme si cétoit l'escalier qui conduit à un étage supérieur, qui arrivaient aux bords de ia grande mer pour y jeter ieurs filets , doit-on tenir compte de paroles si vaines (l) ?

Nos nombreuses troupes, en rangées brillantes, tranquillement ou tumultueusement , tirent toutes à-Ia-fois ïeurs flèches bruyantes, et atteignent le but déterminé. Tantôt elles dispersent les troupeaux de cerfs mâles réunis dans les plaines ; tantôt elles éveillent ïe blaireau dormant dans sa tanière^ effraient le chamois qui se sauve en sautant de cime en cime, ou chassent le lièvre qui court en sautant dans les plaines , jusqu'à ce qu'elles aient les épaules fatiguées et les mains engourdies. Les différentes espèces d'animaux qui remplissent les montagnes et abondent dans les plaines comme les plantes en été , sont chassées et entourées de trois côtés. Quand on voit qu'il seroit impossible de les tuer tous , on les fait attaquer par ies officiers exercés à les presser et à les attraper avec une grande vitesse. Ceux-ci frappent la queue du léopard, abattent la tête du tigre, saisissent ï'ours vigoureux , et tuent la femelle du sanglier (2). On voit alors ces hommes vaillans, avec le plus grand empressement et avec une joie toujours nouvelle.

(1) Tout ceci a trait aux anciennes poe'sies dans lesquelles ii est question de îa chasse.

(2) A ia îettre : la vieille de la plaine. Le P. Amiot traduit mal : « Ils » assomment ïe vieux hôte des de'serts. » II se trompe e'gaiement dans sa note, en pre'tendant que ce terme de'signe en ge'ne'ral toutes les bétes féroces qui ont atteint leur pïus haut degré' de force , ainsi que les vieux cerfs,

prendre toutes ces bêles fauves. Les grands animaux, destinés pour nous , nous sont offerts ; on rejette ceux qui ont été tués, du premier abord, en leur coupant ie chemin. Dans ia première classe {^soni mis) ceux qui ont été tués par un coup dans la tête, ou blessés précisément au côté gauche; on les fait sécher et on les place dans les vases de bois destinés aux sacrifices, et on les emploie rôtis ou cuits. Ceux du second ordre sont réservés pour les hôtes ; on ies envoie à l'office de l'intérieur. On partage le {^reste du) butin également , et on le distribue comme récompense aux conducteurs des chars, aux messagers et à tous les inférieurs.

Ainsi (^cet exercice) est avantageux au ciel et à ia terre; H habitue les troupes à supporter les fatigues ; on combat et l'on remporte la victoire, on se procure du bonheur par les sacrifices, et f on fait observer toutes les anciennes lois des chasses. On fait la petite chasse du printemps , la chasse dans les vallons, la chasse ordinaire et la chasse en cercle. Pourra-t-on nous reprocher de détruire la moisson des trois saisons, de nous emparer des champs fertiles du peuple, de dévaster les plantations de mûriers, d'entourer d'un enclos les lieux de la chasse , et d'avoir des parcs comme ceux de Tsu hiu et de Chang Un ?

Le nombre de seigneurs féodaux qui se réunirent (à notre empire ) est devenu de plus en plus considérable : les princes du pays augmentèrent ia vénération primitive qu'ils lui avoient vouée ; ils se présentèrent respectueusement à la cour pour offrir les présens prescrits. En battant ia terre du front, ils demandèrent qu'on choisît leurs filles pour épouses, ou bien ils exprimèrent leur désir ardent de recevoir en mariage des filles (^cle la famille impériale). Alors on exécuta îa musique de neuf parties, et l'on disposa les huit services de plats délicieux.

Mandchou. 265

Cela vaut mieux que la présentation de Hou han ye devant l'empereur, ou la danse que Kieï lii execute à la cour (l). L'extérieur et l'intérieur réunis ne forment plus qu'une seule famiiie • tout ceci a été établi par mes ancêtres.

