COÏNCIDENCES SINGULIÈRES
dence ramène devant lui le capitaine déserteur Martir Alonzo Pinzon.
Le Vendredi 23 janvier, la mer lui donne des vivre: frais.
Le Vendredi 13 février, échappé à la plus affreuse tem pete, il aperçoit les Açores.
Le Vendredi 22 février, il recouvre son équipage enlev( par les Portugais.
Le Vendredi 8 mars, l’invitation de son ennemi, le ro de Portugal, devient la première attestation de sa gloire
Le Vendredi 13 mars, il rentre à Palos en triomphe.
Alors seulement Colomb remarqua l’étrange coïnci dence du jour de son retour avec celui de son départ e des principales circonstances de son voyage.
Nous citons les dates-, on en tirera telle conclusion qu’i plaira. Il n’en reste pas moins ce fait, que durant ce voyagi les événements capitaux s’accomplirent le Vendredi.
Si l’on joint à la singularité de cette coïncidence celf du Sort, qui fait venir, trois fois sur quatre, dans la maii de l’Amiral la marque de la Croix, et le désigne ainsi di premier coup pour accomplir trois fois directement le vœux de tous, après avoir dit comme Washington Irving (( Il y avait quelque chose de bizarre dans cette persévé rance du Hasard à le désigner L )> On conviendra que c< Hasard assidu, qui se prête si obligeamment aux inten lions , aux sentiments et aux vœux de Colomb, mérita d< sa part quelque reconnaissance-, et de la nôtre doit ob tenir quelque considération.
Lorsque le Messager de la Croix, confessant l’ineffîca cité du compas et de l’astrolabe pour sa Découverte, décla rait que « notre Rédempteur )> lui avait disposé la route
1 Washington Irving, Histoire de la vie et des voyages de Christophe Colomb J liv. I, chap. iv.
l’itinéraire de colomr est le plus sur.
il attestait une vérité Lien plus manifeste aujourd’hui ([u’ù l’heure où la traçait sa plume.
D’abord ce voyage tenté contre les préventions du vulgaire et les données de la science, par une route audacieuse sur une mer redoutée, reste, au premier essai, un modèle de navigation. Colomb, sans le savoir, indiquait aux générations suivantes l’itinéraire le plus sûr et le plus commode. D’après Ilumboldt, c’est encore celui que suivent aujourd’hui tous les bâtiments à voile destinés aux i^ntilles. Quelques marins ont conseillé de ne pas gouveraer autant au sud pour chercher les vents alisés, de couper e tropique à peu près à vingt degrés à l’ouest du point où e coupent ordinairement les capitaines de navires; ce louveau système permet d’abréger d’un vingtième la route le Cadix à Cumana, mais offre aussi a la chance de lutter
)lus longtemps contre les vents variables qui soufflent antôt du sud, tantôt du sud-ouest h )) L’ancien système, ’itinéraire de Colomb, compense la longueur de la route )ar l’avantage de trouver plus tôt les vents alisés et d’en ouir pendant une plus grande partie de la traversée.
Le retour de Colomb en Europe est peut-être plus étonlant encore que la précision de son premier voyage.
L Amiral ne suivit point la route déjà parcourue. Il vait une caravelle fort endommagée par la quille ; une utre avariée dans la mâture; toutes deux faisaient eau. l choisit par inspiration la route la plus sûre, celle qui lui lisait éviter les intempéries, les brouillards si communs ntre les Açores et le banc de Terre-Neuve, et devait exempter des tempêtes trop fréquentes dans le voisinage es Bermudes. Il atteignit sans trop de tâtonnements les aragesdes vents alisés. Colomb éprouva des temps affreux;
‘ Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales^ t. II, liv. I, p. 8 et 0.
3% PREUVES DE l’action PROVIDENTIELLE.
mais ces grandes perturbations de l’atmosphère étaîeni tout à fait exceptionnelles. Il avait pris la route la plu‘ convenable pour ses caravelles non pontées. Un officieux Hasard le détourna de dangers dont il ne pouvait avoii connaissance. Et la rigueur des tempêtes ne fit que nifeu:? ressortir l’obligeance du Hasard qui le protégeait. Car avec un navire aussi petit et aussi délabré que l’était ]< Nina^ nul ne saurait expliquer sa conservation. Les habi tants de Sainte-Marie aux Açores , ceux de Cascaës et d( Lisbonne étaient justement stupéfaits de ce qu’une si petite caravelle dans un tel état d’avarie eût soutenu la vio lence de pareilles tourmentes.
(c Tels furent, dit Washington Irving, les dangers et le obstacles dont son retour en Europe fut accompagné. S’i lui en était survenu la dixième partie en allant, ses com pagnons , épouvantés et factieux , se seraient soulevés ei masse contre l’entreprise , et il n’aurait jamais découver le Nouveau Monde. »
Mais ce Hasard prévoyant et attentif, auquel il avai affaire, eut bien soin pendant sa première traversée d’empêcher les obstacles d’être insurmontables, et su toujours opposer aux plus terribles difficultés des coïnci dences propices. Quand on remarque le caractère de compagnons de l’Amiral, ces officiers insolents, malgré 1 Découverte, son propre équipage qui l’abandonne aprè avoir laissé échouer son navire, on juge de ce qui fût ad venu si le courroux de la mer ténébreuse eût ajouté se périls aux épouvantes de l’imagination.
Heureusement l’officieux Hasard qui précédait les pa de Colomb veillait sur lui, le guidait et l’avertissait ave* une constante sollicitude.
Ce Hasard qui lui donne du vent ou des lames quand i en a besoin, quittait tomber toutes les colères et lui con-