CHAPITRE II
Le premier mandement de Beaumont pour le carême de 1747, — Assemblée générale du clergé de France : témoignages d'estime qu'elle donne à l'archevêque.— Il préside une séance littéraire au collège Louis-le-Grand. — Mort de madame de Beaumont, sa mère. — Il console l'agonie du cardinal de la Tour d'Auvergne. — Le Te Deum pour la victoire de Lawfeld. — Beaumont est nommé commandeur de l'ordre du Saint-Esprit. — Premières accusations dirigées contre lui par la faction janséniste.
Le Parlement était vaincu, il n^ était pas soumis. Dans la disposition réelle des esprits, le triomphe remporté par la saine doctrine ne pouvait suffire à ramener la paix. En transmettant ses félicitations à l'évêque d'Amiens, Christophe de Beaumont ne dut point lui cacher qu'il se préparait, pour son compte personnel, à rompre directement en visière avec ces hommes de la magistrature qui se faisaient les fauteurs d'une secte jalouse, moins par sympathie peut-être pour des théories de controverse que par analogie d'humeur, de situation et d'intérêt.
Mais l'heure des grands combats n'a pas encore sonné, et les premières lettres de l'archevêque de Paris n'ont rien de cette ardeur militante qui distingue la majeure partie de ses œuvres doctrinales.
Une seule note domine déjà dans le premier mande-
f L^ASSBMBLÉE DU CLERGÉ. l27
ment pour le carême de 1747, comme elle dominait au milieu des préoccupations de sa vie entière : la note de la charité ^ C'est par pitié pour les besoins croissants des pauvres qu'il condescend à relâcher quelque chose des rigueurs de l'abstinence, et c'est un appel en faveur des plus délaissés de tous qui termine sa lettre. « Nous recommandons aux charités des fidèles l'hôpital des Enfants-Trouvés, actuellement engagé en des dépenses aussi considérables que nécessaires pour la conservation de ces enfants infortunés, qui, faute d'un logement sain et suffisamment spacieux, périssaient en grand nombre et trouvaient la mort dans l'asile môme destiné à les en préserver*. »
On était alors à la veille d'ouvrir les assises d'une Assemblée générale du clergé de France. Dès le 29 octobre de l'année précédente, une missive royale, expédiée de Fontainebleau, donnait pour motif à cette convocation extraordinaire la nécessité de faire face aux dépenses imposées par la guerre, dépenses urgentes, onéreuses, qui allaient se multipliant et s'aggravant tous les jours.
Le samedi 4 février, à huit heures du matin, les députés ecclésiastiques se réunirent à Paris, dans le couvent des Grands-Augustins, sous la présidence de Chapt de Rastignac, archevêque de Tours ^.
Un de leurs premiers soins fut d'envoyer à Christo-
I On peut consulter, dans lo même ordre de préoccupations charitables, ses mandements des t4 juin 1756, 30 mai 1763, 21 novembre 1765, 28 janvier 1778.
' Mandement du î) février.
' On élut, pour présidents assesseurs, l'archevêque d'Arles (de Jumilhac) et les évéques de Mande (Ghoiseul de Beaupré), de Sisteron (Lafûtau) et de Grenoble (de Gaulet).