Pour ce qui regarde les pâturages ^ le pays du Ta ling ho {^ est extrêmement fertiie, bon, étendu et vaste, et ses prairies sont couvertes des plus beïles herbes. En été, ses frontières ne sont pas infestées par des mouches, et, au printemps, il est arrosé par des sources et des courans d'eau \ aussi les chevaux y deviennent très-gras et s'y reproduisent en gi^and nombre. On y en voit des noirs , des noirs tachetés , d'autres dont les crins sont de différentes couleurs, des rouges tachetés^ des roux, des tigrés, des gris-foncé à crinière noire, des grisons, des gris-noir, d'autres qui ont une marque blanche sur ie front, d'autres à pieds biancs, des pailles, des blancs avec ia

(1) Hou han ye étoit un tchen yu , ou empereur des Turcs Hioung nou. II fut battu , l'an 5 2 avant notre ère , par les Chinois , et vint à la cour de l'empereur Siua?i ti , de îa dynastie de Hartj pour faire sa paix avec lui. II fut reçu de la manière la plus brillante , et on lui donna des festins superbes , auxquels Khian loung fait ici allusion. — Kieï liï fut khakan des Thou khiu ou Turcs ; l'empereur -fiTao tsou des Thang lui donna, en 634, un festin solennel auquel il dansa à la manière de son pays , pour la montrer au monarque chinois.

(2) yPj V^^ yV ^^ ^^^^ ^'^ ^^* ^°^ rivière qui a sa source dans le pays de la tribu mongole de Karatsin , dans le mont Wisoutou oola. Elle y porte le nom de Ao mourèn, et coule d'abord à l'est, traverse le pays de ï'aile droite des Turn et , passe au sud de l'ancienne ville de Hing tchoun tchhing , et entre dans la frontière du gouvernement de Ching king, par une porte dans la barrière des palissades qui le séparent de îa Mongolie ; cette porte est nomme'e Kieou kouan thaï men. Le Ta ling ho coule ensuite au sud-est, et se jette dans la mer Phou hai , près du bourg de Nian yu thang: Cette rivière a un autre bras qui arrive à la mer, beaucoup plus à l'est : iî a peu d'eau et tarit pendant les sécheresses.

crinière etia queue noires , de couleur de fer, des gris bleuâtres et des pommelés (l). Ils y dorment tranquillement ou courent avec bruit, et on peut les employer à des courses extrêmement longues ; car ils sont reputes pour leur force, et ii n'y en a nulle part qui les surpassent en ce point.

Après avoir achevé l'amélioration des villes et des campagnes^ on s'occupa à perfectionner l'agriculture et la plantation des mûriers. On installa desoiliciers chargés de l'inspection des champs; on instruisit les chefs des villages; on examina quelles espèces de grains étaient précoces, quelles étoient tardives, et quelles éUiient propres à être semées dans des iieux élevés ou dans les fonds. La population màie fut employée aux travaux de l'agriculture, et les femmes furent chargées de tisser et de fder. Les occupations des artisans, des marchands et autres semblables furent regardées comme méprisables ; car on estima comme les plus importans les travaux qui produisent riialMllemcnt et la nourriture. Aussi, en traçant de profonds sillons et en ôtant avec soin les mauvaises herbes, les grains sont produits en abondance. Dans les quatre-vingtdix jours de l'été, on sarcle trois fois les champs, et on les ranime par des irrigations copieuses. Quand il a plu sur les champs de nos domaines , tout le monde s'y porte ; nous préparons nos fauïx et nos faucilles pour ie temps de la moisson, et la récolte , placée dans nos paniers , se compose en effet du plus beau blé. Alors nos greniers ressemblent h des collines , et nos monceaux de bié coupé , à des îles.

On aime, pour l'habillement, la toile de coton, mais on ne regarde pas à la beauté du tissu; les vases sont des cruches de

(i) Toutes ces espèces de chevaux ont des noms difFerens en mandchou; on peut ies voir dans le texte, pag. 90.

