LETTRES DE CACHET
C'était bien se draper en martyrs, comme le suggérait tout à l'heure l'organe de la secte. Toutefois, malgré l'habileté dont ils venaient de faire preuve , les magistrats s'aperçurent vite que Louis XV n'était pas dupe de leur manège. Le digne conseiller de notre archevêque l'avait pressenti, lorsqu'il écrivait : « Nos affaires vont toujours mal, et notre espérance n'est guère humainement que dans les excès du Parlement. Il n'est pas possible qu'enfin ils ne réveillent ce prince qui , jusqu'à présent, a paru si peu sensible aux affronts que lui fait cette compagnie ^ »
Le roi se réveilla. Dans la nuit du mardi au mercredi 9 mai, sur les trois heures, des mousquetaires vont, par son commandement, distribuer à chacun des présidents et conseillers aux Requêtes et Enquêtes une lettre de cachet particulière , portant injonction de quitter Paris avant le soir , avec défense de sortir de leur maison jusqu'au départ pour les différentes villes qui leur sont assignées.
A la même heure, un carrosse à six chevaux conduit rapidement dans quatre forteresses, comme prisonniers d'Etat, les principaux instigateurs du mouvement parlementaire : Frémont du Mazy aux îles Sainte-Marguerite, Gautier de Bésigny au château de Ham, l'abbé Ghauvelin au mont Saint-Michel 2, et Bèze de Lys à Pierre-Encise, près de Lyon.
La Grand'Chambre, saule exceptée dans ces mesures de rigueur, proteste, dès neuf heures du matin , contre
1 Lettre de l'évêque d'Amiens à l'abbé de la Trappe (8 mars 1753). '
' Son frère obtint presque aussitôt qu'on changeât, pour motif grave de i
santé, le lieu de la détention. Un courrier atteignit la chaise qyi le condui- .
sait au mont Saint- Michel, et on l'achemina vers la forteresse de Caen. «