CONFIANCE MAL ENTENDUE
continuerait pour l'instruire de tout ce qui se tramait contre sa Société.
« Ce Jésuite lui répondit qu'il ne lui était pas libre de disposer d'une somme aussi considérable, mais qu'il en parlerait à ses supérieurs, et que, s'il voulait revenir dans huit jours, il lui ferait part de la décision qui aurait été portée. La décision fut qu'on ne lui donnerait rien, parce qu'il paraissait que c'était un aventurier et un escroc, comme Paris en est plein. Les Jésuites se croyaient encore alors assurés de leur existence; et dans une conjBance trop présomptueuse peut-être, ils ne pouvaient s'imaginer qu'on songeât à détruire un corps si utile à la Religion et à l'État. Ils ne connaissaient pas leurs ennemis.
« Au jour marqué, le jeune homme revint. Quand il apprit le refus qu'on lui faisait , il donna les marques de la plus vive douleur. Vous vous en repentirez,, dit-il au P. de Montigny ; mais ce sera trop tard. Les Jésuites eurent en effet bientôt lieu de s*en repentir. Le P. de Neuville étant allé peu de temps après à Versailles, pour faire sa cour à M. le Dauphin qui l'honorait de ses bontés, lui parla du. sujet de la demande de ce jeune homme et des moyens qu'il disait qu'on prenait pour travailler à leur perte. Je le sais depuis quelques mois^ lui répondit ce Prince ; prenez vos mesures pour éviter le coup qu'ion veut vous porter; mais je doute que vous en puissiez venir à bout. L'événement ne prouva que trop la vérité de ces dernières paroles ^ »
En attendant, le procès La Valette compliquait la situation déjà sombre. Nous avons vu que l'archevêque
1 Du rétablissement des Jésuites, p. 54.