Mandchou. 267

terre cuite, et l'on s'abstient d'avoir des choses merveilleuses et élégantes. Parce qu'on chérit les productions du pays, les génies y font naître des choses excellentes. Quand ie temps est venu , nous avons le miîïet noir double ; où le terrain est humide , il produit le riz dont on se sert pour faire le vin , et le riz blanc ; parmi les (espèces) de millet, il y en a du rouge et du blanc ; parmi celles du seigle , il y en a du rouge et du jaune ; le khoulimpa ou le chanvre de la Bactriane , le sésame noir, le froment, l'orge, l'avoine, une autre espèce de sésame noir, ainsi que le sorgho mordoré et rouge, sont cultivés. Parmi les pois, il y a les pois ordinaires ( hokhori ) et les pois noirs ( giang dou ). Quant aux herbes comestibles, il y a ie légume puant, i'aii sauvage et l'ail; îe radis, le poireau et l'ognon; Xemjn, le jonc (l), et les jeunes rejetons du bambou (2); le persil rouge, ie fenouil, la courge, ie navet, l'herbe potagère appelée eïmpé , le tournesol, ie gingembre : tout cela croît en abondance , tranquillement, serré, rangé en files, avec éclat, haut et épais, ou épars et fin , ou par grosses touffes. Aussi , en se conformant strictement à la qualité du terrain , la culture a été portée à un trèshaut degré de perfection.

Quand il n'y a rien à faire dans les campagnes, on enseigne à combattre. De cette manière, l'empire est riche et tranquille, et l'armée forte et brave. Le souffle merveilleux

(1) Okdzikha, scirpus palustris.

(2) Le P. Amiot ne croit pas que le bambou puisse venir dans un climat aussi froid que celui du gouvernement de Moukden. Dans ce cas , le gingembre n'y doit pas non pïusprospe'rer; aussi la Ge'ographie impe'riale de la Chine ne mentionne ni celui-ci ni le bambou parmi les productions de ce pays, ir s'agit ici vraisemblablement de jeunes rejetons de roseau.

seiève et monte, et l'accroissement général n'a pas de bornes. Les mœurs du peuple sont simples et droites; il se propage en grand nombre et ii est content. L'éclat de son mérite est merveiîieux ; il pénètre au ciel élevé; i'empereur du ciei auguste nous regarde depuis de longues années comme ses enfans chéris.

Sous notre ancêtre i'empereur Chi tsou , les peuples tournant leur amour vers notre empire de Tcii thsing , se soumirent à lui, car le cœur du ciei avoit conçu de i'aversion pour l'empire des Ming. Quand l'époque de purger ( le pays) et de chasser le brigand (l) qui s'étoit emparé du trône, fut venue, il (^Chi tsou) se mit h la tête d'une armée composée de troupes choisies, qui étaient comme fils et frères; il ne laissa pas à i'ennemi le temps de tirer une seule flèche. Ii obtint le plus haut rang (2), s'assit sur le trône, et résida à Peking. On s'abstint de rechercher à cette occasion les (^circonstances des ) élévations ou des chutes dans l'antiquité , d'examiner le sort de cent générations, et de déterminer ies difficultés qui s'élèvent sur (la forme) des sceaux et des insignes; car il s'étoit fortifié par l'amour et la justice qu'il regarda comme ies choses les plus essentielles. Il se détourna de ia phrase frivole qui compare (l'empire) à un cerf (3); mais il rechercha

(1) Le mot îlou tseï , employe en mandchou, est le chinois lij^ J^u lieou thseï , voleur de grand chemin , brigand. II s'agit ici du rebelle Li thsu tchhing , qui avoit oblige' le dernier empereur des Ming à s'ôter ia vie , et qui vouioit usurper l'empire.

(2) Doro be alimbi signifie ia même chose que doro bakhambi , obtenir ie pius haut rang.

(3) Cest une allusion à un passage d'un traite' sur ia tactique , intituié Lou thao , ou les six stratagèmes. Ii y est dit : « On peut prendre i'empire » comme si c'e'toit un cerf dans ia plaine ; quand on i'a atteint , on partage

Mandchou. 269

ia vëritaÏ3le manière de se servir des ustensiles saints. C'est ainsi que, par ia volonté du souverain maître du ciei, qui chérissoit notre empire de Taï thsing, on le vit établi pour toujours et d'une manière inébranlable. S'il n'avait pas débuté ainsi, comment auroit-il pu s'étendre? s'il n'avoit pas pris une semblable naissance, comment auroit-il pu obtenir {tout ce qu il a obtenu)} Dans son origine, il (^ChiMou) a balayé le pays d'épines et de broussailles; il est allé contre le vent et contre ia poussière ; ii a souffert des difficultés et des douleurs ; il a dû passer par ia prospérité et par ies malheurs !

