‹ Christophe de Beaumont, archevéque de ParisChapitre 180 sur 401 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Encore les billets de confession. — Le P. Bouettin et l'appelant Lemère. — Remontrances du Parlement et nouvelle ordonnance du conseil d'État. — Joie indécente des ennemis de l'archevêque. — Documents publiés en sa faveur par les prélats réunis à Paris. — Abus de pouvoir contre certains évêques. — Odieux libelles à l'adresse de Christophe de Beaumont. — Sa charité héroïque.

Nous voici revenus aux interminables querelles des billets de confession, ces « billets de banque pour l'autre monde » comme on les appelait ironiquement alors. Encouragé dans ses tentatives de révolte par les indécisions mêmes du pouvoir, le Parlement se dispose à ne point reculer devant une sorte de persécution ouverte contre le vénérable archevêque de Paris. Il fallait trouver une occasion : Toccasion se présenta.

Le P. Bouettin, ce curé intrépide de Saint-Etienne du Mont, que nous avons déjà vu à l'œuvre , venait de refuser, malgré les sommations réitérées, d'administrer les sacrements à un ancien chapelain de feu l'abbesse de Ghelles, nommé Lemêre, demeurant sur sa paroisse et réfractaire obstiné. L'acte est déféré au Palais, le 13 mars 1752, par le conseiller Blondeau. Beaumont, invité à venir, en sa qualité de duc ^ , siéger dans l'as-

i Cette dignité de « duc de Saint-Cloud, pair de France, » était attachée au siège de Paris depuis 1674, mais le duché n'était que laïque. Les pairs

INCIDENT LEMÈRE. 215

semblée qui se tiendra le soir même, répond que ses affaires ne lui permettant point de se rendre au Parlement ce jour-là, il croyait suffisant d'avertir que Bouettin n'avait encore agi que par ses ordres. L'affaire du curé de Saint-Etienne n'apprit rien de plus.

Le Parlement, resté en séance depuis six heures du soir jusqu'à une heure du matin (chose qui ne s'était jamais vue), condamne le récidiviste à l'amende ordinaire de trois livres, ordonne que l'archevêque sera tenu de veiller à ce que pareil scandale ne se représente point, en même temps qu'on l'invite à faire administrer Lemère dans les vingt-quatre heures. Le roi casse la procédure et évoque le différend à son conseil. Le malade, qui ne peut attendre, meurt sans sacrements. Les magistrats, irrités, décrètent de prise de corps le P. Bouettin, qui s'esquive, pendant que l'huissier appose les scellés aux portes de sa demeure.

Les fêtes de Pâques étaient proches. Le Parlement se sépare vers quatre heures du matin , en ajournant la prochaine séance au 10 avril. La veille de la rentrée, le roi fait remettre au premier président l'arrêt du conseil d'État qui casse de nouveau celui de la Grand'Ghambre et défend toute continuation de poursuites. C'est alors que de perfides remontrances, rédigées avec beaucoup d'art, lui sont communiquées par Maupeou : remontrances inconcevables , qui renferment une attaque en règle contre la bulle Unigenitus et présentent le refus des sacrements comme une entreprise schismatique.

Si malheureux que parût ce factum parlementaire, la

eccUsiasiiqiieSf au nombre de six, étaient : l'archevêque de Reims, les évêques de Laon, de Langres, de Beauvais, de Noyon et de Châlons-sur-Marne.

216* arrAt du parlkmknt.

réponse du roi fut plus déplorable encore. Inouïs XV, manifestement agacé par un démêlé jusque-là sans issue, ne demandait qu'à s'éprendre d'une solution, bonne ou mauvaise, qui lui garantirait quelques jours de repos. Il se montra donc * tout pénétré du danger de laisser introduire le schisme et de la nécessité d'arréU^ le scandale;» annonçant d'ailleurs qu'il avait pris dr^s mesures * pour retirer le curé de Saint-Etienne dia Mont d'une paroisse dans laquelle il s'était conduit d'une manière plus capable d'échauffer les esprits que de l(»s ramener à la paix et à la concorde ; » déclarant, enfin , qu'il allait renouveler ses anciennes prescriptions € pour imposer silence sur des disputes qu'on voudrait faire renaître. »

