‹ Christophe de BeaumontChapitre 98 sur 368 · LA DAUPHINE A BA YONNE · texte numérisé non relu

LA DAUPHINE A BA YONNE

Lamberval, gouverneur de la ville , M. de Romanet, lieutenant du roi pour la citadelle, et les magistrats de la municipalité. Au maire, premier échevin, revenait l'honneur de complimenter la princesse, qui répondit en quelques mots un peu timides , mais d'une grâce touchante. Les salves redoublées de toute l'artillerie de la place, des forts et des navires, saluèrent aussitôt l'entrée de Marie-Thérèse sous l'arc de triomphe, au-dessus duquel étaient accolées les armes de France et celles d'Espagne, soutenues par deux dauphins , avec cette inscription :

QUAM BENE PERPETUIS SOCIANTUR NEXIBUS AMBO * !

Une compagnie de Basques, qui était allée au-devant de la dauphine à une lieue de Bayonne, voulut l'escorter, en dansant au son des flûtes et des tambourins, jusqu'au palais épiscopal, où elle descendit de carrosse, pour jouir de l'hospitalité princière que lui avait offerte Mgr de Beaumont. Pendant ce temps, des acclamations bruyantes ne cessent de retentir sous les fenêtres de l'évêché, près duquel montent la garde les troupes bourgeoises « vêtues de rouge avec des boutons d'or » , et commandées par des officiers galonnés sur toutes les coutures, qui portent fièrement leur élégante « veste d'étoffe d'or broché. » On ne put les décider à déserter le poste avant quarante-huit heures.

Le lendemain. Marie-Thérèse entendit la messe dans

^ Comme ils sont heureusement unis tous deux par des liens indissolubles !> — De chaque côté de l'arc de triomphe, haut de 40 pieds, régnaient deux galeries, dont la supérieure était remplie par les dames les plus distinguées do la ville, et l'autre par cinquante-deux jeunes filles € habillées à l'espagnole. » (Pour les détails de cette entrée de la dauphine, voir le Journal historique de mars 1745, p. 2-26.)

ACCUEIL qu'elle REÇOIT. 97

l'église cathédrale, où Christophe de Beaumont la reçut, à la tête de son chapitre , avec le cérémonial usité en pareille circonstance. La foule, répandue sur la place , ne pouvait se défendre d'exprimer tout haut son admiration pour une princesse qui savait si gentiment sourire au « petit peuple. » Un officier des gardes du corps, apostillant, ce jour-là, une lettre adressée à la duchesse de Luynes, trahissait en ces termes la naïveté des sen-' timents publics :

j Bayonne, 16 janvier.

J'en reviens , Madame , à vous dire que nous raffolons tous de lyime la Dauphine ; elle est charmante , cherche à dire des choses agréables à tout le monde ; Ton voit l'envie qu'elle a de plaire ; elle n'aura pas grand'peine, car cela paroît naturel en elle; je crois qu'elle sera fort gaie*.

Pourquoi ne dirais-je pas que, dans le nombre des présents offerts à la princesse, les célèbres « jambons » du pays obtinrent une place d'honneur ^ ? Marie Thérèse . se contenta de remettre en retour , à MM. du Copps de Ville, une médaille d'or sur laquelle figuraient, d'un côté, le roi d'Espagne son père, de l'autre, le dauphin son époux ; mais elle confia aux mains de Mgr de Beaumont une somme considérable pour les pauvres, sachant bien qu'il avait « l'humeur donnante » et que nulle porte n'était connue des indigents comme la porte de l'évêché. La dauphine quitta Bayonne le 17 janvier et gagna lentement Versailles par Bordeaux, Poitiers , Blois , Or- I léans. Elle s'était promis de ne pas oublier un évêque

» Luynes (t. VI, p. 277).

-^ Voir, à 06 sujet, une curieuse histoire dans les Mémoires de Luynes, t. VI, p. 328.

Ô8 BÈÀUMONT NOMME A VIÉNNfl.

pour lequel elle avait appris, en peu de temps , à concevoir la plus parfaite estime. Marie-Thérèse n'attendait qu'une occasion de le manifester : l'occasion prévint, en quelque sorte, jusqu'à ses désirs.

Il y avait , à cette époque , sur le siège prjmatial de Vienne, un prélat d'un grand mérite et d'un grand nom, le cardinal Henri-Oswald de la Tour d'Auvergne, celuilà même qui était venu, huit ans auparavant, bénir, en sa qualité de premier aumônier du roi, le berceau de la vénérable Louise-Marie de France. « Arrivé à cet âge avancé où Ton dirait qu a mesure que le corps se courbe vers la terre l'âme s'élève vers le ciel, le pieux pontife éprouva le besoin, avant de disparaître de la scène du monde, de se reposer et de se recueillir quelques instants^. » Il offrit sa démission à Benoît XIV, puis, le mercredi 17 mars 1745, il quitta Vienne après avoir entendu la. messe à Saint-Maurice et prié sur le tombeau d'Armand de Montmorin, son protecteur d'autrefois ^.

Cette démission laissait vacant le siège honoré d'une église illustre. Sur les instances de la Dauphine^, Louis XV, qui venait de nommer le cardinal de la Tour d'Auvergne à l'abbaye d'Anchin, lui donna pour successeur notre évoque de BayonuQ , Christophe de Beaumont. Appelé à Vienne le 25 avril, Beaumont ne s'éloigna qu'à son cœur défendant de ce premier diocèse, où l'on aurait pu dire de lui, comme d'Eusèbe de Verceil ,

1 Chronique religieuse de la ville de Vienne^ p. 189.

' Armand de Montmorin do Sainl-Hérem, d'abord évêque de Die en 1687, avait été transféré à Vienne, le 10 avril 1694. A la sollicitation de Louis XIV, Clément XI le délégua, avec les évoques du Puy et de Valence, pour les procédures relatives à la cause de saint François Régis. C'est lui qui avait attiré à Vienne l'abbé de la Tour d'Auvergne, dont il fit son vicaire général.

* Éloge de Christ, de Beaumont^ par Pierre Pichol (Pe partie).

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