‹ Christophe de Beaumont, archevéque de ParisChapitre 340 sur 401 · LE COMTE DE GISORS · texte numérisé non relu

LE COMTE DE GISORS

Le comte de Gisors trouva dans notre maison les bienfaits de ses ancêtres; il y trouva notre reconnaissance empressée à seconder les soins de ses maîtres et à encourager ses vertus naissantes. Oseraije dire avec quel plaisir, lorsque sa confiance l'amenait dans ma solitude, je voyais croître dans le jeune comte de Gisors l'esprit fin, délié, délicat, la discrétion, la politesse, les grâces, la piété de la mère; le courage, l'étendue de génie, l'application et la volonté, les

talents et les qualités héroïques de l'oncle et du père ! J'augurais sa gloire et ses succès ^...

Neuville rappelait également, dans sa lettre à Tarchevêque, un trait de véritable modestie qui fait honneur aux principes que le jeune homme avait puisés près de lui. Gisors atteignait à peine sa vingtième année, et déjà une distinction des plus flatteuses assurait à son avenir la survivance de gouverneur du pays Messin. A cette nouvelle, il se rend aussitôt dans la cellule du Père qui avait toute sa confiance : «Mon Père, dit-il, je viens vous apprendre une nouvelle que vous pourriez avoir peine à croire. Le roi m'a fait une grâce que vous n'approuverez point et que vous ne m'auriez sûrement pas faite, si vous aviez été à sa place, quoique vous ayez bien de l'amitié pour moi. Je pense comme vous , et je crois que c'est un exemple dangereux d'accorder à un homme de vingt ans le gouvernement d'une province entière ^. »

Des sentiments si nobles, fruit d'une éducation très

1 Oraison funèbre de Charles-Louis-Auguste Fouquet de Belle-Isle, pair et maréchal de France, prononcée, le 10 avril 1761, dans l'église de l'hôtel royal des Invalides, par le P. Claude de Frey de Neuville (Bibliolhèqiie Mazarine, 1037. K, no 13). — Celle du comte de Gisors, son fils, avait été prononcée, le 9 août 1758, dans la cathédrale de Metz, par le P. Charles, de la Compagnie de Jésus (Cf. Année littéraire de 1758, t. VI, p. 53).

^ Note du duc de Luynes qui tenait ces détails de Neuville lui-même (t. XVI, p. 487).

Page 1