SCÈNE XIV
SAVERNY, PICHELIN.
SAVERNY
J'espère , monsieur, que vous n'abuserez pas de ma confiance. . . et que la plus grande discrétion. . .
PICHELIN.
C'est un devoir.
Je puis vous donner la preuve de ce que je vais vous révéler , et vous convaincre par là que je ne suis pas ce que vous avez pu croire. . . Je ne vous demande, quand vous en serez bien persuadé par vous-même , que de ne pas me retenir plus long-lems, et me faire perdre des instans précieux , en me forçant d attendre des gens qui ne viendront pas.
PICHELIN.
Comment I. . celte aventure nocturne.... ce que vient de nous conter M. Vergeomel?...
SAVERNY
Est faux.. . entièrement faux.. . Je ne suis jamais allé au n" 86.
PICHELIN.
Et au n" 23 ?
SAVERNY
Ohl pour celui-là , c'est différent. . . oui , monsieur. . . voilà l'aveu que je vous ai promis. . . . cette nuit, je m'y trouvais.
PICHELIN.
Ah ! vous en convenez donc !.. et vous espérez?.. .
SAVERNY
Oui. . . quand vous saurez le motif.. . Apprenez qu'il ne s'agissait que d'un rendez-vous avec une jeune dame.
PICHELIN.
Une jeune dame .'
SAVERNY
Uae anciemie passion... je l'avais connue demoiselle...
mais depuis plusieurs aimées vous concevez. . . on se
perd de vue et puis un hasard on se retrouve... .
cV'st là mon histoire... j'ai senti se renouveler tous mes
souvenirs j'implorais un rendez-vous j'ignorais
qu'elle eût un mari. . je la supposais veuve.. . et il paraît qu'elle avait ses raisons pour ne pas me détromper. piCHELiN, à part.
Serait-ce madame Bargeot, la femme dn banquier, qui demeure au-dessous de moi?. . . elle est bien coquette.. . . ( Haut. ) Poursuivez , monsieur. . . ce rendez-vous ? . . .
SAVERNY
Je l'obtins.. .. hier une lettre où elle m'indiquait son adresse.. .
PICHELIN.
Vous avez une lettre d'elle.. . je dois la voir.
SAVERNY
Si VOUS l'exigez.. . mais entre nous.. . et sur l'honneur.
PICHEUN.
Soyez tranquille. (A part. ) Ah! madame Bargeot! à présent que j'aurai cet avantage sur vous!. . {^Haut. ) Et vous y êtes allé ?
SAVERNY
J'y étais, monsieur, lorsque , vers deux heures du matin, le bruit d'une clef dans la serrure de la première porte ! . . << C'est mon mari , sauvez-vous ! « Je n'en écoute pas davantage : j'avais déjà pris le chemin des amans.
PICHELIN.
La fenêtre.. . Au fait, c'est possible i M. Bargeot est rentré cette nuit en même teins que moi. . . cela s'accorde parfaitement.. . pauvre brave homme! (Il rit.) Ah! ah I ah! SAVERNY , à part.
Il rit.. . tout va bien.
PICHELIN.
Désolé , monsieur, d'une méprise, qui, du reste, est un peu votre faute... car enfin, pour un jeune homme leste et agile , se laisser surprendre par le mari I . . .
SAVERNY
C'est que je ne pouvais pas aller très-vile.. . quand on ne connaît pas la roule.
PICHELIN.
Elle est pourtant bien facile... un balcon au premier. .. et tout à côté , un échafaudage.
SAVERNY
C'est vrai. . . mais pour descendre jusqXi'à ce balcon. . dix ou douze pieds î . . .
PICHELIN.
Comment. . . descendre .'
SAVERNY
Mais dame! c'est tout simple.
PICHEHN.
D'où descendiez-vous donc?
SAVERNV.
Parbleu ! du second.
PICHELIN.
Du second ! . . c'est moi qui y demeure.. . je suis le seul locataire.
SAVERNY
Il serait possible I
PICHELIN.
Air : Je loge au quatrième étage.
Du second!... serait-ce ma femme?
SAVERNY , à part.
Imprudent!
PICHELIN.
Quelle indignité!
Quoi, Juliellc ! horrible trame !
SAVERNV.
Non, du troisième j'ai saiilé.
PICHELIN»
Du troisième . . , autre fausseté !
Nous n'en avons pas.
SAVERNY, h part.
Quel dommage!
Juliette! . . . affreux embarras ! . . .
Ta vertu dépend d'un étage , Et l'étage n'existe pas.
Monsieuf , ceci est grave... et vous pourriez payer cher... I
I SAVERNY
Mais , écoutez-moi.
j PICHELIN.
Vous avez une lettre de cette dame... je saurai bien
m'en emparer. . . elle me servira de preuve. . . et les tribmiaux relentiront . . .
SAVERNY, à part.
Allons , je m'enferre de plus en plus.