ACTE DEUXIÈME
de ma vie. Senoncourt n’avait ni esprit pratique, ni caractère, ni sens moral, (se leyam.) Il devait se ruiner, il s’est ruiné, je n’ai pas à le plaindre, je ne le plains pas.
LE DOCTEUR
Mais il a créé, sous vos auspices, une société des mines du Haut-Pérou.
MAUBRAY, adossé ii la cbetninée.
Une affaire merveilleuse ! des minerais d’argent et de cuivre au milieu de contrées fertiles dont le sol, mal exploité, se prête aux cultures les plus variées. C’était la fortune! L’affaire a été admirablement lancée, les actions s’enlevaient. Senoncourt est parti plein d’enthousiasme. Il s’est arrêté à Lima. Il a donné des pleins pouvoirs à des fripons de bas étage, qui le circonvenaient ; l’argent des actionnaires a été gaspillé en constructions ridicules, en frais d’annonces mensongères; et il n’a pas eu le courage si simple de se mettre à l’œuvre et de relever de ses mains, à la sueur de son front, une exploitation où tant d’intérêts sont engagés. Il est revenu, je l’ai chassé de chez moi. Puisque vous avez voulu la vérité, la voilà.
LE DOCTEUR, se levant.
Je n’ai plus à Insister, et je ne sais même si je dois vous parler des actions qu’il a conservées.
MAUBRAY
Il a des actions?
LE DOCTEUR
Deux cents; j’étais chargé de vous prier de les reprendre à un chiffre quelconque.
MAUBRAY, vivement.
Comment, à un chiffre quelconque? — Voilà un homme qui a fondé une société, qui a gardé des actions, et qui les offre à un chiffre quelconque! Mais la société existe, l’affaire peut se relever, et Senoncourt se trompe s’il croit
que ses actions n’ont pas de valeur. Je les lui p»'ends au taux de l’émission, (n sonne.)
A combien?
MAÜBRAY.
A cinq cents francs.
LE DOCTEUR, stupéfail.
Hein?
M.VUBRAY, s'asseyant à la table de droite et écrirant.
Deux cents actions des mines du Haut-Pérou, versement
de moitié, (au Talet de chambre, qui est entré.) PorteZ Cela dans mes bureaux, {u vaiet sort par la porte qui conduit aux bureaux. — Au docteur.) C’cst cinquante mille francs qu’on va vous apporter. Vous n’aurez pas à vous déranger.
LE DOCTEUR
Mais c’est une fortune.
MAUBRAY, souriant.
Vous voyez que les financiers ont quelquefois du bon. Mais nous sommes moins heureux que vous, docteur; quand vous coupez un bras pour sauver un malade, on vante votre habileté; on condamne la nôtre, quand nous sacrifions quelques intérêts pour sauver une affaire. Cela se ressemble beaucoup, pourtant. (Le caissier entre.) Voici mon caissier, je vous laisse ensemble.
LE DOCTEUR
Permettez-moi de vous remercier.
MAUBRAY
Me remercier, et de quoi? Si vous trouvez des mines du Haut- Pérou à dix francs au-dessus du pair, prenez-les; (Le
caissier fait un soubresaut et roule des yeux effarés.) C’eSt UU COnsell que je ne donne qu'à mes amis, (n sort par la porte de droite
deuxième plan. — Le caissier est debout, à droite de la table. — Le docteur le regarde et s’assied en face de lui.)