RÉPONSE DE BEAUMONT
A Vienne, co !«' septembre 1746.
Messieurs. Je connois tout le prix de l'honneur que vous avés bien voulu me faire, et j'en suis infiniment plus touché que je ne puis vous le dire. Ce n'est point aujourd'huy que je veux répondre à des attentions de vôtre part si flatteuses pour nioy, aucune expression ne suffiroit à ma reconnoissance ; j'aurai plus d'avantage à cet égard quand je serai auprès de vous ; ma conduite vous fera mieux connoître mes sentiments pour une compagnie aussi distinguée. Ce que je dois à la naissance et au mérite de votre illustre chef ne me fera rien oublier de ce que je vous dois a vous mesmes. Si je me fais d'avance un devoir de partager les sentimens de respect et d'attachement que vous avés pour lui, j'entrerai aussi avec bien de l'empressement dans ceux qu'il a pouï* vous. Comme je trouverai. Messieurs, dans vos lumières et dans vos talens de quoi m'adoucir le fardeau dont il a plu au Roy de me charger, vous trouvères en moy la disposition la plus sincère a mériter votre amitié et l'empressement le plus vif a vous témoigner dans toutes les occasions l'attachement et le respect avec lequel j'ay l'honneur, etc..
f Chr., arch. de Vienne*.
Le chapitre de Notre-Dame n'avait pas employé une formule banale de compliment, quand il avait parlé des regreis que Beaumont laissait partout derrière lui. Aussi nous pardonnera- t-on de rapporter, à ce sujet, le fait d'une autre démarche qui, pour n'avoir rien eu d'officiel, n'en devait être que plus sensible au cœur du vénérable archevêque. Elle confirme d'ailleurs, fort explicitement, tout ce qui a été dit plus haut des souvenirs précieux de sa première administration. Les échevins de Bayonne, ses anciens diocésains, ne crurent pas manquer de convenance à l'égard de Mgr d'Arche, son successeur, en devançant par leurs hommages désintéressés les hon-
1 Insérée dans le Reg. capit. (loc. cit.).
llO icËANOB DE LEttRES.
neurs qu'on allait bientôt rendre à Christophe de Beaumont. Dès le 23 août, ils écrivaient à Tarchevêque de Vienne nommé à Paris :
Monseigneur. Nous ne pouvons assez vous exprimer la joie et la satisfaction que nous avons ressentie de votre promotion à la première Hiérarchie du Royaume ; nous espérons que vous en jugerez par les impressions d'amour et de respect que vous avez laissées dans le cœur de tous vos citoyens. Nous vous supplions , Monseigneur, d'agréer, avec nos hommages et nos félicitations, les vœux les plus ardents pour que le ciel vous comble de prospérités et accomplisse vos désirs ; heureux si nous pouvons trouver des occasions à vous prouver nos sentiments. Daignez accorder à cette ville la continuation de vos bontés et de votre protection ; elle tâchera de les mériter par son zèle, son attachement et la profonde vénération avec lesquels nous ne cesserons d'être, etc. ^...
La réponse, envoyée de Vienne, est du 7 septembre.
La part, Messieurs, que vous voulez bien prendre à ce qui me regarde est une suite de l'amitié dont vous m'honorez depuis longtemps : vous m'en avez donné trop de preuves pour que je puisse douter de la sincérité de votre compliment ; les sentiments que vous me connaissez pour vous me font espérer que vous ne douterez pas de l'étendue de ma reconnaissance. Votre ville me sera toujours chère; je n'oublierai jamais les témoignages de zèle et d'affection que j'en ai reçus, et je ne désirerai rien avec plus d'empressement que d'avoir l'occasion de lui renouveler les assurances de l'attachement respectueux avec lequel, etc..
f Ghr., arch. de Vienne ^.
Les bulles de Rome n'étaient pas encore parvenues à Versailles, lorsque Louis XV écrivit, le 4 octobre, aux vicaires généraux de l'archevêché de Paris, en deman-
i Archives de Bayonne (reg. BB81, p. 175). * Archives do Bayonûe (liasse A A 43, no 18).
MANÎ)EMENt DES VICAIRES GENERAUX. 111
dant un Te Deum pour la prise de la ville et des châteaux de Namur. Le mandement que publièrent à cette occasion les administrateurs diocésains, après avoir exprimé des vœux pour l'heureuse et prompte issue de la campagne, s'achevait dans une prière pleine d'espoir. « Qu'il serait consolant pour une Église affligée par des coups redoublés, de voir naître ces jours tranquilles et de les annoncer à tout Israël I Mais il est réservé à un Pontife pacifique et plein de douceur de chanter le cantique de la paix au milieu d'un grand peuple, qui fait déjà son bonheur de l'avoir pour Pasteur, et de pouvoir bientôt vivre sous son gouvernement ^ »
1 Lo mandement se trouve in extenso dans le Journal historique (novembre 1746, p. 392).