‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 2 sur 348 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Chauvelin dénonce les constitutions de la Compagnie de Jésus. — Piège tendu aux Jésuites. — Efforts tentés par Beaumont pour les sauver. — Les délégués du Parlement et la commission royale. — Intervention des princesses. — Démarches de Beaumont auprès de ses' collègues. — Hésitations de Louis XV. — Complicité de Choiseul. — Arrêt qui frappe les Jésuites de France. — Robbé de Beauveset, leur ennemi, abuse indignement des charités de l'archevêque.

« Je n*ose vous dire ce qu'il y a dans Tair contre eux (les Jésuites), écrivait Cayius, à la date du 9 février 1761. Dans peu vous serez content. » — Une semaine s'écoule, et la bombe n'éclate pas. « On dit que Ton recule pour mieux sauter*. » Les plus impatients, dans le parti janséniste, murmurent tout haut de ces lenteurs.

Enfin, le 27 avril , tout étant secrètement préparé pour la perte des Jésuites, l'abbé Chauvelin, conseillerclerc au Parlement de Paris ^ et l'un des principaux artisans de cette œuvre de ténèbres, dénonce tout à

1 Lettré du. 16 février 1761 à Paciaudi.

> Po\ir montrer à quels étranges jugements la haine de parti peut entraîner un homme.de goût, traduisons ce passage d'une lettre de Galiani, alors secrétaire d^amhassade en France, au sujet des deux harangues de Chauvelin : « Si je ne me trompe, ce sont les deux seules choses françaises (quoi qu'ils disent de leur Bourdaloue et, de leur Massillon) dans lesquelles je trouve quelque trait d'éloquence. » (Lettre à Tanucci, 16 novembre 1761.)

4 l'institut au greffe.

coup les constitutions de la Société « comme renfermant plusieurs choses contraires au bon ordre, à la discipline de TÉglise et aux maximes du royaume. » La dénonciation ayant été acceptée par des magistrats prévenus, qui méritaient plutôt le nom d'adversaires que celui de juges, un arrêt rendu en conséquence enjoignit aux supérieurs des maisons de Paris d'avoir à déposer au grefife un exemplaire de leur Institut. Ils avaient trois jours pour obtempérer à l'ordre. Dès lors l'action judiciaire, que des intérêts purement privés avaient entamée sans en calculer les suites, se trouvait transformée en une vaste encjuête qui embrassait l'organisation entière de la Compagnie de Jésus, ses règlements particuliers, ses doctrines, ses livres, son histoire ^

C'est ainsi, dirons-nous avec l'auteur de La Monarchie française au dix-huitième siècle, que, bien loin de se montrer subtils en politique et profonds en intrigue, les Jésuites étalèrent dans la crise qui décida de leur sort une inexpérience sans égale et une infiabileté à peine croyable. Libres de choisir naguère la juridiction du grand conseil, ils avaient réclamé celle des parlements ; au lieu d'étouffer, comme le leur suggérait l'archevêque de Paris, l'affaire scandaleuse, mais isolée, du P. de la Valette, ils lui avaient donné des proportions qui confondirent jusqu'à leurs ennemis. Ce fut, en effet, sur leurs provocations directes, et par une conséquence de la manière dont ils engagèrent le procès, que leurs juges se trouvèrent conduits à examiner l'ensemble des règles et des constitutions de l'Institut ^.

1 Histoire de V Université de Paris, par M. Jourdain, p. 396.

* « Agir ainsi, conclut M. de Carnô, c'était à coup sûr prouver sa con-

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