ACTE TROlSifeME
LE MARQUIS
11 m’a fait promettre de vous consulter.
ROBERT
Moi?
LE MARQUIS
Je le ferai de grand cœur. — J’aime beaucoup mon fils. Si vous étiez père, je vous dirais qu’il est mon orgueil. Henry a l’esprit droit, le cœur ferme et loyal. Il a ce qui manque aux hommes du jour, le caractère. Il m’accuse en ce moment; il me suppose dominé par les préjugés d’autrefois ; il me reproche des idées que je n’ai pas. Je sais, comme lui, qu’il y a mieux qu’un grand nom, c’est un nom sans tache. Henri voudrait épouser mademoiselle Maubray.
ROBERT
Eh bien?
LE MARQUIS
Je crois mademoiselle Maubray digne de mon fils, puisque mon fils l’aime. ^ Mais le père?
ROBERT
Le père?
LE MARQUIS
Vous le connaissez; un de vos amis, M. de Briac, a des intérêts dans sa maison. Je ne vous demande pas quelle est sa fortune; j’aurais vu sans regret mon fils prendre une jeune fille pauvre. Mais je voudrais savoir ce qu’il faut penser de cette fortune.
ROBERT
Ce qu’il faut en penser?
LE MARQUIS
Je vis un peu en sauvage, retiré dans ma province; je ne sais rien du monde des affaires; je n’ai aucune idée des façons nouvelles de s’enrichir. Je trouve seulement que l’argent a pris beaucoup d’importance, et qu’on a de bien grands égards pour l’habileté. Vous ôtes plus jeune
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que moi, moins arriéré, plus mêlé aux choses du temps. Si vous aviez un fils, lui permettriez-vous d’épouser la fille de M. xMaubray?
ROBERT
M. Maubray est un grand financier. Je suis depuis trop peu de temps à Paris pour juger ses entreprises; mais cette puissance du crédit a sa grandeur.
LE MARQUIS
Je ne suis pas bien exigeant. M. Maubray est-il un honnête homme?
ROBERT
Je le crois.
Vous le croyez? (a ce moment, Christiane et Adrienne passent lentement dans la galerie, regardant, inquiètes, du cité de Robert.)
ROBERT, aperceront Christiane.
J'en suis sûr. (Les jeunes filles disparaissent.)
LE MARQUIS, se levant.
J’ai toute confiance en vous. Je ferai ce que vous, comte de Noja, vous feriez à ma place. Je l’ai promis à mon fils. Ne me répondez pas ce soir, ne vous hâtez pas. Informez-vous près de M. de Briac. Jugez vous-même. Je ne cherche qu’à céder : mon fils serait si heureux! (au moment où le marquis salue Robert pour partir, Achille et Anatole paraissent à 1a porte du vestibule. )