LETTRE DE LA MOTTE AU ROI
Paris est exilé à une terre de M. le comte de Beaurnont, son frère, qu'on appelle La Roque, tout près de Sarlat en Périgord, à 153 lieues de Paris. 11 partit le jour des Rois au soir ; le bruit a couru qu'il est tombé malade en chemin, mais cela n'est pas vrai. Nous n'avons encore aucune nouvelle de son arrivée, au moins moi, car on peut en avoir à Paris. J'ai écrit au Roy, mais je n'ai montré ni donné copie de ma lettre, parce que je veux pouvoir dire que personne ne l'a vue, à cause du reproche qui me fat fait de la part de M. de Saint- Florentin, qui m'écrivait, il y a trois ans, que le Roy trouvait mauvais que les lettres que j'écrivais à Sa Majesté devinssent publiques ; mais je puis vous dire, et au cher et respectable abbé, le fond de cette lettre qui n'a que trois pages.
« Je dis donc au Roy que c'est moins par attachement au Prélat que j'écris, que pour représenter la profonde plaie que fait à l'Église son exil. J'ajoute que quoique le Roy soit protecteur de l'Église, il lui est arrivé comme à l'empereur Constantin, qui l'était aussi, de bannir l'Athanase de son siècle, que M. l'archevêque de Paris n'a fait que ce qu'auraient fait tous ou presque tous les évêques du royaume, et que j'ai moi-même conseillé qu'il fît ; que le trône ne garantissait pas des surprises, et que si Sa Majesté connaissait, non par des yeux étrangers, mais par les siens propres, ce grand prélat, elle ne l'aurait point disgracié.
« Voilà le fond de ma lettre que je vous prie de dire au cher père abbé de ne communiquer à personne. Ma lettre a été rendue, cela n'est pas douteux; de savoir ce qu'elle produira, il n'y a que trop d'apparence que le Roy en fera comme des autres. Cependant il faut écrire,