Ce n'est pas en cédant qu'il a suivi sa marche ; ii a obtenu (l'empire) parce que ies chars et fécriture {^les officiers militaires et civils) vinrent le lui offrir. N'est-il pas dit dans le livre sur le gouvernement ( Chou king ) : « L'empereur » Thang est resplendissant ; » et dans le livre des vers ( Chi » king ) : « Le peuple est obéissant ? »

Le merveilleux pays de Moukden est certainement la résidence primitive des rois; c'est pour cette raison qu'il a été ordonné qu'il soit le siège d'un générai en chef: on y a établi des présidens en second des cinq tribunaux de f empire ; on a placé le peuple sous des fou et des hian ; on a établi ïes soldats des bannières dans des bourgs (l) et des villages. Au printemps, on ieur fait labourer la terre, et faire ia récolte en automne ; on ia garde dans des greniers ou bien on la place

» sa chair parmi tout le monde. » — Khian loung veut dire par cette allusion , que son bisaïeui n'avoit pas partage' î'empire entre ses ge'ne'raux , comme l'ont fait plusieurs fondateurs de dynasties chinoises.

(1) Gachan, en chinois, l-LV tun. On pourroit traduire ce mot par colonie militaire ; ce sont des villages habite's par des soldats laboureurs et leurs familles.

sur les chariots. Le premier et le quinzième de chaque mois, ils se réunissent et s'abandonnent à i'alegresse et aux divertissemens. Paisse cet usage durer pendant dix mille années , et puisssnt pendant cent siècles ces merveilles se conserver ! - — J'ai composé aussi un Toukietchoun ; voici ses paroles :

La majestueuse Moukden fut originairement construite et placée sur la rive septentrionale du Simia (l) : ses montagnes sont hautes et ses rivières larges; elle est destinée à servir de modèle a l'univers. C'est un lieu qui ressemble au grand tigre et au dragon , car la nature l'a rendu extrêmement merveilleux ; il est entouré de fossés qu'on a creusés , et l'on y a élevé des murailles très-fortes. C'est une imitation du ciel et de la terre ^ et une représentation àes deux principes a et e (2). Combien de marchés n'y a-t-on pas établis ! ses flancs portent des pavillons à doubles étages. La ville est bâtie sur un plan très-vaste. Les grands rois y ont promulgué leurs lois; on diroit que c'est Pi?i ou KJii sous le règne des Tcheou, Fung et Phei sous celui des Han, ou bien Pe choui ou Khing chan , tous propres h produire et perfectionner des souverains.

(1) La petite rivière Simia est au sud de Moukden; elle s'appelle, en chinois, ^KV:^ Chin choui, Vm ^S J^ Ouliho, rivière de cinq U, et Vp] ^^ .1^ Wan thsiuan ho , rivière des dix mille sources.

(2) Le principe appelé' en mandchou a-^\^ a est le même que le vh^ yang en chinois , c'est-à-dire , le parfait , le mâle , &c. Celui qui est nommé Vj^ e re'pond an chinois y^t yn , ou à \ imparfait , la femelle , &c.

Mandchou. 271

La Grande montagne blanche surpasse en hauteur toutes les autres ; un bras de mer i'entoure ; et ce pays est , en général, dans la position la plus avantageuse, qui lui assure la prépondérance pour les siècles à venir. Tous ies autres lieux du monde sont moins estimables; jusqu'à présent, c'est celui qui a gouverné l'intérieur et l'extérieur. Il y a déjà cent ans qu'il nourrit (^ses hahitans) et qu'il est riche et tranquille. Plus je réfléchis à ce destin primitif, plus j'estime mon trône. Mon trèssaint ancêtre Ching tsou arriva ici trois fois , traîné sur un char brillant par des chevaux agiles , et accompagné de ses cuirassiers, li franchit les neuf marches , et quand a-t-il prisdu repos ? Il accomplit les cérémonies deyant les sépultures si dignes d'une véritable tendresse. Les portes s'ouvrent, et, placé sur son trône, il contemple ( les tombeaux ) ; un repas solennel est préparé dans l'ancien palais; on y invite à boire les pères et ies vénérables vieillards ; de grands bienfaits sont répandus et parviennent à toute la nation. D'après les coutumes des anciens, ces visites {^cle l' empereur) ne se succédoient pas fréquemment.