On voit que, si l'autorité royaU», absolue de nom, impuissante de fait, ne parlait point encore d'abdiquer, elle commençait à composer avec de véritables factieux, ce qui ne laisse pas d'être ime manière d'abdication. Le Parlement, éperonné par l'abbé de Chauvelin, songe à tirer d'une situation favorable le meilleur parti possible. Le 28 avril, à la majorité de 122 voix contre 48, il rend un arrêt conforme, dans lequel défense est portée à tous les ecclésiastiques * de faire un refus public de sacrements, sous prétexte de défaut de billet de confession, ou de déclaration du nom du confesseur, ou d'acceptation de la bulle Unigenitun, » comme aussi d'user dans leurs sermons, à l'occasion de la même bulle, € des noms de novateurs, hérétiques, hcMhmatiques, jansénistes, etc., » sous peine pour les contrevenants 4 d'être poursuivis comme perturbateurs du repos public et punis selon la rigueur des ordonnances. »

f.'mr hf^itfUïHiUCM du 0/i;.«^r;I fïf?M. rendue le '/^ a vriL ri^ fut gij/jre nu A fin déUrhtaWe dan55 Yer.rieifùÀe. bien qu elle pfidiC.ufWi ^y^rriger un acU; dont elle reprodui-ait J'e'^prit, (^'^iir ne j/ax dire la fonutilf:. C'était li >i;;te du v//Hf>Vf/i^' d^î \fii'^À:iï\H adopt/î plur* que jamais par le gouvern/'inent du roî, lequel n'irnagina rien de mieux que /f envoyer ^î^ftt/j pi/?/;^^ olTWelle fiux évoques et aux pro- /'ureurH^An/;niux dew l'arlements. lians sa lettre d'expédîtî/;n /j lVjpiH^5^;pat , l»uis XV protestait, comme touj/;urH, de H/>n /»e pour le maintien du respect et de la H//urniHHir>n que nj^ritrfnt les décisions de FÉ^lise; par iututi'a, il charj^eait les hommes de la justice dexécuter [)on/5tuellr*rnent un édit qui se trouvait en contradi/jtlon, au moins indirecte, avec les intérêts les plus sériiMJx de rÉ^ilsr;.

é Vous HJivoz tout Irî trouble de Paris, écrivit à cette or^caslon le saint évftque d'Amiens; le roy, d'une part, ordonrKJ h tous h({S sujets d'être soumis à la bulle comme (ï uiin loy d'fttat; et le Parlement punit ceux qui exigent rH\(^ HournlsHlon. Jo voudrois savoir ce que le roy s'est proposé par Hon arrôt du conseil. On voit ce que le Par- Inriu^nt vnut, (wmt ((u'on regarde la bulle comme une (îhnuHon; niuls pour le roy, jo ne vols pas du tout ce qu'il H(> propoHo. Dieu soit béni et veuille conserver la Toy dans lo royaunio^.. »

On coïK^olt, (lés lors, avec quels applaudissements la caliah^ JansétilHli^ accueillit de pareils actes. Ce furent

' Lollro (lu ;*H mul 17.'»'.' \\ l). Malnohln, lUihi^ do la Trappo do Sôoz (Archives dn Kuiiil-Aoho\i)).

218 l'estampe allégorique.

d'ineffables transports de joie chez tous les gens du parti, lesquels , pour se préparer à conduire les funérailles de la bulle, commencèrent par répandre à pleines mains dans le public les exemplaires illustrés de Tarrêt du Parlement. On Taffiche à tous les coins de rue, on en placarde jusqu'à douze dans la cour de l'archevêché. Pas un janséniste qui ne le suspende au chevet de son lit, « parmi ces images sacrées devant lesquelles tout bon catholique offre les prémices et le travail de sa journée ^ »

J'ai sous les yeux une de ces feuilles d'impression que relève l'estampe allégorique où l'on voit la magistrature figurée par l'emblème de la justice^ debout et couronnée de cette prétentieuse devise : Custos imitatis, schismatis uîirix, La main gauche appuyée sur des faisceaux, elle ^mble fouler aux pieds une torche incendiaire , tandis que sa droite , armée du glaive, repose sur un autel où rayonnent le diadème royal et le calice eucharistique, symbole d'union entre les deux pouvoirs. La France, à genoux près du globe fleurdelisé, lève ses regards vers une colombe messagère de la paix. Sur le fût de colonne qui sert d'autel , on 'distingue ces trois mots :

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