CHAPITRE VII
La feuille des bénéfices aux mains de Jarente. — Le filleul de Beaumont à la journée d'Hastembeck. — Négociations et compromis avec le Parlement. — Incidents de la théologie de Busembaum. — Campagne de pamphlets contre les Jésuites. — L'archevêque rentre de son exil de Confîans. — Mandement pour la naissance du comte d'Artois. — Affaire des religieuses du faubourg Saint-Marceau. — Interdit lancé contre leur chapelle. — Médiation officieuse de Bernis. — Beaumont exilé en Périgord.
.s Sur ces entrefaites, la mort du cardinal de la Roche-
' '\ ^ foucauld, arrivée le 29 avril, laissait de nouveau vacante la feuille des bénéfices. Christophe de Beaumont, qui n'était pas sans redoutei' qu'elle ne devint l'apanage d'un prélat de Cour, ne fut qu'à dettri rassuré quand il la vit tomber aux mains de Sextius de Jarente ^ Une lettre de l'évêque d'Amiens nous expliquera la raison de ses inquiétudes :
« M. l'évêque de Digne est fils de mon cousin germain; nous nous traitons en nous écrivant d'oncle et de neveu ; mais il n'en faut rien conclure pour la joye. Je le plains infiniment, et je doute que , même avec de
1 Louis-Sextius de Jarente de la Bruyère, bientôt transféré du siège de Digne à celui d'Orléans, aura plus lard la mauvaise inspiration de demander pour coadjuteur Alexandre de Jarente de Senas , son neveu, lequel devait cire un jour si tristement célèbre et compter parmi les quatre évêques qui prêtèrent, en 1791, le serment constitutionnel,
LA JOURNÉE d'hASTËMBECK. 383
la bonne volonté, il puisse faire le bien que nous voudrions, La religion n*est pas protégée ; ceux qui à la Cour parlent pour elle ne parlent que faiblement. Priez, mon cher, et ne vous lassez pas. Je ne mets pas au nombre de mes consolations de voir ce prélat en place. Nous verrons quel sera son crédit et quels seront ses choix ; il faut six mois pour savoir à quoi s'en tenir. Il n'est pas de ceux qui ont adhéré à l'archevêque de Paris , et n'a jamais marqué un zèle distingué. Priez beaucoup pour lui et pour moi*. »
Peu de jours après, le 36 juillet, la victoire d'Hastembeck , remportée par le maréchal d'Estrées sur le duc de Gumberland, réveillait dans l'âme de Beaumont le sentiment d'une joie de famille mêlé à celui d'une satisfaction toute patriotique. Son mandement du H août nous dit assez quelle part il sut prendre à un événement qui resserrait les liens de la France avec la maison d'Autriche^. Mais sa joie fut grande aussi d'apprenbre le beau fait d'armes accompli en cette rencontre par celui de ses neveux qu'on appelait de son nom et qu'il avait toujours affectionné le plus.
J'ai raconté , plus haut, ces naïfs souvenirs du château de La Roque, où l'abbé de Beaumont, récemment incorporé dans le Chapitre noble de Lyon , était venu servir de parrain à ce fils de son frère. Une lettre, expédiée par le ministre de la guerre, attesta bientôt cette
1 Lettre du 8 juillet 1757, à D. Léon (Archives de Saint-Acheul).
' « 0 siècle de François !«' et de Charles-Quint I que n'avez-vous vu celle union précieuse! Que de larmes épargnées à TÉtatet à l'Église, si la ^générosité et la candeur qui lient aujourd'hui les descendants de ces deux princes avaient pu dissiper leurs jalousies mutuelles 1 » (Mandement donné à Confliins, en date du 11 août 1757.)
384 LE FILLEUL DE BEAUMOî^T.
bravoure du brillant officier d'infanterie. Le jeune Christophe, filleul de l'archevêque, achevait alors ses
vingt-six ans .
Vous ne devez pas douter, Monsieur, que je n'aie vu avec beaucoup de plaisir les témoignages avantageux qui sont revenus de la distinction avec laquelle vous vous êtes comporté à la bataille d'Hastembeck ; j'en ai rendu compte au Roi, et j'ai trouvé Sa Majesté disposée à vous en marquer sa satisfaction par l'avancement que vous désirez, quand elle en aura l'occasion ; mais en attendant, elle me charge de vous mander qu'elle vous accorde les appointements attachés à l'état d'aide-major, dont vous remplissez les fonctions. Je suis très aise qua vous puissiez ressentir bientôt l'effet des dispositions favorables dans lesquelles Sa Majesté m'a paru être pour vous. Je suis, etc.
A.-R. de Paulmy*.
L'archevêque de Paris avait eu la consolation, dans cette même année 1757, de faire entrer au chapitre de l'église métropolitaine un autre de ses parents , le jeune Charles de Lostanges, acolyte du diocèse de Périgueux , auquel il conféra bientôt le sous-diaconat dans la chapelle domestique de son palais ^. Mais il était dit que les heures de joie seraient courtes pour Mgr de Beaumont. Le Parlement, que Louis XV , de guerre lasse, réintégrait au commencement de septembre, allait lui susciter plus d'un embarras nouveau.
Le principal négociateur de cette transaction avait été l'abbé de Bernis. 11 s'en félicite du moins, avec une
1 Archives de famille.
* Charles de Lostanges fut installé le 15 juin, en remplacement de Nicolas- Antoine Mougin , décédé le 15 mai. Sa promotion au sous-diaconat est du 17 décembre. (Cf. Registres capittUaires de Notre-Dame. — Archives nationales, LL, 335*'.)