MESURES PRÉVENTIVES
peut absoudre validement et souvent licitement tout pénitent qui se présente à lui ^ »
L'archevêque de Paris, sans être de tempérament à . précipiter une détermination grave, savait, l'affaire une fois ei^agée, la poursuivre jusqu'au bout par les moyens qu'il jugeait propres à écarter le mal ou à le réduire. Plus disposé toutefois aux mesures simplement préventives, il ne Se faisait guère faute d'y recourir, si rigoureuses qu'elles fussent.
C'est ainsi, par exemple, qu'il profita d'une réunion générale des Pères de l'Oratoire pour les mettre à même de se prononcer nettement sur l'attitude qu'ils comptaient prendre. Mandé à l'archevêché dans la matinée du 12 mai 1749, le P. de la Valette, leur supérieur, fut informé qu'à l'avenir aucun de ses religieux n'aurait de pouvoir pour la prédication ou la confession, qu'il ne les eût reçus par écrit. Beaumont se réservait d'approuver individuellement ceux qui s'adresseraient à lui pour déclarer leur soumission à la Bulle et apposer leur signature pure et simple au bas du Formulaire^.
Cependant les esprits s'étaient échauffés à l'occasion d'un refus de sacrements dont la secte avait mené grand bruit. Dans la nuit du 20 au 21 juin, un homme considérable, Charles Coffin, ancien recteur de l'Université et procureur de la Nation de France, mourait d'une fluxion de poitrine qui l'emportait après quelques jours de maladie, à l'âge de soixante-treize ans.
Disciple chéri de RoUin et son successeur comme
^ Voir sa Conmltalion sur la juridiction et l'approbation nécessaires pour confesser. La Faculté de théologie de Paris censura ce livre le 15 septembre
^ Cf. Nouvellesleeclésiastiques de t74U, p. 121.
bbàumont, I. 11
i62 L*rSCIDENT COPFIN-
prmcipal au collège de Donnans-Beauvais ', CofBn n était que trop connu par Téclatante approbation qu'il avait donnée, le 13 décembre 1718, à l'appel schismatique au futur concile. La réconciliation de FUniversité avec le Saint-Siège s'était accomplie, en 17â9, malgré les protestations du célèbre opposant, et pas un désaveu de sa conduite et de son langage n'avait offert depuis à l'Eglise les garanties d'un retour sincère. Loin de là. Au dire même du chroniqueur, toutes les familles où l'on gardait quelque attache au parti de l'appel, les gens de robe en particulier, affectaient de lui confier l'éducation de leurs enfants, ce qui avait donné au collège de Beauvais une vogue assez soutenue et singulièrement enflé les capitaux du janséniste contumace -.
Quand il se sentit mortellement atteint, CofBn envoya demander l'Extrême-Onction et le Viatique au P. Bouettin, curé de Saint-Etienne du Mont, sa paroisse.
Chanoine régulier de Sainte-Geneviève, Bouettin passait, avec Boyer et Beaumont, pour la véritable bête noire des appelants, depuis surtout qu'il avait accepté, en 1744, d'être substitué pour cette cure importante à certain religieux de sa congrégation, le P. Ménessier, gravement compromis dans les équipées de la secte. Avant d'administrer le malade, Bouettin réclame le billet de confession exigé par l'archevêque. Un \deux P. Carme, qui dirigeait depuis trente ans la conscience de Cofïin, venait, il est vrai, de se récuser dans la circonstance,
* C'osl dans vq collège de Beauvais, fondé en 1370, par révêque Jean do Dormans, que saint François Xavier professait la philosophie en 1528, quan^ saint Ignace détermina sa conversion.
' A ce métier, le bonhomme Coffln, qui n'avait rien, a gagné environ quatre cent mille livres de bien. (Journal de Barbier^ t. IV, p. 373.)