BEAUMONT ET BELLE-ISLE
zèle et de charité chrétienne qui devait multiplier les visites de l'archevêque auprès de Belle-Isle mourant. C'était Tâme du maréchal que le vertueux prélat voulait conquérir pleinement à Dieu. Il eut la consolation de réussir au delà même de son espoir, et Neuville, au jour des funérailles, en rendra publiquement ce témoignage, qui est tout un éloge :
Vous, pontife, la gloire et rornement du sacerdoce, qui présidez à cette triste cérémonie, si les événements de la région du temps percent et arrivent à la région de l'éternité, le maréchal de Belle- Isle voit avec reconnaissance cette marque publique de votre affection. Il vous respectait, il vous aimait, il fut aimé de vous. Mourant, il se réveilla, il se ranima à votre voix, il écouta vos sages conseils et il les suivit. Continuez de vous intéresser à son bonheur. La foi , la charité, le zèle , la piété qui ne vous quittent jamais , et qui veillent autour de vous pour recueillir vos vœux et vos prières , les porteront au trône du Très-Haut. Il n'en entend point qu'il se plaise davantage à exaucer*.
Mais je viens d'anticiper de deux ou trois ans. Il nous faut rentrer au château de La Roque, où s'écoulent pour Beaumont les derniers mois de son exil.
1 Extrait de la péroraison du discours prononcé pendant la cérémonie des honneurs funèbres que le marquis de Castries fit rendre au maréchal de Belle-Isie dans Téglise des Invalides {loc. cit.).
CHAPITHK IV
Disgrâce du cardinal de Bernis. — Les préoccupations de l'archevêque à l'endroit de Clioiseul. — Son mandement sur la Pénitence. — Avènement du pape Clément XIII et jubilé de 1759. — Rétractation de Gresset. — Séjour de l'abbé d'Agoult à La Roque. — Rappel de Beaumont. — Accueil qu'il reçoit à Limoges. — Incident de son retour à Paris. — Il est élu proviseur de Sorbonne.
Dans Tintervalle, une disgrâce plus inattendue que celle de l'archevêque précipitait dans un exil moins rigoureux l'homme du monde qui semblait le mieux à l'abri de pareils coups de fortune.
L'abbé de Bernis, récemment honoré du chapeau cardinalice, entré depuis près de deux ans au Conseil du roi, déjà secrétaire d*État et mis en passe de monter au rang de premier ministre, tombait frappé d'une défaveur qui parut à quelques-uns « aussi peu comprise que son élévation H. On glosa naturellement beaucoup sur les causes plus ou moins complexes de cette retraite soudaine, et le motif qu'il alléguait lui-même de sa « mauvaise santé » rencontra nombre d'incrédules^.
1 [ellresde lord Chesterfield, L II, p. 405.
^ « Lui, une mauvaise santé! Il est gros et gras, el les couleurs de son chapeau sont sur son visage. Je le soupçonne plutôt d'être premier ministre que malade. » (Lettre de Voltaire au banquier Tronchin , 18 novembre