NOTORIÉTÉ DES PRODIGES DE LA VRAIE CROIX
habitants profitaient des bienfaits miraculeux de cette Croix sans songer à Colomb, de même qu’on jouissait des Indes sans lui en avoir la plus légère reconnaissance. Le Révélateur du Globe jugeait avec une telle exactitude les préventions répandues contre lui, qu’il écrivait peu d’années auparavant : « On m’a fait une si singulière réputation, que si je fais bâtir des églises ou des hôpitaux, on dira que ce sont des cavernes pour les voleurs L »
Toutefois, et ceci vaut d’être remarqué, les premiers à qui f attouchement de cette Croix rendit la santé étaient précisément ceux qui, suivant l’exemple de Colomb, honoraient la Croix au pied de laquelle il avait tant aimé à se recueillir. A leur insu, son souvenir entrait pour quelque chose dans leur vénération de ce symbole. Mais telle était, en effet, la réputation faite à Colomb que, parmi ceux-là même dont la guérison miraculeuse lui était due, aucun n’aurait osé déclarer tout haut qu’il s’était recommandé à lui, près de la Croix qu’avait élevé sa piété.
Quoi qu’il en soit, aucun fait n’est plus certain et mieux établi que celui de cette Croix miraculeuse. On ne saurait suspecter ici la supercherie d’aucune connivence. Ce n’est point une relique douteuse, un objet mystérieux caché derrière quelque autel dont une balustrade défend rapproche-, c’est une simple Croix de bois, dressée en plein air sur la hauteur. Pour obtenir ses faveurs, il n’est besoin d’aucun intermédiaire. Par les moyens impénétrables d’un invisible pouvoir, ce bois agit au gré de la Providence, suivant le mérite de l’impétrant. 11 opère, tantôt sur le lieu même où la foi l’implore, tantôt à de lointaines distances, au moyen des parcelles qu’en a déta-
1 Lettre de l’amiral Christophe Colomb à la nourrice du prince D. Juan. — Traduction de MM. de Verneuil et de la Roquette, membres de l’Académie royale d’histoire de Madrid.