LETTRE DE DAMIENS AU ROI
Barbier ajoute : « On adjoint l'archevêque de Paris avec les Jésuites. » C'était la vérité. Aussi le nom de ce digne prélat retenti ra-t-il plus d'une fois au cours du procès. Des malfaiteurs de plume n'avaient-ils pas parlé d'une conjuration formée par les Jésuites et lui ^ ?
Le soir même de l'assassinat, Damions, interrogé sur le nom de ses complices, déclara nettement que « si on avait fait trancher la tête à trois ou quatre évêques, ceci ne serait point arrivé^ ». Trois jours après, il accentuait ses imputations odieuses contre l'archevêque de Paris, et ne craignait pas de dicter la lettre suivante adressée à Louis XV :
« SmE, je suis bien fâché d'avoir eu le malheur de vous approcher : mais si vous ne prenez pas le parti de votre peuple, Vous et M. le Dauphin et quelques autres périront. Il serait fâcheux qu'un aussi bon prince, par la trop grande bonté qu'il a pour les ecclésiastiques, dont il accorde (sic) toute sa confiance, ne soit pas sûr de sa vie ; et si vous n'avez pas la bonté d'y remédier sous peu de temps, il arrivera de très grands malheurs, votre royaume n'étant pas en sûreté. Par malheur pour Vous, que vos sujets vous ont donné leur |
démission, l'affaire ne provenant que de leur part^. Et si
Bourdonnaye ? (Cf. Journal historique de Collé, t. II, p. 83.) — Au surplus, Collé se trompe en parlant ici du P. de Neuville. Toutes les fois que Damiens est interrogé, il affirme que c'est au P. de Launay qu'il a dû cette place. {Pièces originales, p. 104, 127, 142, 183.)
i Barbier (t. VI, p. 509).
* Pièces originales, colligées par Le Breton, greffier au Parlement de Paris, p. 73.
' Interrogé plus tard sur le sens de cette phrase , Damiens répondit que « si l'archevêque de Paris n'avait pas été si entêté, tout ce troublement ne serait pas arrivé... Que l'affaire ne pouvait pas provenir du Parlement, mais de la part de l'archevêque qui a commencé, en faisant refuser les sacrements et envoyant dos billets dans les sacristies '». {Ibid., p. 378, 401.)
SON TNTERROGATOTRR. 375
Vous n'avez pas la bonté pour votre peuple, d'ordonner qu'on leur porte les sacrements à Tarticle de la mort, les ayant refusés depuis votre lit de justice, dont (sic) le Ghâtelet a fait vendre les meubles du prêtre qui s'est sauvé, je vous réitère que votre vie n'est pas en sûreté, sur l'avis qui est très vrai, que je prends la liberté de vous informer par l'officier porteur de la présente, auquel j'ai mis toute ma confiance. L'archevêque de Paris est la cause de tout le trouble par les sacrements qu'il a fait refuser. Après le crime cruel que je viens de commettre contre votre Personne sacrée, l'aveu sincère que je prends la liberté de vous faire me fait espérer la clémence des bontés de Votre Majesté.
« Signé, Damiens \ »
Cette lettre est « insensée », écrivait Voltaire, mais elle découvre l'origine de la fureur de l'assassin. « On y voit que les plaintes du public contre l'archevêque avaient dérangé le cerveau du criminel, et l'avaient excité à son attentat^. » Damiens lui-même, — après avoir déclaré dans l'interrogatoire du 16 janvier, que « si Sa Majesté ne soutient pas sa Justice et son Parlement contre l'autorité des évêques, qui tâchent d'être contraires au gouvernement , il va arriver de grands malheurs contre la famille royale », — ajoute qu'il n'a eu « d'autre objet, dans le malheureux coup qu'il a fait, que de contribuer aux peines et aux soins du Par- *• lement qui soutient la Religion et l'État»^ ».
^ PiècesoriginaleSyp. Qd.
* Siècle de Louis XV, ch. xxxvii, p. 29. — « C'est un chien, dit-il ailleurs, qui a gagné la rage avec les chiens de Saint-Médard ; c'est un reste des convulsions. » {Lettre à madame de Fontaine, 10 janvier 1757.)
* Pièces originales^ p. 10/..