LOUIS D'ORLÉANS
Ordonné diacre, le 19 septembre, par Mgr François Madot, évoque de Chalon-sur-Saône, qui suppléait ce jour-là Mgr de Vintimille, Christophe de Beaumont partit presque aussitôt pour le château de La Roque, où l'attendaient les fêtes de famille célébrées à l'occasion du baptême d'Antoine, troisième fils de son frère Armand. Venu au monde dans la matinée du 3 mars, cet enfant,, qui avait paru d'abord malingre et délicat, s'annonçait maintenant assez robuste de constitution pour qu'on ne désespérât plus de le voir vivre. Il vécut en effet, et longtemps, et non sans gloire, car nous aurons à raconter plus tard comment il soutint le renom de notre marine militaire par un de ces hardis faits d'armes qui ne manquent point d'avoir en France leur jour de grande popularité.
1 Registres capilulaires des Comtes de Lyon, p. 143. — Louis d'Orléans, fils du RégGQt, avait pris, depuis 1730, un appartement à l'abbaye Sainte-Geneviève, mais il ne s'y fixa complètement qu'en 1742. C'est laque la mort vint le surprendre, dix ans plus tard.
LE JUBILÉ SÉCULAIRE. 4i
Sur ces entrefaites, Louis de Beaumont, chevalier du Repaire, était mandé à Versailles pour y prendre « commission de capitaine » dans le régiment d'infanterie de Richelieu, depuis Rohan*. Uabbé Christophe, qui avait d'abord résolu de faire route avec son frère jusqu'à la capitale, dut le précéder de quelques semaines et se détourner même vers Lyon, où s'agitait en ce moment une question pleine d'intérêt. Il convient d'en dire un mot pour l'intelligence de ce qui va suivre.
C'est le privilège accordé par le Saint-Siège à l'antique métropole des Irénée et des Pothin, de célébrer un jubilé solennel toutes les fois que le jeudi de la Fête-Dieu coïncide avec la nativité de saint Jean -Baptiste, patron de l'Église lyonnaise®. Depuis que le décret de Clément V au concile de Vienne (1311-1312) eut rendu obligatoire pour toute la chrétienté la fête instituée par Urbain IV en l'honneur du très saint Sacrement (1264), il ne s'était encore produit que trois rencontres de ces solennités, une seule par siècle.- Les comtes de Lyon n'avaient donc exercé que trois fois le privilège insigne de « la grande église de Monsieur Saint-Jean ^^ » lorsque l'abbé de Beaumont reçut avis que le chapitre
1 La nominalion officielle, signée à Fontainebleau, n'est que du 10 novembre 1733.
' Ainsi le constate un vieux quatrain populaire qui rappelle trois dates liturgiques : celle du vendredi saint, celle du jour de Pâques, celle do la Fête-Dieu :
Quand Georges (33 avril) Dieu crucifiera, Quand Marc (25 avril) le ressuscitera, Et lorsque Jean (24 juin) le portera, Grand jubilé dans Lyon sera.
* En 1451, sous le cardinal Charles de Bourbon, archevêque de Lyon; en 1546, sous Hippolyte d'Esté, cardinal de Ferrare ; en 1666, sous Mgr Camille de Neuf ville.