‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 40 sur 444 · INQUIÉTUDES DES INSURGES · texte numérisé non relu

INQUIÉTUDES DES INSURGES

étant nulle, son autorité n’était qu’une usurpation, se mirent à piller sans pitié les indigènes , à enlever même les troupeaux de la ferme royale. En peu de temps ils portèrent la désolation dans tous les districts. Les quelques colons laborieux de l’île , assaillis et tiraillés par leurs compatriotes, qui les voulaient enrôler par violence sous le guidon de la révolte , discontinuèrent leurs travaux. Les indigènes t rebutés par les vexations des coureurs de bois, cessèrent toute culture-, en sorte que le premier fruit de la révolte fut une aggravation de malaise. Les rebelles se jetèrent comme sur une proie fraîche dans l’État de Xaragua , où l’hospitalité d Anacoana valait un si

gracieux accueil aux Castillans.

Peu après ces insurgés, livrés a eux- mêmes, furent embarrassés de leur indépendance. Ils se fi actionnèrent en quatre bandes principales, ayant a leur tête Diego de Escobar, Pedro Riquelme, Adrien de Mogica et Pedro Gamez,qui pour l’instant acceptaient l’autorité de Roldan. Toutefois ces hommes, agités de vagues craintes après la première satisfaction des mauvais instincts assouvis, sentant bien que cette violation de tous les devoirs ne pourrait devenir permanente, auraient souhaité rentrer sous la loi de l’obéissance, mais sans subir néanmoins la punition de leurs méfaits.

Pendant qu’ils promenaient sur les côtes de Xaragua leurs vices et les ennuis de la satiété, ils virent avec alarme trois voiles poindre à l’horizon. C’étaient les trois navires que l’Amiral avait détachés de son escadre aux Canaries, et qu’il avait envoyés en toute hâte à la colonie, sous les ordres de Pedro de Arana, de Jean-Antoine Colomb et d’Alonzo Sanchez de Carvajal.

Les caravelles ayant jeté l’ancre, les rebelles se crurent perdus, pensant qu’une force imposante venait leur faire

ô’2 SECOURS IMPRÉVU POUR LES INSURGÉS.

rendre compte de leurs brigandages. Mais Roldan comprit à première vue que ces bâtiments, depuis longtemps à la mer, avaient été sans doute égarés dans leur route, et qu on ignorait à bord les récents méfaits. Il osa se présenter comme chargé par l’Adelantado de surveiller le pays, et, eu égard à la pénurie dont souffraient les colons, demander des armes et des vivres pour ses hommes. Les trois capitaines les lui accordèrent volontiers. Roldan mit ainsi ses gens en rapport avec les équipages. Les rebelles vantaient aux matelots la vie commode et sensuelle qu’ils menaient à Xaragua, et leur inspiraient la désertion. On ne s’aperçut qu’un peu tard de ce manège, et l’on consigna les équipages. Alonzo Sanchez de Carvajal, espérant ramener au devoir le traître Roldan, alla conférer avec lui. Roldan protesta de ses bons sentiments pour l’Amiral, répondit qu’il ne s’était soulevé que contre l’Adelantado: et qu’il avait même préparé une lettre destinée à son ancien maître, dont il attendait impatiemment l’arrivée.

Les trois capitaines réunis en conseil, reconnaissant que les vents et les courants pouvaient retarder encore loris-

temps l’arrivee des trois caravelles à Saint-Domingue., convinrent de débarquer sous les ordres de Jean-Antoine Colomb les travailleurs emmenés à la solde royale, qui s’en iraient par terre cà Saint-Domingue, afin d’économiser le temps et les vivres. Mais à peine ces hommes, au nombre de quarante, parfaitement armés et approvisionnés furent-ils débarqués, qu’ils passèrent sous la bannière de Roldan, à l’exception de sept, que les mauvais conseils ne purent parvenir à détacher de leur devoir1. Néanmoins avec cette poignée de braves gens Jean-Antoine Colomb, vraiment digne de son illustre parenté, osa

1 « Colombo con solos seis o sicte de quarenta que cran faé à reconvenir â Roldan. » — Munoz, Historiée del Nuevo Mitndo , lib. VI, § 40.

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