ACTE DEUXIÈME
CHRISTIAN E
Oh ! jamais !
LE DOCTEDR.
Je suis émerveillé de vous retrouver fraîche, forte, transformée ; il paraît que le climat des Pyrénées vous convient.
N’est- ce pas? Et puis, je suis si heureuse !
LE DOCTEÜR.
Oh ! alors, tous les climats vous sont bons.
Je le crois, car je me sens très-bien à Paris maintenant, — aujourd’hui surtout.
LE DOCTEUR
11 faut en conclure que les médecins n’entendent rien aux jeunes filles,
Ce n’est pas ce que je prétends. Vous ôtes très-habile; VOUS- m’avez ordonné les distractions, — c’est d’un bon médecin, celq.
LE DOCTEUR
Nous ne voulons plus que vous viviez toujours seule, repliée sur vous-même, dans cette maison un peu sérieuse, un peu triste pour vous. 11 faut que vos dix-sept ans s’épanouissent en plein soleil. — Je l’ai dit à monsieur votre père.
Aussi, dès mon arrivée, mon père m’a annoncé que j’irais dans le monde cet hiver ; qu’il me conduirait partout où il me serait agréable d’aller. {Henriette entre. - se levant.) Ce sont mes fleurs?
HENRIETTE
Oui, mademoiselle, (nae va Ili'poscr le carton qui contient les (leurs sur le guéridon. )
LE DOCTEUR
Et VOUS allez au bal ce soir ?
Me le défendez-vous ?
LE DOCTEUR
Je VOUS le prescris.
C’est pour ma coiffure.
LE DOCTEUR
Faites comme si je n’étais pas là, je vous en prie.
CHRISTIANE, nllnnl nu gui-ridon à gaiiclie el s'asseyant sur le canapé.
Voyons vite, puisque le docteur le permet, (a Henriette.) Avez-vous recommandé au cocher d’être exact?
HENRIETTE
Oui, mademoiselle.
Je voudrais arriver la première.
HENRIETTE
Mais mademoiselle ne se doute pas qu’elle a beaucoup humilié le cocher.
Moi?
HENRIETTE
En le forçant à conduire, hier, un monsieur ridicule. Il est aristocrate, le cocher.
CHRISTIANE, prenant sa bourse et en tirant une pièce d’or.
Eh bien, Henriette, allez lui dire que la personne qujil a eu l’honneur de conduire hier lui envoie cela.
HENRIETTE
Vingt francs!
CHRISTIANE, souriant.
Puisqu’il a été humilié.