Le docteur, Briac, Robert, Achille
2. Briac assis au fond, il gauche, le docteur debout, Robert et Achille
au boulevard des Capucines, une foule qui attendait je ne sais quoi et qui s’ennuyait d’attendre. Un vieiliard essaye de passer, long, sec, maigre, démodé de costume, encore plus démodé de tournure, une ruine! on se met à rire, il se retourne avec un mouvement de fierté si prodigieusement comique sous cet habit râpé, que la gaieté devient du délire et que la cruauté s’en mêle. On le -suit, on le heurte, on le harcèle. On riait plus fort, je riais aussi, Anatole se tordait, — Anatole de Ferruzac. — Et le pauvre vieillard, affolé, perdait la tête. C’était d’un drôle! (se levKDt.) Quand tout à coup une calèche s’arrête, une jeune fille en descend, va droit au vieillard, lui tend la main, le conduit à sa voiture, et dit au cocher : « Conduisez monsieur à l’adresse (ju’il vous indiquera'. » Puis elle traverse la foule à pied, au bras de sa gouvernante. Et tout cela si simplement, qu’on ne s’en est pas étonné; mais on ne riait plus; moi-même... je... et Anatole... (irès-ému.) C’est bête, n'est-ce pas?
ROBERT, se levant.
C’est charmant, au contraire. C’est mieux que de la bonté, mieux que de la pitié : c’est du courage. Tu es heureux, Briac, de pouvoir féliciter l’héroïne de cette jolie action.
Vous comprenez, très-cher, que vous ne pouvez plus nous taire son nom. Elle appartient à l’histoire.
BRIAC, se levant ".
Ce n’est pas ce qu’elle a voulu, j’en suis sür.
ACHILLE
Vous persiste/?
BRIAC
Mon cher monsieur de Beaubriand, le plus grand service