‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 110 sur 316 · MARTIN PINZON CROIT DÉCOUVRIR LA TERRE · texte numérisé non relu

MARTIN PINZON CROIT DÉCOUVRIR LA TERRE

temps des Juifs, quand les Égyptiens partirent d’Egypte à la poursuite de Moïse, qui délivrait les Hébreux de l’esclavage ^ ))

Le 24 septembre, on continua de faire route à l’ouest. Un fou vint sur les vergues. On vit beaucoup de damiers.

Le 25, mardi, on poursuivit avec une faible brise vers

l’ouest.

La Pinta se trouvait alors si près de la Santa-Maria que le commandant s’entretint avec Martin Alonzo Pinzon, au sujet d’une carte qu’il avait envoyée, trois jours avant, a ce dernier dans sa caravelle. 11 la lui redemanda*, etl inzon la lui jeta, de son bord, au moyen d’une corde. Sur cette carte étaient figurées par bypotbese quelques îles. Martin Alonzo pensait qu’ils étaient dans ces parages *, Colomb lui disait que sans doute, entraînées par les courants au nord-est, les caravelles n’avaient pas fait autant de chemin que le croyaient les pilotes. Cette conversation a haute voix et la réponse du commandant avaient peut-être pour but de rassurer les matelots , qui déjà se plaignaient de la longueur du voyage.

Au coucher du soleil, Martin Alonzo Pinzon, accourant sur la poupe de la Pinta ^ se mit a crier de toute sa poitrine : (( Terre! terre! Seigneur, je suis le premier qui l’ait vue*, constatez mon droit à la rente. ■» Aussitôt tous ses marins poussèrent des cris de joie , tandis que ceux de la Nina, s’accrochant aux haubans, montaient les uns après les autres dans les gabies, et assuraient aussi que c’était bien la terre. Au bruit de ces exclamations, le commandant, tout ému, se laissa tomber à genoux Sa recon-

' « Asi que muy necesario me fué la mar alla que no pareciô, salve eltlempode los Judios cuando salieron de Egypto contra Moysen que los sacada de captiverio. » — Domingo, 2Z de setiembrQ,

*Las Casas, Journal de Colomb, mardi 25 septembre 1492.

' déception de l’équipage.

naissance devança sa curiosité. Il remercia Dieu avant de vérifier la découverte qui lui paraissait immanquable ; et dans sa gratitude pleine d’effusion, il entonna le Gloria in excehis Deo. Tl devait croire , par toutes ces démonstrations, que c’était en effet la terre confusément aperçue à une distance de vingt-cinq lieues. Mais le jour vint dissiper cette illusion. L’Océan, dans la souveraineté de sa solitude, déroulait sur tous les points de l’horizon ses flots incommensurables L’abattement fut d’autant plus grand que l’espoir avait été plus vivement excité.

Le 26, mercredi, on suivit à l’ouest jusqu’à midi, et

ensuite l’on prit au sud-ouest. La mer était unie comme

une rivière, l’air doux et rafraîchissant; pourtant on fit trente lieues.

Le lendemain, la brise mollit. On vit beaucoup de dorades et un paille-en-queue.

Le 28, on eut du calme; l’herbe reparut en petite quantité. Les trois caravelles prirent plusieurs dorades.

^ Le lendemain, comme l’équipage était encore près de s’alarmer de la longueur de la route, des signes fréquents vinrent le reconforter. L’air était doux et embaumé;

1 Océan foisonnait d’herbes marines. A trois reprises, on vit paraître dans l’air trois alcatraz suivis d’une frégate.

Le dimanche 30 septembre, il y eut du calme ; on ne lit, entre le jour et la nuit, que quatorze lieues. Les indices de l’approche des terres se multipliaient.

Cependant le temps changea un peu. La flottille essuva une forte averse, mais le vent restait toujours favorable et modéré. Cette constance de rumb était insupportable à l’equipage. Colomb excepté, tout le monde, ses officiers eux-mêmes, s’épouvantait de la distance déjà parcourue.

Le I octobre, au point du jour, le lieutenant de service déclara avec un accent d’effroi qu’il ne put maîtriser,

DÉCOURAGEMENT DE l/ÉQUIPAGE. 2G5

qu’on avait fait en ce moment cinq cent soixante-dix-huit lieues à l’ouest depuis l’île de Fer. F.e cbiiïre aclieva d’abattre les courages^ il était pourtant au-dessous de la vérité. Le compte secret, tenu par (Colomb, portait déjà 5ept cent sept lieues. L’homme de la Providence s’ell'orçait le ranimer les esprits, de stimuler les pilotes, et ne déguisait point son intime satisfaction du concours que les vents 3t la mer donnaient à son entreprise.

La brise toujours propice les poussait sur une onde 3alme et sereine. Christophe Colomb remerciant le Seigneur de sa bonté ne pouvait s’empêcher de jeter sur son ournal ces mots : (( La mer est toujours bonne. Grâces nfinies soient rendues à Dieu ^ ! » La flottille suivait son 'umb, et les indices delà terre se multipliaient. Les pilotes mulaient louvoyer, aller à la recherche des îles qui semdaient devoir se trouver dans ses parages. Mais le comnandant assuré de leur existence, refusa absolument de ;e détourner de sa route. Il voulait pousser tout droit aux ndes. (( Perdre son temps en chemin, dit-il, aurait été nanquer de prudence et de raison. )> Les murmures prient alors un caractère de haine.

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