Honteux de ne pas posséder une vertu aussi éminente , je ne fus placé sur ie grand trône que par ie droit d'héritage. Pendant les grands sacrifices annuels, dans le temple appelé Tai miao , j'étois ému et mes pensées montoient et descendoient ; toujours le souvenir des tombeaux des montagnes me fit soupirer profondément après eux. Enfin, par la grâce du ciel^ l'occasion de les visiter se présenta ; l'abondance de l'année le permettoit. On fit de grands préparatifs, et l'on forma et disposa les rangs, semblables aux nuages poussés par le vent; ils se suivoient alternativement, comme les écailles du poisson symétriquement entrelacées. Les étrangers et ies officiers étoient réunis; ceux de ma suite sempressoient de m'accompagner. Nous arrivâmes à l'habitation des esprits, et nous

vîmes de loin les édifices des tombeaux ; nous reconnûmes tous ïe sommet du mont Gekhoimgge alin [i) , dans son éclat merveilleux. Nous arrivâmes aux rives du Simia, On offrit alors des habillemens, comme dans le temple primitif, ou, comme à Pa ling , on y présenta des couvertures. Les nuages éclatans qui s'éievoient entre les pins, ies ruisseaux qui se jettent dans la rivière , les réflexions que je faisois sur le changement éternel et admirable en bien, qui, en s'accomplissant, perfectionne tous les êtres vivans ; des chevaux en pierre tombant en ruine (2) : tous ces objets firent couler mes larmes. Aujourd'hui je desire voir [mes ancêtres ) dans le bouillon et sur la muraiïie(3); le destin m'a créé du même souffle qu'eux. Je vais àfancien palais, à cet ancien palais si éclatant ; j'y monte par le double escalier (grand escalier) y ce double escalier si bien disposé, qui n'est ni repeint ni orné, mais est bâti d'une manière forte et solide; ii est brillant comme la lune, et éclatant comme le soleil du midi; ses degrés sont pavés. Ici on a imité le ciel et la terre (4). Les

(1) En chinois, WJ ^f^5 Hoei chan ; c'est la plus haute montagne des enrirons de Moukden ; elle en est éloigne'e de 40 H au nord-est. Sa masse est calcaire ; aussi l'appelle-t-on ordinaireraeut le mont de la chaux.

(2) Les Chinois placent souvent près des sépultures des chevaux sculpte's en pierre.

(3) Ces deux expressions plus que singulières se rapportent à un passage de la biographie de Li koii, inséré dans le Han chou. On y lit: « Etant » assis, il voyoit Tempereur Yao sur la muraille ; et en mangeant, il voyoit » Tempereur Chun dans le bouillon. »>

(4) Cette phrase seroit inintelligible sans explication. D'après le cérémonial chinois, il y a dans ïes paîais des portes qui s'ouvrent, et d'autres qui restent toujours fermées. Les premières sont appelées W(^ Khian , ciel , et ies secondes, ^:m Kuen , terre.

murailles construites en argile , ainsi que les lampes , se distinguent par i économie vertueuse qui y règne. Le sort le plus ëciatant est réservé à nos descendans, et la ptus profonde tranquillité régnera pendant dix mille et dix mille années.

Enfin on ouvre la porte méridionale : ie repas est servi ; je fais porter des tasses à mes proches parens qui m'entourent -^ je les fais passer à tous les grands dignitaires et aux officiers, puis aux vieillards les plus âgés de notre ancienne patrie. On leur verse ( la liqueur ), et ils boivent. Ils sont tous si bons ! ce sont des serviteurs qui me viennent de mes ancêtres; paisibles et sincèrement attachés ( à notre famiiie ), ils sont par-* venus jusqu'à moi.

Etant toujours respectueux, et fortifiant dans nos cœurs une religieuse terreur, nous durerons dix mille et dix miiie années^ et ia grande ( et véritable) doctrine se propagera par-tout.

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